‹ Le Portugal et ses coloniesChapitre 100 sur 194 · CHAPITRE YI LE MOZAMBIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI LE MOZAMBIQUE

Aussi ancienne que l'Angola, la colonie du Mozambique '■ se place aujourd'hui au premier rang des colonies portugaises, tant à cause de son mouvement commercial et de son tratîc maritime que de son importance politique.

Sa découverte remonte à 1498. mais sa colonisation ne commença qu'en 1505. D'abord reliée à l'Inde, elle ne forma un tout indépendant qu'à partir de 1752.

i. La province de Mozambique embrasse lout le territoire de la cote orientale d'Afrique, du cap Delgado au parallèle de 26'•,^2'S, sur une Icmgueur de 2.300 kilomètres. Le domaine portugais a une superficie de 760. Ô71 km*, 2i0, avec une population d'environ o. 100. 000 habitants, surtout de race bantou.

Le climat est tropical, très chaud et, en général, insalubre aux environs des cours d'eau et des cau.x stagnantes. 11 va deux saisons : la saison des pluies — la plus dangereuse — de décembre à mars, et la saison sèche, d'avril à novembre.

A l'exception de la zone fertile de la côte, qui mesure une vingtaine de milles d'épaisseur, l'autorité portugaise ne se fait sentir aux indigènes qu'à coups d'expéditions militaires. Aussi le régime administratif est-il très compliqué, moitié civil, moitié militaire. Ce qui le complique davantage, c'est l'existence des compagnies à chartes.

Les parties non concédées comprennent, en dehors des trois districts, datant de 1893, un certain nombre d'autres, constitués ultérieurement : 1» Mozambique ; 2» Zambézie;3°Tété ; 4" Inhambane ; SoLourenço-Marquès. Le gouverneur générai réside à Lourenço.

La reforme administrative, réalisée par décret du 23mail!»07, a eu notamment pour objet d'augmenter les pouvoirs du gouverneur et de créer un conseil législatif, en partie élu, et de ren)placer le régime des commandements militaires au sud du Save i)ar celui des circonscriptions civiles.

Il existe six circonscriptions judiciaires. I/évêque dépend de la province de Goa. L'armée est forte de 2.800 hommes environ.

Le Portugal se figura longtemps qu'en vertu de la théorie de Vhinterland admise par la conférence de Berlin, il pourrait opérer la jonction entre ses territoires de TEst et de l'Ouest africain. Il le croyait encore en 1876, lors de l'expédition de Serpa Pinto.Mais les Makololos du Chiré « se déclarèrent » protégés anglais ; et le gouvernement de Lisbonne sembla lui-même admettre leur théorie, puisqu'il établit un droit de douane de 3 p. 100 sur les marchandises originaires du Chiré. En 1879, il accordait à l'Angleterre la liberté de commerce, de navigation et de transit, le passage des armes et des munitions à travers son territoire. Par ces concessions, Andrade Corvo espérait obtenir le moyen de réaliser les très sérieux plans de colonisation qu'il avait conçus pour le Mozambique. Mais l'opinion pubUque, ignorante de la situation réelle, se révolta contre le ministre et fit repousser le traité.

Les espérances de jonction des colonies reprirent en 1889, pendant la période de refroidissement avec l'Angleterre. Le Portugal concéda des mines dans des régions frontières, occupa le Manica, envoya Capello et Ivens vers l'Angola, signa des traités de protectorat dans le Nyassa, développa l'action politique des missions religieuses. Mais il était trop tard : les missions anglaises, les sociétés du Cap, les compagnies commerciales du Nyassa étaient dans la place. En janvier 1890, le cabinet de Londres exigea le retrait des troupes portugaises et, en août, imposa l'abandon du Manica et l'obligation de ne pas aliéner de territoires sans l'assentiment de l'Angleterre. Pour ménager Tamour-propre portugais, cette dernière clause fut remplacée, en juin 1891, par un droit de préemption réciproque que les deux nations se concédaient sur leurs teiritoires respectifs : le Portugal accordait à la Grande-Bretagne le libre transit, moyennant un droit de 3 p. 100, la libre navigation du Chiré et du Zambèze, et s'en-

gageait à construire le télégraphe et le chemin de fer de Beïra. Les annexes du traité rétablissaient, en outre, au profit de FAngielerre le droit, stipulé en 1879, de faire passer des armes et même des troupes de Beïra ou de Chindé à la frontière rhodésienne.

A la question de la frontière occidentale, se superpose la Question de Delagoa, dont les origines sont plus lointaines. Après Téchec d'une colonie austro-italienne, en 1776, le Portugal installa des postes militaires et des factoreries dans la baie. En 1823, l'Anglais Owen, ne trouvant d'établissements portugais qu'au nord de la baie, établit le protectorat britannique sur le sud. Après son départ, les Portugais rétablirent leur autorité. Mais en 1861, Bickford planta le drapeau britannique sur les îles Inyak. En 1872, la question fut soumise à l'arbitrage du Président de la République Française : sa sentence, rendue en 187o, fut favorable au Portugal.

Celui-ci se hâta de concéder, pour une longueur de 55 milles, la ligne ferrée de Lourenço à la frontière. En 1888, la ligne était terminée dans les délais fixés, mais on s'aperçut que la frontière transvaalienne était située à l'Ouest du point où s'arrêtait la ligne : celle-ci n'était donc pas achevée au sens « juridique » du mot. Le Portugal abusa de cette erreur pour prononcer la confiscation, le 24 juin 1889 ; ce fut là un acte de véritable mauvaise foi, ainsi qu'en jugea le tribunal arbitral de Berne (29 mars 1900).

Avant même que la sentence ne fiit rendue, le bruit courait en Europe que le Portugal serait hors d'état de payer l'indemnité i'i laquelle il allait être vraisemblablement condamné.

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L'Angleterre et TAlIemagne étaient prêtes à faire le métier de prêteurs sur gages, à opérer une main-mise des douanes des colonies, équivalante des baux emphv théotiques. L'Angleterre tenait surtout à s'installer dans la baie de Delagoa et peutêtre à Beïra, tandis que l'Allemagne jetait ses préférences sur le Chiré et la rive nord du Zambèze '.

Le Portugal déclina ces propositions. Il fut condamné à payer à la Grande-Bretagne et aux États-Unis, représentants des actionnaires, seulement 15 millions.

Les premiers colons du Mozambique y avaient été attirés par les richesses minières — les fabuleuses richesses de la contrée mystérieuse de TOphir — l'or, l'argent, les pierres précieuses. Puis, l'attention des Portugais se portant de préférence vers les Indes, la colonie tomba en décadence et cet état de choses ne fit qu'empirer au cours des xviii* et xix^ siècles. La suppression de l'esclavage, d'abord pour les esclaves du domaine public et ceux introduits de l'étranger en 1836, puis générale en vertu de la loi de 1869, consomma la ruine du Mozambique.

Sa résurrection ne date que de 1879, et on la doit surtout, encore une fois, aux explorations minières faites à cette époque par Paiva de Andrada. Après diverses péripéties, elles décidèrent, en 1888, la formation d'une compagnie, celle du Mozambique, dotée de droits souverains en 1891.

C'est alors que commença, réellement, la colonisation pratique et rationnelle du Mozambique. Sans parler des richesses de son sous-sol — l'or, l'argent, le cuivre, le fer et

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