Voir infra, p
MAKVAtfi. — Portugal. 5
ger peut exister : il est encore éloigné. Si le peuple lusitanien n'aime guère les Anglais, on peut être assuré, cependant, — en dépit de tous les troubles et de tous les changements de régime — que son gouvernement restera fidèle à l'amitié bri^ tannique : c est que tous les partis au Portugal y voient la condition essentielle de l'existence nationale, la sauvegarde de Tindépendance continentale et coloniale, contre l'Espagne et contre l'Allemagne.
Il n'y a pas de peuple plus redouté au Portugal que l'Elspagne, et, pour l'expliquer, — sans parler de différences de caractère, plus ou moins profondes, entre les deux pays voisins — il suffit d'ouvrir l'histoire. Le Portugal a gardé le plus détestable souvenir de la domination de Leurs Majestés Catholiques, de Phihppe 11 à Philippe IV. Les cabinets de Madrid et de Lisbonne ont beau entretenir les plus courtoises relations, un demi-siècle n'a pas suffi à dissiper la méfiance à l'égard de l'Espagne, créée dans le petit royaume lusitanien par l'expédition du général Concha en 1847. La presse lusitanienne se fait; de temps en temps encore, le porte-parole de ces appréhensions : un journal de Lisbonne déclarait, il y a quelque temps, que la tendance de l'Espagne, après la perte de ses dernières colonies, à l'unité péninsulaire, par un mouvement naturel, politique, économique et social, constituait un grand danger pour la nationalité portugaise. Et, eji parlant des derniers accords conclus par Madrid avec Londres, 0 Seculo se demandait gravement si l'Angleterre, alliée de l'Espagne et pouvant avoir besoin, quelque jour, de sa coopération dans une guerre européenne, ne serait pas amenée à lui sacrifier le Portugal !
Les rêves d'Union Ibérique, caressés autrefois en Espagne parPrim, Zorrilla et Olozaga, n'ont jamais eu de grands partisans dans le pays voisin : à peine hantent-ils encore l'esprit de quelques idéologues, comme l'ancien président du gouver-
LA RÉPUBfJOiUiE PORTUGAISE EJ ^ES PUISSANCES &7
neraent provisoire, le philosophe et historien Thophile Braga, partisan d'une confédération latine occidentale, groupant ensemble la France, l'Italie, TEspagne et le Portugal. Les républicains portugais eux-mêmes ne prennent point ces rêves au sérieux.
Ce qui avait pu faire émettre des doutes à ce sujet, et donner un semblant de consistance aux bruits que nous avons mentionnés, c'était la tentative de solidarité, esquissée vers la fin de 1907, entre les républicains portugais et les républicains espagnols. Elle ne dura qu'un instant : certaines paroles imprudentes du député républicain Lerroux à la Chambre de Madrid, exprimant sa sympathie pour ses coreligionnaires expulsés des Gortès de Lisbonne et souhaitant la formation d'une République ibérique, furent vertement relevées par Costa et Braga eux-mêmes : « leur patriotisme leur interdisait de s'associer à ce vœu, contraire à l'intégrité nationale ».
On peut redouter que les événements du Portugal n'aient, tôt ou tard, leur répercussion en Espagne. Pourtant, le péril est moindre qu'on pourrait se l'imaginer; en tout cas, il ne semble pas immédiat : c'est d'abord, que les relations entre les deux nations sœurs sont beaucoup moins fréquentes et intimes qu'on se figure, d'ordinaire, à l'étranger ; c'est à peine même si elles se connaissent et je n'oserais affirmer qu'elles éprouvent l'une pour l'autre un très grand engoùment. De plus, les répubficains espagnols sont loin d'offrir la même cohésion dans l'organisation et la môme énergie dans l'action que leurs coreligionnaires portugais. Enfin, il faut bien dire que la situation politique est très différente h Madrid de ce qu'elle était à Lisbonne sous le règne de Dom Manoel. 11 n'est pas besoin d'insister sur tous ces points.
Si, cette fois encore, des bruits d'intervention coururent dans la presse espagnole, le gouvernement s'empressa de les
démentir. M. Canalejas déclara même à la Chambre de Madrid qu'il entendait maintenir de bonnes relations avec le Portugal, tandis qu'à Lisbonne le ministre des Affaires étrangères du gouvernement provisoire, M. Bernardino Machado, assurait que le nouv-eau régime ne favoriserait aucun mouvement anti-monarchique de l'autre côté de la frontière : « Nous avons fondé, a-t-il dit, la République en dehors des « Espagnols et nous nous garderons de faire aucun tort à « nos coreligionnaires politiques d'Espagne en confondant « notre cause avec la leur. » ^
L'attitude du gouvernement de Madrid à l'égard des réfugiés portugais a fait, cependant, à diverses reprises, cette année, l'objet de réclamations parfois très vives de la part du cabinet de Lisbonne et a contribué à altérer les bonnes relations des deux Etats. Il est évident, en effet, que la monarchie espagnole ne saurait supporter qu'avec peine le voisinage de la République lusitanienne.
Mais la méfiance du Portugal à l'égard de l'Allemagne n'est pas moins grande que vis-à-vis des Esj)agnols. C'est qu'il a appris à connaître le danger de son voisinage en Afrique, et l'incident de Madère n'est guère fait — on en conviendra — pour diminuer les inquiétudes qu'elle lui inspire. « Les colonies portugaises, écrit un républicain, M. Trindade Coelho, sont aujourd'hui une espèce d'Etattainpon entre les impatiences de conquête germanique et les craintes de l'impérialisme britannique, qui voit dans l'Allemagne l'ennemi formidable de sa situation dans le monde.
■1. Journal des Débats du Iti octoljte 191U.
Ainsi, tant sur le continent que dans les colonies, TAngieterre est intéressée à notre existence et notre disparition lui serait préjudiciable... Ajoutez que nous lui offrons, dans l'Atlantique, des points d'appui d'une valeur incomparable pour ses escadres au cas d'une guerre navale. 11 suffit de citer le port de Lisbonne, la baie de Lagos, les îles des Açores, de Madère et du Cap- Vert. Voilà pourquoi l'Angleterre n'hésita pas à confirmer, il y a peu d'années, les traités d'alliance qui, depuis des siècles, nous lient à elle. A l'ombre de cette alliance, nous pouvons travailler pacifiquement dans la voie du progrès et acquérir chaque jour plus de droit au nom de peuple civilisé... » ^
Ainsi, le Portugal — tout en affirmant, spécialement au regard de l'Espagson son indépendance et en se montrant jaloux de sa nationalité — n'a point cessé, comme autrefois la Hollande, d'être, si l'on veut, la chaloupe dans le sillon du navire britannique.
D'autre part, la rivalité anglo-allemande constitue la meilleure sauvegarde du domaine colonial lusitanien ; car il est peu probable que l'on vienne à reparler, dans les circonstances actuelles, du fameux traité secret de partage — réprouvé, dès 1899, par Salisbury, qui en laissait la responsabihté à Chamberlain.
Le bruit courait, il y a deux ans, qu'à la suite d'un arrangement signé à Johannesburg, le Portugal allait faire l'abandon de Delagoa-Ba}' à l'Angleterre. Le nouveau traité signé le 1" avril 1909 entre le Transvaal et le Mozambique, s'il accorde aux autorités du pays voisin, un certain droit d'intervention dans l'administration du chemin de fer et du port de Lourenço, n'enlève au Portugal, — selon le mot du ministre de la Marine aux Cortès — « ni un pouce de son terri-