LE RÈGNE DE DOM MANOEL II
encore les cours de l'Université, lançait une feuille politique qui s'intitulait — déjà ! — la Ré publique de Portugal. Mais ce mouvement, qui n'était que le contre-coup de celui qui avait renversé, quelque temps auparavant, la monarchie espagnole, ne devait pas réunir un grand nombre d'adhérents : il ne paraît pas, en tout cas, que son retentissement ait été considérable...
C'est en 4 880 seulement, à l'occasion de la célébration solennelle du centenaire de Camoëns, que le parti républicain affirma son existence par une active campagne en faveur de la colonie de Lourenço-Marquès, que menaçaient les convoitises étrangères. L'ultimatum anglais de janvier 1890, dans les débuts du règne de dom Carlos, servit de prétexte à une émeute républicaine à Porto, qui fut d'ailleurs assez facilement réprimée. Peu après, la chute de l'empire au Brésil accrut la confiance des républicains portugais dans le succès de leur cause et leur valut de nombreuses adhésions. Depuis lors, le parti profita admirablement de toutes les secousses qui ont agité l'Etat lusitanien, pour affirmer chaque fois davantage son importance grandissante... Tandis que les « rotatifs » étaient absorbés par leurs perpétuelles discordes, les leaders républicains ne cessaient de parcourir tout le pays, les villes et les campagnes. A chacun, ils parlaient le langage qu'ils croyaient le mieux lui convenir. Au monde du négoce, ils montraient l'impuissance des cabinets monarchiques et ajoutaient que la République saurait seule réaliser les réformes économiques si impatiemment attendues et donner au pays de bonnes finances ; ils assuraient au peuple des villes qu'ils voulaient travailler à son éducation politique, mettre fin à sa misère et à son ignorance, tandis qu'ils faisaient surtout miroiter aux yeux des gens des campagnes une répartition plus juste des charges pubhques, et peut-être aussi, à l'occasion, un partage des terres...
Non sans raison, les républicains affirmaient que leur parti, avec son Directoire central de cinq membres — auquel étaient subordonnées des commissions établies par district, par commune et par paroisse — était le seul organisé et discipliné au Portugal. Ce n'était pas, à dire viai, que Ton ne notât — même dans l'opposition — chez leurs principaux chefs, des divergences d'opinions, qui correspondaient à des différences profondes de tempérament. La tentative révolutionnaire contre Franco des 27-28 janvier 1908, avait été, semble-t-il, dirigée, du côté républicain, par un très petit nombre d'hommes : M. Afîonso Costa, qui « par son âge et son tempérament a joué et jouera sans doute un rôle en évidence dans les manifestations de la rue ^ » ; M. J. Chagas, qui « connaît déjà par une amère expérience, tous les vaisseaux de guerre portugais-», le docteur d'Almeida, qui, dans une déclaration qu'il me fit à Coïmbre, paraissait ne pas s'épouvanter des idées anarchistes, M. Brito Camacho, quelques autres encore . . . Au contraire, M. Bernardino Machado, un ancien ministre de la monarchie, paraissait être resté aussi étranger au complot qui se tramait dans l'ombre que M. Magalhaès Lima, un doctrinaire, ou que cet autre vétéran, le philosophe et historien Theophilo Braga : « L'idéal de notre parti, déclarait ce dernier à un journaliste espagnol, est la Révolution du Brésil... La mort du Roi a été une surprise pour tous... L'idée pacifique républicaine finira d'elle-même par triompher. . . Notre parti, tout en étant capable d'héroïsme et ne reculant pas devant la force, comme ultimaratio, lui préfère la révolution des idées qui relarde peut-être la conquête du pouvoir, mais qui gagne sûrement et rapidement les consciences''... »
Tout le monde, à vrai dii'c, dans le parti, n'approuvait
1 et 2. Le Teinps du 26 novembre 1907.
3. Déclaration au correspondant de Vlmpai-cialdc Madrid (ITjain ierl90!i.