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L'INDUSTRIE MÉCANIQUE

Retard de la grande industrie en Portugal, ses causes. — La fabrication mécanique dans le nord. — La filature et le tissage à Guimaraes et dans les montagnes de l'est. — La fabrication mécanique à Porto et à Lisbonne. — État de la vie ouvrière dans la grande industrie. — Tendance actuelle de l'évolution industrielle. — Le problème de l'avenir.

En Portugal, le développement de la grande industrie a été singulièrement gêné par les événements. Au moment même où la machine allait faire son apparition et transformer la fabrication, les Portugais délaissaient celle-ci pour se consacrera l'exploitation administrative ou commerciale de leurs colonies. Trompés par une fausse richesse, basée sur une action politique, bien plus que sur le travail, ils se considéraient un peu comme des grands seigneurs opulents, qui laissent à autrui les professions techniques. Quand vint la période funeste des révoltes et des coups d'État, la fortune disparut, sans que le travail pût y suppléer. Et lorsque enfin cette nation réussit à se reprendre et à jouir d'une paix suffisante pour laisser les affaires suivre un cours régulier, les hommes d'action se heurtaient à une situation extraordinairement difficile. Ils étaient peu nombreux. L'instruction technique était faible, le capital rare et timide, la clientèle petite et pauvre, la concurrence extérieure puissante. En un mot tout était à faire pour conquérir non pas les marchés étrangers, mais le marché national lui-même. Voilà le fait dont il est juste de

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tenir compte pour juger la situation actuelle du Portugal au point de vue industriel.

Malheureusement ce qui faisait le plus défaut, c'étaient les hommes et surtout les chefs, les patrons. Nous avons constaté combien ils manquent à la culture. Leur petit nombre a causé de même la faiblesse de l'industrie, en la laissant aux mains de l'artisan, comme la terre était abandonnée aux mains du paysan. Depuis cinquante ans, cette situation tend à se modifier lentement. La classe moyenne s'est développée; le nombre des industriels a augmenté peu à peu ; l'esprit d'entreprise s'est répandu. Mais l'engouement irréfléchi pour les carrières libérales et la politique a considérablement gêné le recrutement de la classe industrielle supérieure. En outre la gestion médiocre des affaires publiques a porté la fiscalité à un degré excessif, qui surcharge la production. La politique douanière a généralement manqué d'unité et de logique; après le régime du traité Methuen, qui ouvrait le pays aux articles anglais, on s'est porté vers un système de protection excessive, qui a dépassé le but. De tout cela est résulté un retard industriel qui n'est point encore récupéré, et qui ne le sera jamais si les Portugais de la classe aisée ne s'appliquent pas à évoluer dans un sens propre à les mettre en mesure de soutenir la compétition étrangère.

Aujourd'hui, on remarque aisément dans ce pays un mouvement industriel progressif qui certes n'est pas négligeable. Il est dû à deux causes principales. D'abord, la jeunesse instruite trouve les carrières intellectuelles si encombrées, si peu productives, qu'elle est poussée presque malgré elle à se tourner vers d'autres métiers. L'industrie et le commerce, et même l'agriculture, en ont profité quelque peu. Ensuite, la protection douanière, en réservant le marché national, a certainement favorisé ce mouvement. Mais cette seconde cause, toute artificielle, renferme un sérieux péril. Si la protection se relâche, les industries basées sur l'élévation des prix, conception anti-économique par excellence, tomberont certainement. Mais alors, par crainte de provoquer une telle crise, on se trouve lié au régime de la protection exagérée, qui a pour effet d'imposer aux consommateurs

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un sacrifice, et les porte à réduire leur consommation. C'est là un cercle vicieux dont on ne sortira que par l'effort individuel des entrepreneurs. Sans eux, la protection ne donnera rien de bon, et restera un expédient employé en permanence pour soutenir la faiblesse et le laisser aller. Si au contraire ils veulent prendre la peine de préparer le terrain par leur intelligence, leur savoir, leur application, leur activité, la protection sera ce qu'elle doit être, c'est-à-dire un appui temporaire propre à préparer l'avènement d'un régime régulier et naturel du travail industriel.

En supposant que les jeunes gens de la classe aisée reconnaissent enfin que le travail productif constitue la base essentielle de la prospérité, de la force des familles et de la nation entière, trouveraient-ils dans leur pays les éléments nécessaires pour alimenter la grande industrie? Oui, dans une mesure très suffisante. Le Portugal est muni d'une population ouvrière nombreuse, intelligente et assez laborieuse; elle n'attend que des chefs capables pour produire un travail considérable à un prix modéré. Le territoire fournit une quantité importante de malières premières, qui seraient plus abondantes encore si elles étaient bien exploitées. D'ailleurs, la position maritime de ce pays lui permet d'importer dans les meilleures conditions les minerais, les métaux, les textiles, etc. Il en est de même pour le charbon qui pourrait du reste être suppléé par les forces hydrauliques immenses de la région montagneuse. Ainsi, ce ne sont pas les ressources qui font défaut, mais bien la volonté, le savoir, l'expérience et l'activité nécessaire pour les employer.

Parmi les industries qui déjà ont évolué vers le régime du grand atelier mécanique, la plus ancienne et la plus importante est celle des textiles qui occupe à elle seule environ -25.000 personnes; elle est établie principalement dans les provinces du nord. La métallurgie a des usines à Lisbonne et à Porto, mais leur production est relativement faible, et se limite à des objets généralement peu compliqués et d'usage commun. En dehors de ces deux branches on ne trouve guère que des fabriques isolées, ou du moins très peu nombreuses dans chaque spécialité. Au-

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dessous, on peut encore citer des fabriques d'une certaine importance, mais où le travail se fait surtout à la main, en sorte que leur condition se rapproche de celle de la petite industrie, au moins quant aux répercussions sociales; telles sont les tanneries, les fabriques de poteries et de briques, les teintureries, etc. Nous le répétons, des progrès notables ont été réalisés surtout depuis vingt ans dans la plupart de ces industries. Elles ont augmenté fréquemment leurs installations, leur personnel et le chiffre de leurs alfaires. Mais, tout compte fait, l'activité de la grande industrie compte relativement pour peu de chose dans l'ensemble de la production du pays. Elle est encore loin d'offrir à la population le travail et les salaires qui pourraient compléter utilement les ressources fournies par l'agriculture, et améliorer d'une façon générale la condition de la classe ouvrière. Ces deux branches de l'activité nationale sont encore bien loin de s'équilibrer. La culture est trop pauvre pour consommer largement les produits fabriqués et faire prospérer l'industrie. Celle-ci est trop faible pour concentrer les travailleurs et offrir à la culture des débouchés avantageux. Ainsi se maintient de part et d'autre l'état de médiocrité économique, de retard technique, de pauvreté de la famille ouvrière qui caractérise la situation actuelle. Nous allons voir cette impression générale se dégager avec netteté des monographies qui suivent.

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