R. Ennes Ulrich, loc. cit.. p. 298. t. Loc. cil., p
3. Notamment par M. Luiz de Castro, ministre des Travaux publics, du Commerce et de l'Industrie dans le cabinet ii6 décembre 1906-14 mai i90v»).
causes qui, mieux que l'insuffisance ou les rigueurs de la législation ouvrière, expliquent que le problème soulevé par la situation du prolétariat n'ait pas atteint jusqu'ici la même acuité que dans d'autres pays. Si l'Internationale fut, dès 1870, introduite dans l'Etat lusitanien par trois émissaires venus de Madrid, si elle v trouva même aussitôt de fervents adeptes, notamment dans la personne de l'agitateur José Fontana et dans celle du poète Anthero de Quental, qui procédèrent à lorganisation des premiers centres ouvriers et socialistes \ ce beau zèle ne dura guère, et, à la veille de la dernière Révolution, le socialisme marxiste n'était représenté au Portugal que par un petit groupe, se recrutant surtout à Lisbonne, et dirigé par un ouvrier typographe, Azedo Gneco, mais qui n'exerçait au Portugal aucune influence dans les milieux politiques, pas plus que dans les centres ouvriers.
Les républicains eux-mêmes ne voulaient voir dans ces socialistes que de faux agitateurs, que des suppôts déguisés de la monarchie.
L'avènement du nouveau régime devait, fatalement, modifier cet état de choses et amener les vainqueurs à s'occuper davantage des revendications du prolétariat (ce fut le principal point de leur programme « humanitaire »), tandis que, de son côté, le petit groupe socialiste, enhardi par la facilité de la Révolution, mais rendu circonspect aussi par le succès de ses adversaires de la veille, émettait l'avis, par l'organe de son « comité central », qu'aucune difficulté ne fût créée, au moins pour l'instant, au gouvernement provisoire.
Nous avons déjà vu comment celui-ci s'est efforcé, notamment par des dégrèvements d'impôts, de se concilier le petit peuple des campagnes, aussi bien que celui des villes. C'est également pour- corn[)laire à ces derniers et surtout aux habi-
1. Voir F. Kniygdio da tsilva. U uperiuilo Foi/uyuè.t nn Qiu-siâo <!Ocial, p. 57 et suiv , Lisbonne, 1905.
tarils de la capitale qu'a été édicté, dès le 8 novembre, le décret relatif aux locations *.
Cette mesure n'a pas été sans causer une vive alarme dans le monde des propriétaires : un Anglais établi au Portugal a pu la qualifier de « Lloy Gcorgisme en pratique- ». 11 faut ajouter que les termes de celte loi due, comme la loi du divorce, au ministre de la Justice, M. Affonso Costa — qui est, en effet, le personnage le plus considérable de la République — sont vagues et ambigus : ce qui en complique l'application et est la cause de difficultés continuelles.
Mais celte concession faite à l'esprit socialiste semble peu de chose auprès du décret, qui proclama — sans doute un peu inconsidérément — le droit de grève. Ce n'est pas que nous voulions défendre la législation antérieure, mais il était à craindre qu'une réforme si radicale, accomplie sans transition, donnât de mauvais résultats chez un peuple, qui n'avait guère eu le temps, sous la monarchie, de faire l'apprentissage de la liberté.
C'est ce que les événements se chargèrent bientôt de démontrer. Le droit de grève était à peine proclamé, que l'on assista à une véritable levée en masse de tous les corps de métiers. Au mois de novembre, on compta jusqu'à cent grèves différentes dans le même temps : employés de commerce, ouvriers du gaz de Lisbonne et ouvriers électriciens — ce qui eut pour résultat d'arrêter le service des tramways électriques, et celui des bateaux qui font le ser-
i. Il était admisjusque-là. de temps immémorial à Lisbonne comme dans le sud du pays, qu'aux deux grandes échéances de loyers, tous les fournisseurs, grands et petits, encaissaient ce qui leur était dû pour les derniers six mois et distribuaient à leur tour ce qui leur rentrait entre leurs propres créanciers. La nouvelle loi supprima l'obligation pour le locataire de payer d'avance les six mois et lui donna le droit de se libérer par paiements mensuels: en même temps, elle ramenait de sept mois à un mois la faculté de résiliation des locations de la part du locataire et même du propriétaire dans le cas de non-paiement du loyer mensuel.
a. Article cité de la National Review.
318 Lt PORTUGAL ET SKS COLONIES
vice du passage du Tage et les ascenseurs publics, qui jouent un rôle si important dans la vie quotidienne de l'habitant de la capitale portugaise. Puis, ce fut le tour des tisserands, des métallurgistes, des minotiers, des employés des abattoirs, des fabricants de liège, etc. Il n'y eut pas jusqu'aux couturières des magasins de mode, aux cordonniers, et — s'il faut en croire le spirituel collaborateur de la NatioiialReview— jusqu'aux sages-ïemmes — qui ne levèrent Fétendard de la révolte! Le 17 novembre, les étudiants de rinstitut Industriel — au nombre de deux cents — proclamèrent aussi la grève. En un seul jour, le Diario de Noticias enregistra vingt-quatre grèves nouvelles. La plus grave fut la grève des chemins de fer, qui menaça même un moment de devenir générale et d'arrêter la vie économique de tout le pays.
Ce qu'il importe de souligner, c'est que les cheminots se révoltaient, alors qu'ils venaient d'obtenir des Compagnies la journée de neuf heures et des augmentations de salaires grevant de 12 p. 100 les charges de l'exploitation; de même que les employés de commerce choisissaient, pour se mettre en grève, le moment où le ministère venait de leur accorder le repos hebdomadaire (décret du 9 janvier) !
Le calme finit cependant, par renaître', mais l'alarme avait été vive parmi les membres du gouvernement provisoire !
1. La grève des cheminots se termina le 15 janvier par une demi-victoire des grévistes : les Compagnies accordèrent une augmentation de 100 reis (environ 0 fr. 50) par jour aux employés ayant un traitement de 60.000 reis (300 francs) et des vacances annuelles de 20 jours payés à tous les employés. Le travail dans les ateliers sera désormais de neuf heures par jour. Les compagnies s'engagent, de plus, à étudier la réorganisation de la caisse des retraites, à fournir des permis de circulation annuels à tous les employés et à considérer les jours de la grève comme jours de permission payés.
Au contraire, la grève des gaziers — qui fut marquée par certains actes de sabotage — se termina, sans que la Compagnie donnât satisfaction au personnel, qui fut môme remplacé en partie.
Depuis, de nouveaux troubles sanglants se sont produits à Sétubal.et la grève générale a failli même éclater à Lisbonne (18 mars). Kn juin, les ouvriers du ministère public, qui travaillaient pour le compte de l'État,
CONCLUSiONis 319
Le ministre de rintéiieur donna même, un moment, sa démission... On put craindre que la jeune République portugaise ne fût — comme son aînée, la République de 1848 en France — la victime de son imprudence, en abordant, de haut et au nom des seuls principes absolus, la question sociale.