‹ Le Portugal inconnuChapitre 21 sur 68 · I. — SITUATION ACTUELLE DE LA PETITE INDUSTRIE · texte numérisé non relu

I. — SITUATION ACTUELLE DE LA PETITE INDUSTRIE

La fabrication à la main, à domicile ou en petit atelier, n'a disparu nulle part, en dépit des progrès de la machine et de l'usine. C'est que, par sa simplicité, sa souplesse, sa facilité d'adaptation, elle répond encore à des besoins déterminés, auxquels elle donne pleine satisfaction, et qui la maintiennent en lui conservant une clientèle fidèle. Par exemple, le cordonnier de village, accoutumé au goût des gens de la campagne, souvent même aux nécessités spéciales dune contrée, indispensable d'ailleurs pour les réparations, trouve encore le moyen de vivre à côté de la grande manufacture. On en peut dire autant pour le forgeron, le charron, etc. Bien plus, certaines industries demeurent attachées au petit atelier pour des raisons techniques. C'est ainsi que les spécialités où l'habileté de la main et le goût jouent un grand rôle, restent principalement entre les mains de petits fabricants, qui déploient, ainsi que leurs ouvriers, une adresse, une intelligence, un sentiment

/ï L INDUSTRIE ET LA VIE OUVRIERE.

artistique surprenants ; tels sont les orfèvres, les bijoutiers, et en général les fabricants d'articles de fantaisie, principalement dans les qualités fines et chères. Ceci revient à dire que le petit atelier et l'échoppe d'artisan gardent encore et garderont sans doute longtemps un rôle important à la fois par la diversité de la production et par le nombre des ouvriers qu'ils font vivre.

Celte importance, toutefois, n'est évidemment pas semblable dans tous les pays, ni même dans toutes les régions de chaque pays. Chez les nations où la grande industrie a pris tout son essor, l'article usiné à très bas prix remplace souvent dans la consommation le produit plus solide ou plus fin du petit fabricant. Celui-ci doit alors ou bien se spécialiser dans la production de luxe, ou bien devenir un simple réparateur employant ou revendant les produits de l'industrie mécanique, ou même abandonner la partie. Le Portugal se trouve actuellement dans une position intermédiaire. La grande industrie y fait évidemment des progrès, nous le constaterons tout à l'heure. Mais elle est encore bien loin de suffire aux besoins, en sorte que la fabrication à la main, tout en ressentant déjà, d'une façonassez pénible, les effets de la concurrence, conserve encore un large marché. Mais elle souffre dans plusieurs de ses branches, et son personnel ouvrier éprouve naturellement le contre-coup de cette crise irrémédiable. Jusqu'à présent, elle n'a pas causé des troubles bien visibles, parce que l'évolution a été lente. Mais la difficulté n'en existe pas moins, et elle s'aggravera en proportion de l'extension du machinisme. Il serait bon de profiter des expériences faites dans les pays plus avancés, pour étudier et prendre les mesures susceptibles de faciliter la transition. On éviterait par là des misères, des souffrances et des désordres dont nous avons pu déjà constater certains symtômes1. Nous en retrouverons dans ce chapitre un écho douloureux.

Dans les études qui vont suivre, nous exposerons la condition

1. V. plus haut, dans la troisième partie de ce travail, les observations relatives à l'industrie des conserves de poisson.

LA PETITE INDUSTRIE ET LES ARTISANS. ^7-"i

actuelle d'un certain nombre d'ouvriers ot d'artisans appartenant à divers métiers, et dont la physionomie est suffisamment caractéristique. Nous ajouterons, en terminant, quelques observations complémentaires, propres à bien fixer les idées sur les dangers de la situation actuelle et les moyens les plus simples, les plus naturels, de les prévenir et d'en atténuer les effets.

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