CHAPITRE YII LES COLONIES PORTUGAISES D EX lKEME-0 RIENT
ÉTAT DE l'iNDE
Celte jDetite colonie^ de 4.242 kilomètres carrés avec 100 kilomètres de littoral, enclavée dans la côte du Malabar, est tout ce qui reste au Portugal de son ancien empire des Indes. Peut-être est-ce le souvenir de ce glorieux passé qui incite le gouvernement lusitanien à y entretenir une luxueuse mais coûteuse administration : jusqu'en 1835, Tlnde portugaise était même gouvernée par un vice-roi. Aujourd'hui encore, TEtat y entretient un patriarche, le « primat d'Orient ' » deux séminaires et un très grand nombre d'écoles.
1. Elle comprend, en dehors du territoire de Gùa (3.370 kilomètres carréB), les petits districts de Damao (384 kilomètres carrés) et de Diu (53 kilomètres carrés). Sa population s'accroît assez rapidement : elle était en 1881 de 420. 86u habitants â Gùa, de 61.170 à Diu. En 1900, elle atteignait un chiffre total de 531.798 habitants.
La colonie forme 9 concelhos, ayant chacun un administrateur et une camara municipal.
Le gouverneur réside à Nova-Gôa. Au point do vue judiciaire, la cour de Gôa est le tribunal supérieur de tous les établissements portugais d'Extrême-Orient. La garnison est forte de 1.063 hommes.
2. L'histoire de ce Patriarcat est intéressante à connaître. Les actes pontificau.x de 1534 et de 1610 avaient mis à la charge de la Couronne portugaise toutes les églises catholiques des Indes, dont ils lui donnaient. en même temps, le bénéfice. Lorsque le Portugal eut perdu la plus grande
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2b8 LE PORTUGAL INSULAIRK ET COLONIAL
Cependant, en dépit de son antique splendeur, de sa nombreuse population (évaluée à S31.798 habitants) et des facilités qu'offre à son développement économique un réseau serré de fleuves et de routes, cette colonie végète depuis 1890, c'est-à-dire depuis l'expiration du compromis de 1878 avec rinde Britannique."
Depuis 1869, en effet, les denrées importées de Chine ou d'Océanie par Macao entraient librement dans l'Inde Portugaise. Les droits de douane avec les autres marchandises avaient été diminués, la prohibition de l'importation de la poudre et du sel avait été supprimée. Les marchandises de l'Etat de l'Inde entraient à Surate, en payant un simple droit de 2 1/2 ad valorem. Mais ce privilège lui l'ut enlevé en 1872, et, dès lors, les villes portugaises n'eurent plus d'autre ressource que de tomber sous la domination économique de leur puissante voisine \
En 1874, une convention signée avec la British India Steam Navigation Company établit des relations directes avec Lisbonne. En 1878, fut signé le compromis avec l'Inde anglaise dont nous avons parlé : il stipulait la construction du chemhi de fer de Mormugâo, l'entrée en franchise des produits en transit de et pour l'Inde anglaise ; les lignes de douanes étaient supprimées des deux côtés, et une soitc d'union douanière fut même conclue entre les deux pays. Le Portugal s'engageait à réglementer la production de l'opium
partie de son empire asiatique, il n'en continua pas moins à revendiquci les droits qu'il tenait de ses accords avec le Saint-Sit-ge : ce fut la causr de nombreuses difficultés. Celles-ci ne turent réglées que parles nouveaux concordats de ds57, puis de 1885. en vertu desquels le l'adroado fut limite à la province ecclésiastique, comprenant le métropolitain de Gôa et les Irois suffrageants de Uamâo. Cochin et Sào Thomé de Meliai)or. De plus l'Etat poriMijais a droit â une voi.\ pour 1 élection des évoques de Bombay. Quiloa. Tricliinopoly et Mangalore.
1. Voir n. Hauser, dans les Queslions diplomatiques el coloniales du 15 avril 1901, p. 473.
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et à ne plus le cultiver que pour le compte de l'Angleterre : il recevait, en retour, une subvention annuelle de 4 lakh de roupies.
Ce régime amena de réelles améliorations matérielles : le port et le chemin de fer furent construits par une compagnie anglaise de 1881 à 1887, le comnierce elles revenus {oublies augmentèrent. Mais, en 1890, le traité vint à expiration : les Cortès réclamèrent le rétablissement des anciens privilèges de Surate, et, l'Angleterre rejetant toute modification au traité, celui-ci ne fut pas renouvelé.
L'Inde portugaise est aujourd'hui obligée d'importer chaque année pour sa consommation des centaines de contos de reis de riz, qui forme la base essentielle de l'alimentation indigène et que la colonie n'arrive pas à produire en quantité suffisante, à cause de son régime agraire défectueux et de l'insuffisance d'irrigations.
