Happort de M. A. Teixeira de Sousa, p
.3. Rapport de M. Mon-ira Junior, p. 167.
cations dans ce pays, et aussi d'une exploitation mieux dirigée et plus régulière.
En dehors du caoutchouc, la plupart des autres produits d'Angola — le café^ \ alcool, le coton — ont souffert ou souffrent encore d'une crise très grave. La diminution du cours du café n'est pas particulière à cette colonie : elle résulte de ce que sur le marché mondial la production dépasse les besoins de la consommation, bien que la crise commerciale à Angola eût été sans doute atténuée, si les procédés de culture étaient moins rudimentaires et les tarifs des chemins de fer jusqu'à la côte moins élevés.
La culture de la canne à sucre, destinée à la fad^rication de leau-de-vie, avait pris dans la colonie un certain développement, à la suite des droits quasi-prohibitifs édictés en 1892 par le gouvernement portugais contre les alcools étrangers. L'eau-de-vie était jugée indispensable dans les échanges avec les indigènes. Mais l'acte de Bruxelles, du 8 juin 1899, vint porter un coup terrible à cette industrie, en arrêtant, pour des raisons d'humanité et de civiUsation, la consommation de lalcool chez les indigènes. A la suite des engagements pris à Bruxelles, le gouvernement de Lisbonne, par un décret du 7 juillet 1900, assujettit l'alcool produit dans les districts du Congo, de Loanda, comprenant Ambriz, Benguella, Mossamédès et Lunda, à un impôt de 126 reis par litre jusqu'à 50°, avec une augmementation de2,o2 reis par litre entre 50° et 70° et de 5 reis au delà de 70°. Il est vrai que pour protéger l'industrie locale, si gravement atteinte par cet impôt ' le même décret frappait d'un droit prohibitif d'importation l'alcool étranger.
En même temps, on cherchait à remplacer l'industrie de
1. L'exportation d'alcool, à partir de 1899, a été la suivante, d'après les statistiques officielles : 18'J'J. 3l,i conlos: 1900, 22.3; 190l, 26.3; 1902, 5.8. En 1903, enfin, elle a été à peu près nulle.
l'alcool par celle du sucre. Dans ce but, M. Eduardo Villa(,^a promulgua un décret du 2 septembre 1901, concédant des avantages importants à la production du sucre colonial et à son importation dans la métropole, où il était destiné à remplacer le sucre étranger. Étant donné que cette transformation doit être nécessairement lente et qu'elle exige d'importants déboursés, on garantissait à ces mesures de protection un délai de quinze années. 11 est vrai qu'en revanche, on limitait les bénéfices de l'importation au Portugal à 6 millions de kilogrammes pour le sucre provenant d'Angola et à la même quantité pour celui de Mozambique.
L'acte de Bruxelles avait été conclu pour six ans. En 1906, une nouvelle conférence se tint dans la capitale belge. On 3^ décida de porter le droit sur l'alcool de 70 à 100 francs par hectolitre. Mais on fit exception pour Angola, où le. statu quo fut maintenu, c'est-à-dire qu'on déduisit de la taxe de 100 francs une somme de 30 francs, destinée à venir en aide à la culture de la canne à sucre et à sa transfoi'mation en sucre au lieu de sa distillation en alcool. La nouvelle convention a été signée pour dix ans. En vue de mettre en vigueur les dispositions de la Conférence, un décret du 28 novembre 1907 créa le régime du consortium [gremio] des fabricants qui s'engageaient au paiement d'une annuité déterminée, en représentation de l'impôt, et préparaient les moyens d'effectuer la transformat ion de l'industrie condamnée. Mais ce régime ne donna aucun résultat'.
1. La question de l'alcool, qui a donné lieu à différentes autres mesures, en 1901) notammment, (Voir la lutte contre l'alcool dans les colonies pot'titffuises par le comte de Penha Garcia, Genève lOH) vient de faire l'objet d'un décret du gouvernement provisoire de la République, en date du 28 mai 1911.
