‹ Le Portugal et ses coloniesChapitre 24 sur 194 · Voir, infra, p · texte numérisé non relu

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2. Voici les chiffres se référant à l'inijiortation.en 1892 et en 1906 (conlos):

Anglc'tciTi; 12.020.000 19.86*. 800 (+ 7.8H.200)

Allomaguc 3.375.800 11.173.200 (+ 7.7'.t7.400)

France 3.G28.600 6.83G.400 (-|- 3.207.800)

Espagne 2.7.'(i.200 5.948.700 (-f 3.222.500)

Total des impoiUtioiis 42.37i.20O 77.287.800 {■\- 24.U13.60U)

.'*. Voir infva, p. 16.').

aux inquiétudes britanniques. Bien qu'elle ait déjà fait couler des flots d'encre dans la presse européenne, on nous permettra de la rappeler en quelques mots.

Le 30 mars 1903, le président Frédéric-Charles de Hohenlohe adressait au gouvernement portugais une requête au nom d'un certain capitaine von Blottnitz, de l'artillerie de la garde, résidant à Funchal (île de Madère), « dont le climat merveilleux — écrivait-il — avait rétabli sa santé, minée par la phtisie. » Cette requête visait à la formation — conformément aux lois portugaises — d'une Compagnie, se proposant d'établir dans l'île des « sanatoriums » et des hôtels de premier ordre pour malades riches, pourvus de tout le confort désirable « et de distractions licites ».

Le ministère, présidé par M. Hintze Ribeiro, accorda l'autorisation — sur l'intervention personnelle, paraît-il, de la reine Améhe, dont j'ai dit l'intérêt aux œuvres philanthropiques ; et la Compagnie procéda à ses premières installations.

Mais l'Angleterre ne voyait pas sans inquiétude les Allemands s'implanter à Madère. Les Anglais sont, depuis de longues années, les vrais maîtres de l'île, qu'ils ont occupée mihtairement, à deux reprises, en 1801 et en 1807. Le commerce des vins est, depuis les dernières années du xvii^ siècle, pour les trois quarts entre leurs mains. Les maisons de navigation et les banques sont, pour la plupart, anglaises, et la presque totalité des touristes qui viennent hiverner dans ce paradis insulaire proviennent des ports britanniques. Cependant, ici comme ailleurs, navires et pionniers d'outre-Rhin — toujours avec les allures les plus inoffensives — commencent à faire leur apparition. Et c'est ce qui légitimait, dans l'affaire des « sanatoriums », les soupçons et les alarmes d'Albion.

L'ambassadeur britannique à Lisbonne, sir Fairfax Cart-

wright, présenta une note énergique au nom de son gouvernement, déclarant qu'il ne permettrait pas que la Compagnie des sanatoriums acquît aucun privilège au détriment des sujets de Sa Gracieuse Majesté. Or, la concession accordait à la Compagnie deux sortes de privilèges : un droit de franchise sur les objets importés, pour lesquels les hôtes anglais étaient tenus de paver des droits considérables, et ime clause d'expropriation.Vers le milieu de Tannée 1903, les Allemands voulurent justement profiter de cette clause, pour exproprier un domaine, connu sous le nom de la Quinta do Pavo (la Ferme du Paon), qui appartenait à un Anglais. Celui-ci, soutenu par son gouvernement, s'y refusa obstinément, et il en résulta un grave incident diplomatique.

Menacé à la fois par Londres et par Berlin, le malheureux gouvernement portugais ne savait quelle conduite adopter. Devait-il soumettre le cas à l'arbitrage du Tribunal de La Haye ? Ou bien offrir à la Société des sanatoriums, en échange de la Quinta do Pavo, d'autres terrains susceptibles d'expropriation? Ou enfin résilier à l'amiable la concession, en indemnisant les concessionnaires?

C'est ce dernier parti qu'il se décida à prendre, sous la pression britannique. Mais de nouvelles difficultés ne tardèrent pas à s'élever, au sujet du rachat delà concession : la Société exigeait 1.500 contos de reis, et la presse portugaise était unanime à protester contre l'énormité de cette somme. En même temps, de nouveaux documenta, pubhés par les journaux, jetaient un jour singulier sur cette ténébreuse affaire. Sous le masque delà charité, il s'agissait, en réalité, d'établir à Madère un établissement de jeux, destiné à rivaliser avec Monte-Carlo.

