‹ Le Portugal et ses coloniesChapitre 23 sur 194 · Voir in fra, p · texte numérisé non relu

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2. On y lit que les hautes parties contractantes « désireuses de voir confirmer, par un autre contrat solennel, l'amitié et l'alliance qui e.iistenl depuis si longtemps entre les deux pays, et d'éliminer autant que possible, de leurs relations mutuelles, tout ce qui pourrait refroidir ou altérer cette amitié et cette alliance», soumettront au Tribunal permanent d'arbitrage de la Haye tous les différends de nature lôgale,qui ne portent pas atteinte à leurs intérùts vitaux ou à l'indépendance et k l'honneur des deu.\ pays, ou ont rapport au.x intérêts d'un tiers. » Chose curieuse, cette convention fut si promplement signée, que les deux souverains la ratilièrent. sans qu'elle eilt été soumise au préalable d l'approbation des Corlés. ainsi que le veut la Constitution portugaise (Voir Trindade Coelho, Mantial Polilico do Cidadao Portuguez, 2« édition, Porto, 11)08, p. C86 en note).

3. C'est à lialalha que se trouve le fameux Mosteiro de Santa Maria de Victoria, que n(> manquent pas de visiter les touristes au Portugal : ensemble d'édilices imposants, élevés vers la fin du xi\^ siècle, {"i peu de distance du champ de bataille d'AIjubarrota, où Jean 1", nouvellement élu roi de l'orlugal, baUit, le 44 aortt 1385, l'armée de son beau-frére, Jean I»' de Castille, époux de la fille du dernier roi de Portugal de la ligne légitime de Bourgogne.

LA REPUBLiyL'K l'ORTL'GAISK KT LES PUISSANCES o7

Tami du peuple anglais, il devra commencer par démolir le temple de Sainte-Marie de la Victoii'e, puis, sur les ruines de rédificc, sur les ossements de D. Joâo I", le héraut de la discorde> annoncer au monde que le vieux pacte est rompu. 11 y a près de quatre siècles, que sur les champs d'Aljubarrota et en présence des escadrons français et castillans, Finvincible infanterie britannique jurait avec les cavaliers portugais que cette terre serait libre, et les uns et les autres tinrent héroïquement leur serment. . . »

On devine avec quel soin jaloux TAngleterre s'efforce de détendre son hégémonie au Portugal. Si elle n'a rien à redouter, pour le moment, de l'Espagne, et encore moins de la France, tout, au contraire, lui fait voir dans l'Allemagne l'adversaire éventuel, qui, là comme ailleurs, viendra menacer sa situation privilégiée et, jusque-là, indiscutée.

L'essor commercial, maritime et colonial du peuple allemand devait l'amener, naturellement, à multipher ses relations et ses points de contact avec l'Etat portugais. Trois ans avant le conflit qui aboutit à l'ultimatum britannique du Il janvier 1890, Berlin signait avec Lisbonne un traité délimitant les possessions respectives des deux nations au Mozambique.

Les commis-voyageurs d'Outre-Rhin visitaient, en même temps, le marché lusitanien, où ils profitaient de l'irritation contre les Anglais pour étendre leurs affaires, sans réussir, d'ailleurs, à provoquer les alarmes d'Albion.

C'est qu'à cette époque, les relations anglo-allemandes étaient loin d'être ce qu'elles sont devenues depuis. Londres

recherchait même l'alliance de Berlin, et M. Chamberlain, qui était l'âme de cette politique, n'avait rien trouvé de mieux, pour sceller cette entente — après une vaine tentative, paraît-il, auprès de la France — que de proposer à l'Allemagne un partage des colonies portugaises. Ce traité fut signé en 1898, mais resta naturellement secret. 11 fallut une indiscrétion du Lokalanzeiger de Berlin (28 décembre 1899), pour inquiéter Topinion européenne, et provoquer des démentis — assez vagues — de la presse officielle allemande et anglaise. De nouvelles informations vinrent bientôt préciser les termes du traité. L'Allemagne eût obtenu, paraît-il, les possessions portugaises d'Asie, la colonie de Mozambique jusqu'à Chiré et au Zambèze, et, sur la côte occidentale d'Afrique, les territoires de Mossamèdes, de la baie des Baleines et de la baie des Tigres. L'Angleterre eût annexé le reste des possessions portugaises d'Afrique, et notamment la baie de Delagoa avec Lourenço-Marques. Cette cession ne devait pas, d'ailleurs, avoir le caractère d'une vente. Le Portugal restait « officiellement », nominalement, — maître de ses colonies : « la Grande-Bretagne et l'Allemagne — déclarait un communiqué officieux anglais — assurent au Portugal que la base de l'accord conclu entre elles est la i-econnaissance de l'intégrité des domaines coloniaux portugais et la légitime souveraineté du Portugal sur ces mêmes domaines... »

