LE RKGNE DR DOM MANOEL II
plaignaient à cors et à cris d'être, depuis deux ans, continuellement et délibérément écartés du pouvoir. Mais les régénérateurs paraissaient trop divisés pour former un ministère homogène, et même après le coup terrible porté ô son chef, le parti progressiste restait encore le plus disciphné et le plus fort. D'un autre côté, le roi répugnait visiblement à accorder la dissolution des Cortès, alors qu'il venait de la refuser à M. Beirâo.
C'est cependant à cette dernière solution qu'à bout de ressources, il se décida, en confiant le pouvoir au chef en titre des régénérateurs, M. Teixeira de Sousa V
A un cabinet progressiste succédait donc un ministère regenerador : c'était le retour au « rotativisme » dans toute sa splendeur !... Il s'en fallait cependant que M. Teixeira de Sousa commandât à tous les régénérateurs. A la suite de scissions survenues dans ce groupe après la formation du cabinet Campos Henriques, d'abord, puis après la démission de l'ancien leader M. de Yilhena, en janvier 1910, ce parti était divisé en trois tronçons. Encore y avait-il un certain nombre de personnages politiques, comme MM. Wenceslao de Lima et Antonio Azevedo, qui, tout en appartenant nominalement au parti, ne s'en déclaraient pas moins indépendants. 11 semblait donc impossible que le gouvernement obtînt de tous ces groupements et de tous ces hommes un terme à leurs dissensions et leur plein concours.
De plus, il allait avoir nécessairement contre lui tous les progressistes et aussi les républicains.
Le président du Conseil espérait cependant, sinon se concilier ces derniers, du moins les amadouer, grâce à un programme de réformes très avancées, comprenant notamment :
1. Les autres portefeuilles étaient répartis entre ses amis politiques : Affaires étrangères. M. José de Azevedo Castello Branco ; Guerre, général Raposo Botelho : Finances. M. Anseimo de Andrade : Travaux publics. M. José Gonzalez Pereira dos Santos ; Marine. M. Ferrcira .Marnoco e Sousa ; Justice, M. Manuel Fratei.
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le droit pour les Cortès de se réunir, indépendamment de toute convocation, le 2 janvier de chaque année et le jour suivant immédiatement l'expiration du délai d'ajournement ; la représentation des minorités, grâce à des corrections au svstème de scrutin en vigueur ; une responsabilité ministérielle plus effective ; la revision des décrets dictatoriaux de la période franquiste, etc. D'autres réformes concernaient les finances publiques, la marine de guerre, les colonies, les congrégations religieuses, etcJ .
Mais les républicains entendaient ne participer à aucune réforme, tant que la question de régime — capitale, selon eux — ne serait pas résolue conformément à leurs désirs.
Le parti républicain au Portugal n'a guère plus de trente années d'existence. Sans doute, la République, en tant que forme idéale de gouvernement, compte depuis longtemps dans ce pays de fervents adeptes. Déjà, lors de la fuite de D. Joào au Brésil, la franc-maçonnerie lusitanienne avait organisé de nombreuses sections dans les villes pour la propagation de ses idées révolutionnaires. En 1810, dix-huit journalistes furent déportés aux Açores à cause des tendances démocratiques qu'ils ne cachaient point. Sept ans plus tard, le régent Beresford réprimait le premier soulèvement républicain. Le danger parut écarté pour quelque temps ; mais les écrits des philosophes français du x\uf siècle avaient laissé dans les esprits des germes qui ne demandaient qu'une occasion |)our se développer et éclore.
En i87'.i, le docteur Mngalliaès Lima, alors qu'il fréquentait
i. Voir, pour i)liis de détails, notn* nriiclo ûea Ques/ionx Diplomatiques et Coloniales, 16 juillet 1910.