Déclaration à un rédacteur du Seciilo
I. La reconnaissance officielle du nouveau régime par les puissances. — La situation privilégiée occupée par l'Angleterre au Portugal : ses origines.
II. Inquiétudes du côté de Berlin : la rivalité anglo-allemande au Portugal. — L'ancien projet de partage des colonies lusitaniennes.
Progrès du commerce de l'Allemagne et efforts de sa diplomatie.
Laffaire des « sanatoriums » de Madère.
Le traité de commerce germano-portugais.
m. Le Portugal et l'iispagne. — Les rêves d'Union Ibérique. — Méfiances des Portugais vis-à-vis de leurs voisins. — La chute des Bragance et le cabinet de Madrid. — Bruits d'intervention. IV. Les Républicains et l'Angleterre. — Prétendu rôle joué par cette puissance dans les derniers événements.
Les convoitises germaniques : quelques articles symptomatiques de la presse d'Outre-Rhin.
Comment le Portugal échappera-t-il au.x dangers qui le menacent ?
A l'heure où nous écrivons guin 1911), aucun gouvernement, en dehors de ceux du Brésil et des autres républiques sud-américaines, n'a encore reconnu officiellement le fait accompli, bien que les ministres des diverses puissances représentées à Lisbonne soient déjà entrés en rapports directs avec les membres du gouvernement provisoire, dans le but notamment d'assurer la sécurité et la protection des intérêts de leurs nationaux.
Cette reconnaissance, cependant, après la proclamation de la République par l'Assemblée Constituante, ne sauiail tar-
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der. En tout cas, la place prépondérante occupée par l'Angleterre dans l'Etat lusitanien explique que ce soit à elle de prendre l'initiative de cette reconnaissance ^
On fait, d'ordinaire, remonter la situation privilégiée de l'Angleterre en Portugal au fameux traité de Methuen : elle lui est, en réalité, bien antérieure. Los fouilleurs d'archives ont pu retrouver un traité signé dans la cathédrale de Londres le 16 juin 1373 — jour de la Fête-Dieu — entre le roi d' « Angleterre et de France » Edouard, d'une part, et le roi Dom Fernando de Portugal et la reine-consort Dona Leonor, d'autre part : traité d'alliance défensive et offensive, obligeant chacun des deux chefs d'Etat « à traiter les amis et ennemis de l'autre comme ses propres amis et ennemis et à se prêter mutuellement secours sur terre et sur mer, pour la défense de leurs i)ays respectifs »... - D'autres accords analogues et conçus à peu près dans les mêmes termes, en 1386, en 1642, en l6o4, en 1660, en 1661, confirment et amplifient le précédent, jusqu'au jour où le marquis de Alegrete, au nom du roi Dom Pedro 11, et sir .John Methuen, ambassadeur de la reine Anne, apposèrent leurs signatures au bas d'un acte, demeuré justement célèbre (16 mai 1703). Ce traité, qui plaçait sous la pcolection anglaise l'intégrité du territoire portugais, mettait en même temps le j)etit royaume dans la dépendance économique de son j)uissant allié".
i. La reconnaissance officielle de la Hépiibli(|ue portugaise par la plupart des grandes puissances a eu lieu, en septembre, ii la suite du vote de la Constitution et de lélection du président.
2. Cf. Auguste Ribeiro, A Alliainn entre Porhujal e a Inqlnterra (Lisbonne, 1904).
3. I)e|)uis 1684. le Portugal avait interdit lenlrée des lainages britanniques, afin de créer chez lui linduslrie lainière. Par le Irailé de 1703, il s'engagea à les admettre de nouveau, moyennant l'ancienne ta.\c doua-
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Depuis lors, le Cabinet de Londres n'a cessé d'intervenir au Portugal. A deux reprises, au cours du xix'' siècle, les soldats britanniques foulèrent le sol lusitanien, pour lutter, d'abord, contre Napoléon, puis contre le prétendant Dom Miguel. Les perturbations continuelles de la politique à Lisbonne, les complications qu'elle peut entraîner dans la Péninsule tiennent l'Angleterre attentive et prête à envoyer des navires et débarquer des troupes, à tout moment. En 1873, lors de l'éphémère République espagnole, le ministre de ce gouvernement à Londres interrogea naïvement lord Granville au sujet d'un mouvement combiné entre les républicains espagnols et les républicains portugais, en vue de fonder l'unité politique de la Péninsule. La réponse de l'homme d'Etat britannique ne se fit pas attendre : ce fut une note envoyée, le 19 février, à son ministre, accrédité à Madrid en même temps qu'à la cour de Lisbonne. « Bien que ce fût une règle invariable pour le gouvernement anglais — déclarait la note — de ne pas intervenir dans les affaires intérieures des autres pays, les traités entre le Portugal et l'Angleterre l'obligeaient à défendre le Portugal contre une agression étrangère, et, par suite, les Espagnols ne pouvaient compter sur l'indifférence de l'Angleterre dans l'hypothèse d'une attaque extérieure contre le Portugal. »
On se souvient de l'incident survenu, une vingtaine d'années plus tard, entre Londres et Lisbonne, à propos de la question africaine. Il n'eut pas d'influence durable sur les relations des deux pays. Après une alarme passagère, dont l'Allemagne sut profiter au mieux de ses intérêts commer-
nière de 23 p. 100; en retour, l'Angleterre consentait à frapper les vins portugais d'un droit plus faible d'un tiers que les vins français. Ce traité sauva le commerce des laines en Angleterre et sacrifia le mCme commerce en Portugal. Il eut aussi pour résultat de faire passer tout le commerce portugais aux mains des Anglais et d'étouffer ce qui p.xistait d'industrie locale. (Y. rnfia, p. t:26|.
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ciaux, la chaîne qui lie l'Etat lusitanien à son puissant protecteur se trouva plus rivée que jamais. Le traité du 11 juin 1891, qui régla définitivement les limites des possessions portugaises du continent africain et qui sépara f^ tout jamais r Angola du Mozambique, fut le dernier des grands accords conclus entre les deux pays^. Il conviendrait à peine, en effet, de citer le traité d'arbitrage signé le 16 novembre 1904, à l'occasion de la visite officielle des souverains de Portugal à la cour britannique, — qui a été copié sur le traité analogue franco -anglais du 14 octobre 1903 — si les termes singuliers en lesquels il est rédigé n'affirmaient, une fois de plus, la situation créée par les événements et les accords antérieurs"-.
Cette situation a été admirablement résumée par le grand historien portugais Alexandre Herculano : « L'origine de celle intime alliance, écrit-il, est inscrite dans le monument le plus grandiose de notre pays. Batalha* nous rappelle qu'il y a un pacte, scellé avec du sang, entre le Portugal et l'Angleterre. Quand le peuple portugais cessera d'être le frère et