11 est difficile de pousser plus loin l'hypocrisie... L'entrée en vigueur du traité dépendait, il est vrai, du consentement du Portugal, « au cas où — moyennant des « concessions à bail » accordées aux deux gouvernements dans ses colonies, sur le modèle de celles que les puissances européennes obtenaient, vers cette époque, de la Chine — il eût accepté leur concours pour réorganiser ses finances. » Or, bien qu'il eût, dit-on, adliéré en principe à cet arrangement, le gouverne-

LA nKiTHLiQur-: poinuGAisn et i.ks piissancrs ^9

ment de Lisbonne n'osa pas affronter la tempête qui déjà grondait dans son propre pays.

D'ailleurs, la bonne harmonie entre Londres et Berlin n'allait pas tarder à être compromise. La guerre du Transvaal, qui marque l'origine de ce changement dans les relations des deux cabinets, fut une occasion pour la monarchie lusitanienne de se rapprocher de l' Angleterre. Déçu dans l'affaire du chemin de fer de Lourenço Marques à Pretoria, et renonçant à mettre la main sur la baie de Delagoa, le cabinet britannique obtint, du moins, de son complaisant allié l'autorisation de débarquera Beïra une mission chargée de conduire dans la Rhodésia, à travers le territoire portugais, des approvisionnements et un corps de troupe. Sauf à Londres, on trouva en Europe qu'une telle complaisance dépassait les bornes de la neutralité... même la plus bienveillante. Les protestations furent particulièrement vives outre-Rhin.

Ce serait, au reste, mal connaître les Allemands que de supposer qu'ils aient, à tout jamais, renoncé à l'espoir de s'emparer d'une partie du domaine portugais. Dans une étude approfondie sur les richesses des colonies lusitaniennes, un économiste berlinois, M. Rudolf Wagner, concluait : « Quand l'heure de la liquidation aura sonné, il faut espérer que le traité secret anglo-allemand procurera à l'Empire quelques territoires utilisables... » \

Le même écrivain remarquait que les capitaux allemands sont déjà investis dans un grand nombre d'entreprises, tant à Angola qu'au Mozambique, et que, dans cette dernière colonie, le service de navigation sur la voie Chiré-Zanibèze est assuré par une Compagnie hambourgeoise.

Depuis, dans le sud de l'Angola, la Compagnie à charte de Mossamédès a dû accepter l'aide financière de banquiers ber-

1. Rudolf Wagner, !*«/• porluguesische Kolonialbesilz utid sein iiir/schaftlicher Wevl (dans la Deutsche Ejporf Revue. luiméros 13 ot 15, l'JOi).

60 LE PORTUGAL POLITKjUE. LA CHUTE DE LA MONARCHIE

linois. Les colonies portugaises de l'Est africain deviennent un marché presque exclusivement allemand. Les Anglais ne conservent leur prépondérance qu'au Sud du Zambèze, sur les côtes dont la Rhodesia et le Transvaal constituent l'hinterland K

Mais ce n'est pas seulement en Afrique et en Asie qu'apparaît le danger de l'invasion germanique.

Au Portugal même, les importations allemandes ont plus que doublé, ces dix dernières années, en passant de 15 à 35 millions de marks, c'est-à-dire qu'elles atteignent déjà la moitié des importations anglaises ^ En cinq ans, le tonnage allemand, dans le mouvement général de la navigation portugaise, a augmenté de près de 3 millions de tonnes, menaçant de dépasser celui de l'Angleterre, tandis que le tonnage français ne s'est accru, dans la même période, que de 150.000 tonnes ! \

C'est, comme on sait, une règle invariable de la diplomatie allemande de mettre la politique au service des affaires, dans ses relations avec l'étranger. Au Portugal, l'instiiiment de cette politique a été le baron de Tattenbach, qui fut aussi l'instigateur du voyage du Kaiser à Tanger et dont on se rappelle le rôle à la conférence d'Algésiras.

L'affaire « des sanatoriums » de Madère porta le comble

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