L INDUSTRIE
première à exploiter et à faire connaître dans le sud de l'Europe, la nation paie aujourd'hui à l'étranger — principalement à la Grande-Bretagne — une somme de 3.636 contos (chiffre de 1907) * représentant l'importation de la morue (27.000 tonnes).
Pourtant, la pêche est libre sur le banc de Terre-Neuve. Rien ne s'oppose donc à ce que les pêcheurs portugais, continuant leur antique négoce, aillent s'y approvisionner de ce poisson, si apprécié sur le marché national. Et pourtant, en 1906, il n'y avait pas à Terre-Neuve plus de dix-huit navires lusitaniens !
La faute en est uniquement au fisc portugais, qui mit un entêtement tenace à contrecarrer le développement de cette industrie. En 1885, la morue importée au Portugal sur navires portugais était considérée comme marchandise étrangère et astreinte à un droit de 33 1/2 reis par kilos ! Postérieurement, ce droit fut même élevé à 39 reis : alors qu'en vertu des traités de commerce avec la Russie et la Norvège, qui entrèrent en vigueur en 1896, la morue importée par ces deux pays payait seulement un droit de 34 reis par kilo ! Cette situation était vraiment anormale : ce n'est cependant qu'en 1901 que le droit sur la morue importée par navires portugais fut abaissé au droit encore excessif de 12 reis.
L'Etat portugais aurait évidemment le plus grand intérêt à suivre l'exemple de nations plus riches et plus puissantes et protéger son industrie de la pêche à la morue. Ce serait
1. La quantité totale de poissons importé a été de 4.693 contos en 1906 : chiffre de 2.12'J contos supérieur à celui des exportations de poissons (2.566 contos en 1906).
En 1907, l'importation de morue a atteint 3.750 contos (28.000 tonnes). L'Angleterre arrive en tète avec 2.405 contos (16.016 tonnes) ; puis viennent ensuite la Suède et Norvège avec \Mi contos (8.865 tonnes), le Danemark (61 contos), les Etats-Unis (S contos), la France avec 26.006 kilos (4 contos).
La pèche nationale avait été, cette même année, de 2.393.43» kilos, correspondant à 180.656.000 reis.
pour lui un moyen d'éviter le drainage des 3.600 contos annuels qu'il paie à l'étranger, comme nous l'avons vu, pour la consommation de cet article.
Il ne devrait pas oublier non plus que cette pêche constitue une des meilleures écoles de navigation. C'est dans les pêcheries de Lagos que Tinfant D. Henrique trouva les premiers équipages pour ses fameuses caravelles ; ce furent aussi les populations de pêcheurs de l'Algarve, de Vianna do Castello et de Aveiro, qui fournirent leurs meilleurs marins aux grandes escadres des xv® et wf siècles. Qui sait si le Portugal ne devrait pas aujourd'hui mettre son salut dans les descendants de ces hardis explorateurs, de ces vaillants gens de mer, qui lui offriraient les éléments d'une importante marine marchande et d'une marine de guerre redoutable?
Quant à la pêche côtière, elle représentait, d'après les sta-. tistiques étabhes en 1900, un capital de 2.322 contos, un personnel de 39.463 individus et un rendement de 3.824 contos. En fixant le salaire moyen de chaque employé à 500reis par jour — ce qui est exagéré — et en défalquant de ce dernier chiffre la somme de 19.731.300 reis, représentant la rémunération de ce personnel, il resterait 3.804.319.295 reis : ce qui représenterait encore un bénéfice de près de 164 p. 100 du capital employé '. C'est donc une industrie des plus lucratives ^ Malheureusement, les entreprises de pêche ne comprennent pas toujours leur intérêt, qui serait d'éviter le dépeuplement des mers et de pourvoir même à leur repeuplement ; les règlements de pêche sont abusifs et rendent difficile
\. C. Roque da Costa, op. cit.. p. 292. i. R. da Costa, op. cit., p. 296.
