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2. Discours prononcé à VAssociacao dos Lojistas, le 16 décembre dernier.
La nouvelle loi — il faut le reconnaître — a été fort mal accueillie par les catholiques, qui constituent, malgré tout, l'immense majorité de la population.
Il est vrai, au dire de M. Afïonso Costa, que si le peuple est en train de « se républicaniser », il s'en faut pourtant que son esprit soit encore « complètement émancipé... »
L'état civil obligatoire a été réalisé par un décret du 20 février, qui n'a pas moins de 365 articles, et dont l'auteur est encore l'infatigable M. Affonso Costa. Un autre décret publié à la date du 24 décembre 1910 a réorganisé complètement la législation de la famille. La place nous manque pour l'analj'ser. Mais il suffira de dire que ses dispositions sont toutes empreintes d'un esprit très avancé : le mariage est considéré comme un contrat purement civil et présumé perpétuel; la recherche de la paternité illégitime est permise dans certains cas, etc. L'utilité de ces mesures — parfaites, si l'on se place au point de vue du droit le plus moderne et humanitaire — se faisait-elle vraiment sentir dans un pays aussi arriéré que le Portugal ? Et n'y a-t-il pas à craindre de bouleverser de fond en comble une législation qui s'inspirait, après tout, de sérieuses raisons d'ordre public et social et sur une connaissance assez exacte de la condition sociale et des besoins actuels du peuple portugais ? Enlever toute signification à la cérémonie du mariage, n'est-ce pas, par exemple, aux yeux de gens imbus de leurs croyances, ou, si l'on veut, de leurs superstitions, renier la valeur même de cette institution ?
Enfin, p;ir un d('M'rvl en date du 21 avril dernier, le gou-
vernement provisoire a procédé à la séparation de l'Église et de l'Etat. En voici les grandes lignes :
Entière liberté est, à partir de la promulgation de la séparation^, accordée à toutes les religions. La religion catholique cesse d'être religion d'Etat. En conséquence, toutes les églises devront être soutenues par les offrandes des fidèles. Leur comptabilité restera cependant sous la surveillance de l'Etat. A tous les prêtres qui se trouveront le l*"" juillet 1911 titulaires dune cure, le gouvernement assurera une allocation annuelle dont le montant sera fixé par des commissions spéciales. Les églises et les autres édifices nécessaires au culte sont gratuitement prêtés par l'Etat au clergé, dont tous les membres portugais et étrangers continueront leurs fonctions. En ce qui concerne les nouvelles nominations, l'assentiment du gouvernement portugais devra être d'abord obtenu.
L'Etat, ne reconnaissant pas la religion catholique, ne s'opposera pas au mariage des prêtres.
La publication de ce décret a naturellement causé une vive déception dans le monde catholique. Les prélats portugais, qui n'avaient pas mis beaucoup d'empressement, semble-t-il, à protester contre l'expulsion des congrégations, se sont sentis cette fois directement visés. Déjà, après les mesures concernant le divorce, l'abolition du serment religieux, la suppression de l'enseignement religieux dans les écoles, un certain nombre d'entre eux avait tenu à déclarer, dans une lettre pastorale — dont le gouvernement a interdit la lecture dans les églises (ce qui amena même la destitution de l'évêque de Porto) — que s'il était du devoir de chaque catholique de respecter les pouvoirs publics, il fallait distinguer entre ce devoir et celui d'approuver la législation. Ils ajoutaient que « si une nouvelle loi est injuste et contraire aux lois de Dieu, elle n'oblige pas les sujets. »
Voici comment un prélat a jugé la loi de séparation :
« Cette loi, a-t-il déclaré, diffère complètement des lois française et brésilienne. Elle place le clergé portugais dans une position humiliante et abjecte. Aucun gouvernement n'a jamais eu une telle main-mise sur rÉgiise. Non seulement il s'approprie tout ce que l'Eglise possède actuellement, mais encore il s'appropriera ses acquisitions futures. La loi attaque la discipline ecclésiastique en invitant les prêtres à se marier et en donnant des pensions à leurs veuves et à leurs enfants. Elle laisse les évèques et le clergé à la merci de l'élément laïque, et même les indemnités promises demeureront sous le contrôle des commissions paroissiales et autres corps gouvernementaux, qui sont généralement en antagonisme avec l'Eglise. Les évèques et les théologiens catholiques portugais regardent la loi comme une attaque contre les sentiments et la dignité de l'Eglise '... »
De fait, les prélats et avec eux le bas clergé ont décidé à l'unanimité de ne pas accepter la loi de séparation et d'attendre les ordres de Rome.
Quant aux fidèles, en général, ils ont fait preuve jusqu'ici de la même indifférence qu'en matière politique. Ce n'est, du reste, que quand les inventaires des biens ecclésiastiques seront faits, qu'ils se rendront compte de l'importance de cette mesure. On peut alors s'attendre à des troubles, notamment dans le nord — dans les districts du Minho et du Douro — où règne un esprit plus religieux qu ailleurs, et où les éléments monarchistes sont le plus actifs.
Quoi qu'il en soit, cette loi, comme les autres mesures anticléricales, ne sont pas faites pour assurer au Portugal la paix intérieure dont il a tant besoin.