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Lellre adressée de Lisbonne au Malin (l" septembre

LE rk(;nk de DOM MANOEL II 51

agir, ce fut la nouvelle que les navires de guerre mouillés en face de Lisbonne, dont le concours leur était acquis, avaient reçu l'ordre de quitter la rade le o octobre. Depuis longtemps, à la Cour, on avait peu de confiance dans la flotte ; on la savait en grande partie gagnée aux idées républicaines : c'est j)ourquoi déjà, lors des élections de septembre, on l'avait éloignée quelque temps aux Açores...

Ce ne fut pas elle cependant qui porta les premiers coups. Dans la nuit du 3 octobre, une vingtaine de membres affiliés au « carbonarisme » portugais, sur un signal convenu, parti de l'escadre, pénétrèrent dans le quartier du 16" régiment d'infanterie. C'est ce régiment, avec le 1" d'artillerie, qui ouvrit la lutte en occupant une position stratégique. La plupart de leurs chefs avaient été mis dans l'impossibilité d'intervenir. L'amiral en retraite Candido dos Reis, membre du directoire républicain, qui devait être le chef du mouvement, accourut, de son côté, avec les troupes de la marine ; mais, se figurant que l'afîaire avait échoué, il se suicida. D'autres disent qu'il fut assassiné... Un simple officier de la comptabilité navale, Machado dos Santos — dont nous avons vu le rôle dans la Carbonaria, — le remplaça et ouvrit à la populace les portes de l'arsenal. Les troupes restées fidèles à la monarchie se trouvaient ainsi prises entre deux feux, tandis que les navires bombardaient le palais des Necessidades — que dom Manoel avait abandonné — et réduisaient ses défenseurs à l'impuissance.

La révolution se fit avec une rapidité déconcertante. Le 5 au matin, la République était proclamée à l'Hôtel de Ville et un gouvernement provisoire était établi ; la famille royale en fuite allait chercher un abri à Gibraltar \

1. Les troupes royales manquèrent, parait-il, de direction... et même de munitions. L'armistice accordé au secrétaire de la légation allemande, le baron von Schmidthals, pour permettre à ses compatriotes d "évacuer

Une fois le nouveau régime proclamé à Lisbonne, il ne tarda pas à être reconnu à Porto, à Coïmbre, à Braga, dans tout le pays, et aussi à Madère, dans les Açores et aux colonies.

Le succès si rapide de la révolution s'explique par Tattitude des royalistes, qui ne cherchèrent pas môme à se défendre. On a été jusqu'à parler de complicité du dernier Gouvernement. Ce qui est certain, c'est que la plupart des hommes politiques les plus en vue des anciens partis dynastiques s'empressèrent de donner leur adhésion à la République.

«... Je voulus — déclarait mélancoliquement M. ïeixeira de Sousa — empêcher la révolution, en la désarmant au moven de libertés. Je n'aboutis n rien. Je voulus conjurer la révolution, empêcher — il y allait de mon honneur — qu'elle ne suivît son chemin. Je vis alors que la lutte était impossible et que la monarchie n'était entourée, à quelques exceptions près, que de républicains et d'indiiïérents'... »

la zone des hostilités, offrit aux révolutionnaires une occasion inattendue pour s'emparer des meilleures positions : le drapeau blanc fut considéré par les troupes et par la foule, qui envahit le Rocio, comme le signal de la reddition.

La nouvelle que Dom Manoel s'était embarqué acheva de décourager les défenseurs de son trône. Aucun des conseillers du jeune Hoi n'avait essayé de le retenir. Il semble avéré, cependant, à en juger par les démonstrations loyalistes qui l'y avaient accueilli quelques semaines auparavant, qu'il eût pu trouver dans le Nord du Portugal des auxiliaires prêts à marcher avec lui sur la capitale.

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