Au point de vue commercial, le port et le chemin de fer de Mormugâo souffrent de la concurrence redoutable de Bombay.
Telles sont les deux causes principales qui s'opposent au |)rogrès économique de l'Inde portugaise. Elles permettent de comprendre sa situation budgétaire, qui s'est traduite, pendant nombre d'années, par une série de déficits importants :
KKCETTKS DÉPENSES DÉtlCllS
coiilus conlos coulos
En iyuO-1910, les recolles ont été de 1U79 contos et les dépenses de 1002, soit un léger excédent de 17 conlos.
Le mouvement commercial — importation, exportation
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et transit — a été de 6.216 contes en 1899, de 6.782 en 1902, de 7.200 en 1905, de 8.780 en 1908 ».
Le principal article d'importation est le riz (375 contes en 1902), qui provient exclusivement de l'Inde britannique.
Dans l'exportation, figurent surtout : les noix de coco et du coprah^ (23ocontos en 1902, 250 en 1905), lesépices ou aromates indigènes, les produits de l'arec (1902 : 55; 1905 : 70); les animaux vivants (40 contos), le sel, le poisson, l'huile de coco, etc.
La plupart des échanges se font avec l'Inde britannique. Les envois à destination de la métropole et d'autres colonies portugaises étaient en 1902, 2,100.000 reis pour le Portugal, 2 497.200 reis pour le Mozambique et 8.800 reis pour l'Angola. Si cet état de choses dépend naturellement de la situation de l'Inde portugaise vis-à-vis de sa puissante voisine, il n'est pas douteux, cependant, que la faible part tenue par le Portugal et ses autres colonies dans le commerce de cette région est due avant tout au manque de communications réguhères.
Les chiffres relatifs au transit des marchandises (1896 : 494 contos; 1897 : 414 ; 1898 : 4.990; 1899-1900 : 3.610 ; 1901 : 3.036; 1908 : 6.414), attestent des vicissitudes par où sont passés le porl et le chemin de fer de Mormugâo. A la
1. Voici le détail pour 1908 (contos de reis) : Importation, 1.7u3,7: exportation, 613: transit, 6.414,8.
La même année, la navigation a été représentée par 3.444 navires, jaugeant SH.T milliers de tonnes.
2. Au sujet de ragricultiire dans llnde portugaise, il parait intéressant de signaler une curieuse institution, les Communidades, survivance d'anciennes communautés de villages, que l'explorateur et le grand colonisateur des Indes, Affonso d'Albuquerquc, sut respecter et qu'un décret du 15 septembre 188u a transformées en associations agricoles. Ces communautés sont usufruitières des biens dont l'Ktat est le propriétaire. I^lles possèdent encore la plupart des terrains cultivés de Gôa et rendent de réels services à la colonie (Voir A. de Almada Negreiros, les Colonies portugaises, p. 121).
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suite d'une réduction de tarifs sur cette ligne en 1894, la Southern Mahratta et la Great India Peninsula s'entendirent pour favoriser les marchandises dirigées directement sur Bombay, cia Poonah, au détriment de celles qui prenaient la voie de Castle-Rock. Il en résulta une baisse de trafic pour le port portugais. Sur les instances du gouvernement de Lisbonne, en 1898, la Southern Mahratta consentit à accorder aux marchandises à destination de Mormugâo un traitement égal à celles qui prennent la voie de Bombay. Nouvelle reprise du transit par le premier de ces ports. Mais, à la suite d'une conférence tenue à Londres, en avril 1899, de nouvelles résolutions furent prises par trois Compagnies anglaises, et il en résulta en 1 899-1 90Û une nouvelle diminution de trafic de Mormugâo. Enfin, le gouvernement portugais se décida à accepter les offres de la Southern Mahratta en vue d'exploiter, à certaines conditions, la ligne et le port de Mormugâo, et il ratifia une entente de cette Compagnie avec la West India Portuguese, en vue de lutter avantageusement contre la Great India. La conséquence en fut un notable accroissement du mouvement des marchandises dans le port de Mormugâo, qui passa de 88.810 tonnes en 1902 à 99.137 tonnes en 1903. Cette augmentation a encore continué depuis.
Comme on le voit, l'Inde portugaise souflVe de la dépendance immédiate et forcée, où elle se trouve à l'égard de sa puissante voisine, et cette situation doit nécessairement peser sur- son développement futur. Peut-être, cependant, le développement du port de Mormugâo, la culture plus intensive du riz, rétablissement d'un service de navigation plus actif entre cette colonie, la métropole et les autres possessions portugaises l'éussii'ont-ils à faire progresser cette région asiatique Le gouvernement de Lisbonne est déjà entré dans la voie des réformes : il convient d'attendre de les voir mises
en œuvre pour pronostiquer, d'après leurs résultais, de l'avenir probable de l'Inde portugaise.