‹ Le Portugal et ses coloniesChapitre 4 sur 194 · Poinsard, loc. cit., p. 37 et siiiv · texte numérisé non relu

Poinsard, loc. cit., p. 37 et siiiv

Les attributions du monarque étaient d'ailleurs limitées de telle sorte par la Constitution qu'il lui était, pour ainsi dire, impossible d'exercer un rôle effectif. Sans doute, il avait le droit de veto et, en cas de conflit avec la Chambre des députés, il pouvait la dissoudre, mais sous certaines conditions qui rendaient cette attribution impraticable. L'organisation des « clans » était si forte, du reste, qu'en exerçant son droit, le roi risquait de soulever — l'exemple de ces dernières années l'a bien montré — des conflits dangereux pour sa couronne et même pour sa vie.

Le Concelho cCEstado — qui était bien plutôt le Conseil du Roi — eût pu jouer, sans doute, un rôle correctif des plus utiles, mais les douze personnalités qui le composaient ne parurent jamais le comprendre.

Le malheur, enfin, fut que la monarchie — particuUèrement ces vingt dernières années — n'ait point trouvé de ministres capables de s'affranchir de l'esprit de parti, un groupe d'hommes d'Etat rompus aux affaires et disposés à « régénérer » véritablement leur pays.

Il serait sans doute injuste de ne pas mentionner les tentatives faites, à certaines époques, par quelques cabinets, en vue de développer les ressources nationales et l'instruction du peuple. Mais leurs efforts mal secondés ne parvinrent pas à mettre un terme aux abus scandaleux de l'administration ni à remédier au pitoyable état des finances, devenu proverbial.

Cette situation financière peut, en partie, être imputée aux guerres contre l'invasion et aux luttes civiles ; elle est, en partie aussi, la suite de la prodigalité excessive avec laquelle on a dépensé sans compter, à une certaine époque, dans la construction des routes, dos voies ferrées, des lignes télégraphiques, etc., mais clic est duc surtout — il faut bien dire — h la manipulation peu scrupuleuse des deniers publics par les

politiciens, qui se sont succédé au pouvoir, en Tabsence de tout contrôle parlementaire effectif.

La chronique a été plus d'une fois défrayée par l'histoire, à la fois comique et attristante, de sinécures instituées par certains gouvernements, uniquement dans le but de satisfaire les appétits de leurs créatures'. Malheureusement, la famille royale elle-même donna trop souvent le mauvais exemple par ses prodigalités : comme le remarque très justement M. L. Poinsard, s'il était bien difficile au souverain de mettre son intelligence et son activité au service des intérêts nationaux, il pouvait aisément, au contraire, faire beaucoup de mal, « en profitant des intrigues politiques pour servir ses passions ou ses intérêts personnels^ ».

L'argent disparaissait ainsi des caisses publiques « par mille fissures secrètes ». Ceci explique les déficits à peu près constants des budgets : nous aurons l'occasion d'en parler plus longuement dans un autre chapitre. Ces insuffisances en quarante-cinq ans, de 1851 à 1896, n'ont pas été inférieures à 280 millions de milreis ^, soit environ 1 .362 millions de francs. En 1892, la situation fut si désespérée que l'État se trouva acculé à une véritable banqueroute des deux tiers de la dette extérieure.

Depuis cette crise, le gouvernement de Lisbonne, à cause des difficultés intérieures, n'a plus réussi à contracter d'emprunt à l'étranger. Il en a été réduit à des opérations de trésorerie, qui sont, à vrai dire, un emprunt déguisé. De 1897 à 1909, la dette fiottante a ainsi passé de 36.000 contos à près de 80,000, soit une augmentation de 245 millions de

1. Voir notamment l'histoire des « chats de l'Etat », des o fouilleurs à la douane «sous la plume de M. J. Galtier dansle Temps (26 novembre 1907). J'ai entendu moi-même racontera Lisbonne bien des exemples non moins curieux : mon respect pour le régime déchu m'incite à ne pas les reproduire.

Page 1