D'autre part, la présence dans cette affaire d'un certain Hoffmann — le même personnage auquel le député allemand Erzbcrgcr a alti-ihué l'inlontion do solliciter do l'Espagne une

concession à Fernando-Po ' — donnait à penser qu'il pourrait bien s'agir d'une machination analogue, d'un prétexte pour le gouvernement berlinois d'intervenir à Madère — comme il comptait le faire à Fernando-Po — à la faveur d'un incident diplomatique. La presse anglaise s'empressa naturellement d'admettre cette hypothèse, elle dénonça le péril de l'invasion germanique à Madère, comme aux Canaries 2,

Le Morning Post, notamment, montra l'intérêt que présentait pour l'Allemagne la situation stratégique de Madère, à quelques heures seulement par vapeur de Gibraltar. « A ce (f point de vue — déclarait l'organe londonien — la politique allemande est invariable [unalterable) . Nous savons l'histoire des méthodes allemandes à Samoa, au Venezuela, en Chine, en Turquie et au Maroc. C'est d'abord l'acquisition de petites concessions en apparence, puis c'est la terreur exercée sur un faible gouvernement, enfin la prétention de droits, entraînant, si possible, l'occupation. Les Allemands à Madère ne dissimulent pas leur intention d'expulser de l'île les commerçants anglais, par le moyen des concessions obtenues. S'ils y arrivent, il n'est pas besoin d'être prophète pour prévoir le moment où les Portugais prendront le même chemin que les Anglais... »

L'affaire n'est pas encore terminée. Sans doute, le gouvernement a dû payer à l'ancienne Société l'énorme indemnité qu'elle réclamait, mais on ne sait encore s'il cédera aux désirs d'une nouvelle compagnie concessionnaire — presque entièrement anglaise, celle-là — , qui demande à son tour d'affermer les jeux à Madère. Ainsi serait confirmé l'échec de

1. Voir notre article sur les tentatives germaniques à Fernando-Po et dans le territoire de Rio-Muni, dans l'Energie française du 2 mars 1907.

2. Voir notre étude sur l'Archipel des Canaries dans les Questions Diplomatiques et Coloniales du !•' août 1907.

l'Allemagne, dans une affaire, où elle avait eu le tort de trop clairement montrer ses ambitieuses visées.

Le baron de Tattenbach n'allait pas tarder à prendre une revanche éclatante sur le terrain économique.

Dans les premiers jours de décembre 1908, alors que le ministre allemand faisait ses préparatifs de départ pour Madrid , où il allait remplir le poste d'ambassadeur, la nouvelle éclata, comme un coup de foudre, qu'un traité de commerce venait d'être conclu entre Berlin et Lisbonne... La chose paraissait d'autant plus surprenante, que les deux cabinets avaient rompu, diverses fois, les pourparlers engagés dans ce but. L'étonnement fut à son comble, quand on apprit que l'Allemagne faisait tous les frais de l'accord. Tandis, en effet, que le Portugal se contentait d'appliquer aux produits allemands, comme par le passé, les droits déjà élevés du tarif de J 892, l'Allemagne accordait aux vins portugais les mêmes avantages qu'aux vins italiens : elle assimilait même les Portos et les Madères aux vins ordinaires, tout en s'engageant à réprimer sévèrement, sur son territoire, la fraude qui se fait sur ces vins, particulièrement dans le port franc de Hambourg.

En Espagne, on s'émut, et ceci explique l'accueil un peu froid que l'on fit au baron de Tatlenbach, à son arrivée à Madrid ' : n'était-ce pas un coup porté à l'exportation des vins de Tarragone et d'ailleurs? Mais nulle part l'alarme ne fut plus vive que sur les bords de la Tamise. La presse londonienne se mit en frais d'imagination pour expliquer l'importance des avantages consentis par Berlin, en regard des

I. Lo baron <\v T;illtMibach nionrut. pou de mois après son arrivée à .Mnririd.

LA RKPUBMQUK PORTUGAISR ET LES PUISSANCES 65

concessions — si maigres, en apparence — faites par Lisbonne... Elle prétendit savoir que des pourparlers avaient été engagés par l'Allemagne avec un certain Monteiro, en vue de la vente des petites îles de Berlanga, situées près du cap Carvoeiro, ou nord de Lisbonne, pour y établir une station navale et un dépôt de charbon ; elle parla aussi de faveurs particulières qui auraient été accordées aux intérêts allemands à Lourenço Marquez. Elle fit, enfin, allusion au mariage décidé, selon elle, du jeune roi Manuel avec la princesse Yictoria-Luisa, fille de Guillaume II...

Est-il besoin d'ajouter qu'aucun de ces bruits ne reposait sur un fondement sérieux.' S'il convient de les rapporter, c'est parce qu'ils montrent bien les inquiétudes britanniques. Mais, en réalité, l'importance — toujours croissante — des envois allemands au Portugal suffit à expliquer l'esprit conciliant des négociateurs d'outre-Rhin. La crainte de tomber sous la « loi de surtaxe », votée par les Certes le 2o septembre 1908 et principalement dirigée contre l'Allemagne, contribua aussi, sans aucun doute, à hâter la conclusion de cet accord ^

Au Portugal, la joie causée par la nouvelle du traité avec Berlin — particulièrement dans le monde des viticulteurs — ne tenait pas seulement aux avantages directs qu'on espérait en tirer, mais plus encore à la conviction que cet accord préparerait les voies à un arrangement, autrement important, avec la Grande-Bretagne. Cette puissance demeure, en effet, surtout pour les Portos et les Madères, un client incomparable.

Dans les circonstances présentes, Albion n'a donc pas à redouter de se voir supplanter sur les bords du Tage. Le dan-

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