LE RÈGNE DE DOM MANOEL II
D'ailleurs, leur organisation était si habilement conçue, que, lors des poursuites qui suivirent le régicide, le juge chargé de l'instruction ne put arrêter que quelques membres, tous des subalternes. Le nœud cl la trame de tous ces fils demeuraient insaisissables.
Dans les derniers temps, il semble que la royauté, désespérant de lutter contre d'aussi redoutables adversaires, ail cherché à les amadouer. C'est dans ce but — nous l'avons vu — qu'une fois les « progressistes » usés par deux années de pouvoir, elle fit appel au chef du parti « régénérateur », M. Teixeira de Sousa. Mais ce fut inutile.
C'est également en vain qu'aux élections de septembre 1910, les républicains durent, moins sans doute à leurs efforts personnels qu'à la complaisance du gouvernement, d'obtenir quatorze sièges au lieu de sept. Le cabinet sortit de ces élections très affaibli : c'est à peine s'il pouvait compter à la Chambre des Députés sur une majorité d'une vingtaine de voix. Encore dans ce nombre étaient compris une dizaine de « dissidents » du groupe Alpoim, dont le concours apparaissait comme assez incertain V A la Chambre des Pairs, la situation du ministère était plus critique encore, en dépit de la nomination de seize pairs, au profit des groupes gouvernementaux (18 septembre).
Aussi, après une séance officielle d'ouverture, où le Roi prononça, devant des banquettes à peu près vides, un discours annonçant une politique ultra-radicale (23 septembre"), le Gouvernement s'empressa-t-il d'ajourner le Parlement jusqu'au 9 décembre.
1, Les chiffres officiels étaient, cependant, les suivants : ministériels, 90 : bloc conservateur monarchiste, 43 ; républicains, 14 ; indépendants, 2.
Lisbonne avait élu les 10 républicains suivants :
Affonso Costa, Antonio José d"Almeida, Bernardino Machado, Alfredo de Magalhaés, Miguel Bombarda. Alexandre Braga. Antonio Luiz Goniez, Joào de Menezes, Théophilo Braga et Candido dos Reis.
Marvaud. — Portugal. 4
On escomptait pour cette date la chute du cabinet de Sousa; et les républicains annonçaient partout qu'elle amènerait un nouveau retour de la réaction. Ils reprochaient déjà au président du conseil de manquer à ses promesses et de faire luimême le jeu des cléricaux. Un de leurs chefs, M. Afîbnso Costa, déclarait quele résultat des élections signifiait que le Roi devait abdiquer, et il concluait : « Le changement est certain; il est fatal; il ne peut tarder longtemps encore. Si Ton nous réduit à l'opérer par la force, nous sommes résolus à le faire à l'instant précis, qui sera logiquement, scientifiquement, indiqué par les circonstances *... »
L'été fut rempli par des tentatives d'insurrection, qui toutes échouèrent et donnèrent lieu à de nombreuses arrestations. Beaucoup d'officiers supérieurs même furent compromis. Vers le milieu de septembre, la police découvrit des bombes dans la maison d'un républicain. Le 17, peu de jours avant l'ouverture des Gorlès, le Roi, essayant encore une fois de la clémence, signait un décret d'amnistie en faveur d'un certain nombre de journalistes républicains, condamnés pour insultes à la famille royale ou excitation à la révolte.
La révolution était, dit-on, préparée pour la fin de l'année. Plusieurs incidents la précipitèrent, en amenant les républicains à devancer cette date : d'abord, l'assassinat du député républicain, le docteur Bombarda, par un officier atteint de folie, puis l'arrivée à Lisbonne du président-élu de la république du Brésil, le maréchal Hermès da Fonseca, deux événements qui surexcitèrent les esprits et créèrent une ambiance propice à un coup de force. Mais ce qui décida les conjurés à