L'Etat, qui avait perçu en l'JOl environ 223 contos de droits sur l'alcool .'i Angola, était arrivé à en percevoir en 1909-1010 à peine 4 contos. Le nouveau décret, qui réglemente très sévèrement la culture de canne à sucre destinée à la fabricatinn de l'alcool et qui ordonne la fermeture, moyennant indemnité, de nombreuses distilleries, apportera une profonde modifi-
Le cotonnier existe dans la province d'Angola, de môme qu'en Gainée et on Mozambique. Le coton cultivé d'Angola rivalise avec les meilleures espèces de cotons d'autres provenances. Il pourrait être une source de richesse pour cette colonie. Mais la production du coton a bien diminué, si on la compare à ce qu'elle était avant 1872. L'accroissement donné, à cette époque, à l'exportation du caoutchouc lui a fait du tort. L'exportation du coton était arrivée à 837.331 kilogrammes en 1872, mais elle tomba progressivement à 33.400 en 1899, pour une valeur de 9 contos de reis. Elle se maintint à ce chiffre les années suivantes, pour baisser brusquement à 3,5 contos en 1903.
La hausse survenue sur cet article, ces dernières années, à la suite des manœuvres des trusts nord-américains, a appelé l'attention du gouvernement portugais sur l'utilité qu'il y aurait à développer la culture du coton dans ses colonies africaines, et particulièrement à Angola. Les tissus de coton forment, comme nous l'avons vu, le principal article d'importation de la métropole dans cette colonie, où ils ont, cependant, de la peine — en dépit de la protection douanière — à se défendre contre la concurrence étrangère. D'autre part, le Portugal importe, annuellement, pour les besoins de son industrie, de 180 à 200 millions de kilogrammes de coton, presque entièrement de provenance américaine. En développant dans ses domaines d'outre-mer la culture du coton, il lui serait ainsi possible d'économiser celte dépense, qui représente de 43.000 à 30.000 contos de reis.
Divers efforts intéressants en ce sens ont déjà été faits par le gouvernement portugais. C'est ainsi qu'un décret du 2 septembre 1901 a exempté pendant quinze ans des droits d e.\-
oalion dans l'exploitation agricole et industrielle de la province. Il établit aussi des droits dimportalion élevés sur les vins de la métropole et des droits presque prohibitifs sur les vins de provenance étrangère.
portation, dans la colonie, et des droits d'importation, à son entrée dans la métropole, le coton en rame produit à Angola ; le même décret a concédé des primes aux agriculteurs exportant plus de 5.000 kilogrammes et exempté du droit les macliines, ustensiles et les semences importées de l'étranger par les agriculteurs.
Un autre décret du 20 mars 1906, qui a étendu ces avantages aux autres colonies, traite différents autres points, tels que les transactions sur le coton colonial dans les Bourses de Lisbonne et de Porto, l'organisation de commissions régionales destinées à la propagande cotonnière, les concessions spéciales à accorder aux centres constitués dans le même but, le régime de concessions pour la culture du coton, etc. A la suite de ce décret, et à l'imitation des sociétés analogues qui se sont constituées en Angleterre, en Allemagne, en France et en Italie, a été créée à Lisbonne une Association cotonnière coloniale, sous les auspices de la Société de Géographie et de l'Association industrielle de cette ville.
Ces diverses mesures ont déjà donné un commencement de résultat, et il semble que l'on assiste, depuis quelques années, à une reprise des exportations de coton à Angola. De l'aveu des rapports officiels, ces mesures devraient cependant être complétées par différentes autres. En dépit, en effet, de l'excellence des terrains — principalement dans le district de Mos-samédès — le développement de la culture cotonnière souffre du manque de bras et de capitaux et de l'insuffisance des moyens de transport, sans parler des méthodes de culture et de récolte encore très imparfaites.
