Hi l'industrie et la vie ouvrière
remarquable simplicité. Le luxe se manifeste principalement par l'usage de tissus très fins, de diamants, d'objets coûteux, d'automobiles, et autres articles analogues qui ne se fabriquent pas dans le pays. L'industrie locale ne profite donc guère de cette consommation. Bien plus, elle en souffre passablement, parce que l'or exporté pour payer les achats faits à l'étranger diminue d'autant les capitaux disponibles, lesquels se reconstituent péniblement, puisque l'exportation des produits nationaux est insuffisante pour équilibrer la circulation monétaire. Si les émigrants temporaires portugais n'envoyaient pas à leurs familles, chaque année, une cinquantaine de millions de francs, la situation deviendrait extrêmement difficile. Mais il est à la fois singulier et dangereux que le régime économique d'un pays dépende étroitement du travail accompli et de l'épargne réalisée en pays étranger par quelques milliers d'émigrants. Il y a dans ce fait un formidable aléa et, de plus, une rencontre curieuse, puisque, sous une forme nouvelle, l'or du Brésil pèse encore si lourdement sur la destinée de l'ancienne métropole. Mais il importe que le Portugal se libère le plus tôt possible de cette dépendance dangereuse. Comment pourrait-il le faire? Nous avons déjà répondu partiellement à cette question dans nos conclusions sur l'agriculture. L'idée se complétera plus tard. Maintenant, nous devons étudier de près l'industrie dans ses diverses manifestations, toujours en nous appuyant, pour juger les résultats, sur le témoignage précis que nous donnera l'étude de la famille ouvrière. Nos premières observations porteront sur l'industrie du bâtiment, qui a le mieux conservé les formes anciennes, et qui en même temps est la plus répandue. Elle nous fournira un bon point de départ et une base de comparaison. Ensuite, nous rechercherons quelle est la situation de la petite industrie artisane, qui se ressent davantage de l'influence delà complication de la vie moderne. Nous arriverons enfin à la grande industrie mécanique, entièrement dominée par cette même complication. Nous apercevrons mieux ainsi les détails de la marche et de l'enchaînement des phénomènes sociaux et économiques.
L'industrie du bâtiment en Portugal. — Maçons, charpentiers et menuisiers des campagnes et des petites villes. — Les ouvriers du bâtiment à Lisbonne. — Le petit patron dans l'industrie du bâtiment. — Moyens d'élévation des ouvriers dans cette industrie.
L'industrie du bâtiment, qui joue dans les pays occidentaux un rôle si étendu, si considérable, comporte toute une série de métiers exigeant beaucoup de main-d'œuvre. En effet, presque tout le travail du bâtiment se fait à la main, au moins pour ce qui concerne la mise en place des matériaux et des accessoires. Dans les pays les plus développés au point de vue de la fabrication mécanique, certains des métiers du bâtiment ont été transformés par l'emploi du métal ou de la machine, et c'est en grand atelier mécanique que l'on y fabrique les charpentes en fer ou en acier, les pièces de menuiserie, les parquets, la serrurerie, etc. Mais, dans les pays moins avancés, presque tout se fait encore en petit atelier et à la main. Il en est ainsi notamment en Portugal. Il en résulte que, dans toute l'étendue du territoire et dans toutes les localités, on retrouve les différents types de gens de métier que le travail du bâtiment fait vivre et parfois prospérer : entrepreneurs, artisans, compagnons et apprentis. Cette branche d'activité mérite l'attention par le nombre des ateliers, la diversité des intérêts en jeu, les phénomènes économiques auxquels elle a donné lieu. Elle offre
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aux familles ouvrières certains moyens d'élévation, grâce à la simplicité du travail dans la plupart des professions qui s'y rapportent. Mais ces moyens sont assez minces et exclusivement personnels, c'est-à-dire qu'ils profitent seulement à une élite restreinte de gens doués de qualités exceptionnelles ou favorisés par les circonstances. La grande majorité des familles végète dans une condition qui touche de fort près à la misère. Nous avons dû limiter nos observations à quelques cas suffisamment caractéristiques, car il eût été trop long de passer en revue tous les métiers qui se rattachent au bâtiment. On verra d'ailleurs qu'ils précisent d'une manière très nette la physionomie et les effets de cette industrie, car les faits enregistrés ici se retrouvent très analogues dans les autres professions connexes.