‹ Le Portugal il y a cent ans; souvenirs d'une ambassadrice. Annotés d'apres les documents d'archives et les mémoiresChapitre 3 sur 7 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

NE dépêche inédite de Junot à l'Einpereur{ i ) délimite nettement la mission qu'il accomplissait à Madrid et à Lisbonne et est la nécessaire ouverture des souvenirs de l'ambassadrice.

Madrid, le 12 germinal an XIIJ.

Sire,

Pressé par le désir de remplir promptement la mission dont Votre Majesté m'avait chargé, et mon voyage en France ayant été extrêmement long par les accidents que j'ai éprouvés et l'horrible état des chemins, je suis parti de Bayonne à franc étrier et je suis arrivé à Madrid lundi 28 ventôse. -^

Mardi matin, j'ai été présenté au Prince de la Paix par le général Beumonville (2). Je vais rendre compte à Votre Majesté de nos conférences jour par jour.

Mercredi, j'ai remis au Prince de la Paix la lettre dont j'étais chargé de la part de Votre Majesté, et je lui ai parlé de ses escadres. Il m'a assuré que tout serait prêt aux termes de la convention. Beurnonville m'avait déjà dit la même chose (sans que je le lui eus demandé), mais cependant je sais déjà d'une voie sûre que cela n'est pas possible parce qu'on manque de matelots et de biscuit. Le Prince m'a fait voir qu'il avait envoyé sept millions de livres à Cadix et quatre au Ferrol. On lève des matelots en Galice et on fait une presse générale qui fournira beaucoup d'hommes, mais peu de matelots.

(t) Archives nationales, AEII 1515. Cette dépêche a été analysée dans un article du comte Charles de Mouy, L'Ambassade du général Junot. {Revue des Deux-Mondes, \*' janvier 1894.)

(2) Ambassadeur à Madrid.

Gomme j'ai remarqué que le Prince n'avait pas de données exactes et détaillées sur la situation de ses escadres, je lui ai dit d'expédier sur-le-champ un courrier dans les deux ports. Il l'a fait et a demandé à chaque amiral combien il avait de vaisseaux prêts en ce moment, et quand il y en aura un autre, puis deux, etc.. Il aura 'les hommes de débarquement demandés par Votre Majesté, qu'il dit être des meilleures troupes de l'Espagne.

L'escadre du Ferrol sera naturellement aussitôt prête que celle de Cadix, mais elle manque encore plus de matelots et n'a pas des vivres pour deux mois au plus.

Votre Majesté sait sans doute que son escadre au Ferrol manque de poudre et que le contre-amiral Gourdon sera obligé de laisser un de ses vaisseaux qui n'est pas prêt. Je crois que c'est le Redoutable.

Gette première conversation n'a roulé que sur les escadres et a servi à nous étudier l'un et l'autre. Le Prince paraît me voir avec plaisir et m'a fort engagé à le voirions les jours. C'était ce que je désirais et j'en profiterai.

Jeudi matin, j'y suis retourné. Il m'a reçu avec beaucoup d'égards et m'a paru ensuite vouloir entrer avec moi en confiance et même avec familiarité. J'avais une petite montre et une boîte qui lui plaisaient. Il les a prises et m'a donné en échange une boîte pouvant valoir mille écus et m'a offert trois chevaux, ce qui est pour lui une grande affaire, car il n'aime pas à donner. Je suis revenu sur les escadres. Il m'a dit avoir expédié le courrier et avoir écrit à ses amiraux qu'il n'entendrait à aucune excuse, qui pût les dispenser d'avoir d'abord six vaisseaux prêts dans chaque port.

Je lui ai dit que j'avais pour instruction de faire déclarer le Portugal contre l'Angleterre et que je devais pendant • quinze jours employer les moyens de persuasion, que si je ne réussissais pas, je devais quitter Lisbonne, qu'il était nécessaire que l'ambassadeur d'Espagne (i) eût les mêmes !!!!!!!!j!i.'^'''^'°'"^ ^^ ^""^^^^ ^^""^'^ déclarée, que dans

(1) Le comte de Campo-Alange.

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