Ce ne sont pas là, d'ailleurs, des maux particuliers à la province d'Angola. On les retrouve plus ou moins dans toutes les colonies portugaises. La question de la main-d'œuvre s'est
même posée avec moins d'acuité qu'ailleurs à Angola, puisqu'elle a |)u fournir à d'autres — par exemple à Saô Thomé — ainsi que nous l'avons dit, les bras qui manquaient à ces colonies. Mais il y a dans ce fait un danger même pour l'avenir d'Angola, qui a motivé à lui seul, en dehors de considérations humanitaires, des mesures de précaution assez rigoureuses. Ce qui caractérise, d'ailleurs, le problème dont nous nous occupons à Angola, c'est moins la cherté de la main-d'œuvre que la difficulté d'assurer la subsistance des travailleurs, que le cours élevé des céréales, dû au manque de pluies. Il conviendrait aussi, sans doute, de diriger vers cette colonie l'émigration portugaise. Pour une population générale évaluée à 4 miUions d'habitants, Angola ne compte guère plus, en effet, de 9.000 Européens !
La question du manque de capitaux est plus pressante et | --^ des plus difficiles à résoudre. Gomment le Portugal pourrait- j . il trouver chez lui, dans l'état actuel de ses finances, l'argent r si nécessaire au développement de ses colonies ? Il est donc de toute nécessité qu'il fasse appel à l'étranger, et à cet égard, il serait à souhaiter qu'il mît un frein à ses tendances protectionnistes exagérées et en même temps qu'il concédât à ses colonies — particulièrement à Angola — une plus grande autonomie administrative.
Dans une conférence à la Société de Géographie Commerciale de Paris, en décembre 1905, M. Henri (juilmin — qui a administré pendant dix ans la Compagnie de Mossamédès ' —
1. La Companliia de Mossamedes est une puissante compagnie privilégiée, créée en 1894, au capital de 2 250.000 contos (13.7o0.000 francs) en grande partie français, qui a été augmenté encore en 1901. Elle est administrée par un conseil d'administration résidant à Lisbonne et un comité siégeant à Paris. En dépit de l'activité de ses directeurs, elle n'a pas obtenu jusqu'ici de grands résultats, et il en sera ainsi, tant que ne sera pas achevé le chemin de fer de pénétration à l'intérieur, dont nous parlons plus loin.
Son déficit annuel, considérable pendant les premières années, ses( cependant réduit à moins de 3.000 francs en 1897.
Marvaid. — Portugal. 45
a très bien exposé cette situation : « Les produits extrèmenieiit variés et les richesses minérales que le sol de l'Angola renferme, a déclaré M. Guilmin, sont pour la métropole un gage assuré de fortune et de prospérité, dans un avenir qui pourrait être très prochain, si le gouvernement central, par des tarifs douaniers d'un patriotisme exagéré, n'interdisait Tentrée aux marchandises de provenance étrangère. Quand on peut se suffire à soi-même, le protectionnisme peut avoir de bons résultats. Mais ce n'est pas le cas ici, et l'on devrait, au contraire, ouvrir les portes toutes grandes, car les capitaux étrangers ne viennent pas seulement sous la forme de marchandises, et ce sont les capitaux qui font justement le plus défaut à Angola. En effet, si on excepte quelques maisons de commerce de Loanda et de Benguella, les colons portugais ne sont pas riches et ne pourront pas le devenir tant qu'ils seront sous la tutelle de la métropole, tutelle qui ne profite qu'à une douzaine de fabriques ou de maisons d'importation de Lisbonne ou de Porto. Vous ne verrez, du reste, dans l'Angola, qu'une seule banque — privilégiée naturellement^ — et qu'une seule compagnie de navigation^. Il va sans dire que cette navigation est également privilégiée et qu'elle est défendue contre toute concurrence par des surtaxes de pavillon et des droits de tonnage qui s'appliquent aux navires étrangers et qui viennent s'ajouter aux droits surélevés dont sont frappées les marchandises de provenance étrangère. » Ce sont les mêmes idées que l'on retrouve exposées dans une conférence faite, il y a peu de temps, h VAssociaran comynercial de Lojistas, à Lisbonne, par M. Pereira Balalha, et aussi dans les rapports officiels, notamment celui de M. Moreira Junior, ancien ministre des Colonies, en 190."*). M. Poreiia