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l'exercice de cette industrie ; pour cette raison aussi, les contestations sont fréquentes entre marins portugais ou entre marins portugais et marins étrangers, surtout espagnols.
Il serait à désirer, d'autre part, que l'État facilitât, par des ententes avec les compagnies de chemins de fer et l'organisation de services spéciaux (chambres frigorifiques, wagons appropriés), la consommation du poisson par les populations de l'intérieur. Ce serait un moyen d'améliorer les conditions, si défectueuses aujourd'hui, de l'alimentation du peuple : et c'est là un grave problème, d'oîi dépend en partie l'avenir même delà nationalité portugaise'.
La pêche fluviale — pour laquelle il n'existe point, d'ailleurs, de statistiques — a perdu beaucoup de son importance, par suite du dépeuplement des rivières ; car ici, le manque de surveillance a eu des effets plus désastreux encore que pour la pêche côtière.
En résumé, les principaux produits de Texportatation portugaise sont, par rang d'importance (chiffres de 1909) :
1. En 1905, voici, sur la valeur indiquée de 5.408 contos, ce qui revenait à chaque port: Setubal, 750 contos; Aveiro, 530; Villa Real de Santo Antonio, 636; Lisbonne, 452: Cezimbra, 381 : ^'azarelh. .53 ; Lagos, 152* Olhào, 142 ; Leixôes, 216 ; Villa Nova de Portimào, 163 ; Faro, 53: Povoa de Varzim, 151 ; Figueira e Buarcos, 176 ; Porto, 148 : Péniche, 159 ; Funchal, 107; Cascaes, 86; Tavira, 33 ; Ponta Delgada, 99 contos.
2. L'extraction du sel marin constitue aussi une branche assez active de l'industrie portugaise. La saline la plus importante est celle de Setubal. La production totale de sel est d'environ 300.000 tonnes métriques par an. Il a été exporté, en 1905, 81.866 tonnes de sel, pour une valeur de 87 contos, principalement en Hollande (27.000 tonnes), France (13.500). Suéde (12.000), Espagne (8.000). Angleterre (7.500), Allemagne (7.000), Norvège (4.500).
i34 LE PORTUGAL ÉCONOMIQUE
PRODUITS G0>'TQ3 DÇ H^IS
Vins 9.366
Animaux vivants 4.142
Liège et bouchons. 4.132
Pêcheries 2.406
Fruits du midi 1.553
Bois 970
Minerais de. cuivre 905
Huiles d'olive 694
Il résulte de la lecture de ce tableau que, en dehors des produits de la pêche maritime, et pour une part moindre, des minerais, les produits de l'agriculture constituent la monnaie d'échange la plus importante dont dispose le Portugal dans ses relations avec Fétranger. L'agriculture emploie, à elle seule, 1.406.054 travailleurs des deux sexes et de toutes catégories : soit 61,47 p. 100 de toute la population active. Il semblerait donc découler du simple bon sens et de l'intérêt national sainement entendu que l'effort des pouvoirs publics dût s'attacher surtout à développer cetle production agricole et à faciliter ses débouchés au dehors. On ne Ta guère compris, et nous avions déjà remarqué que les tarifs de douanes de 1892 — édictés, d'ailleurs, pour une bonne part, dans un but fiscal* — ont eu les plus fâcheux effets sur l'économie générale du pays, qu'ils ont exposée à de dures représailles de la part de l'étranger. L'industrie elle-même, dont la protection ne constituait qu'un prétexte, a plutôt souffert, dans son ensemble, de ce régime prohibitif, ainsi que nous l'avons montré. Les chiffres (juc l'on invoque pour attester les progrès réalisés par l'industrie portugaise ne doivent pas nous faire illusion. Il peut être exact que l'importation des matières premières nécessitées par cette industrie ait triplé de valeur depuis 1880, que la contribution industrielle soit passée de 842 contos de reis en 1877-1878 à 1.097 en 1880-1881, et