‹ Le Portugal inconnuChapitre 37 sur 68 · I. — ROUTES ET CHEMINS · texte numérisé non relu

I. — ROUTES ET CHEMINS

A bien des reprises, nous avons dû constater l'insuffisance des routes et chemins, soit au point de vue du nombre, soit à celui de l'entretien. Et pourtant, il n'est que juste de le reconnaître, des efforts sérieux ont été faits au siècle dernier pour réparer la négligence impardonnable des générations précédentes. Des routes ont été établies entre tous les centres de population un peu importants. Ces routes sont souvent bonnes, quoique l'entretien en soit médiocre. Mais en beaucoup d'endroits, de simples pistes ou des sentiers défoncés relient entre eux les villages. Des contrées entières sont absolument dépourvues de chemins dignes de ce nom, et demeurent ainsi dans un état d'isolement qui ne permet ni de les mettre en valeur, ni de les coloniser. Aussi les procédés de transport sur routes sont-ils fort primitifs. Le paysan ne connaît que le char à bœufs, lourd et lent. Souvent même ce véhicule ne peut passer, et il faut porter les denrées à dos de mulet, de cheval ou d'àne. Dans ces conditions, tout charroi est onéreux. Beaucoup de

produits deviennent invendables, et restent sur place. Les denrées agricoles se répartissent mal, ne se vendent pas au meilleur prix. Il est du reste impossible, dans bien des cas, de faire les cultures les plus avantageuses, parce que le transport rapide des récoltes est impossible. Enfin les chemins de fer ne sont pas alimentés comme ils devraient l'être pour donner de bons résultats. C'est là évidemment une cause capitale de stagnation économique et sociale.

Cette situation si dommageable n'est pas imputable aux pouvoirs publics seuls. Peut-être auraient-ils pu faire davantage, mais ils avaient à pourvoir à des besoins immenses et variés, non seulement dans la métropole, mais encore aux colonies. La tâche dépassait réellement les ressources. Les particuliers auraient dû aider l'État, et dans ce pays de grande propriété foncière, il semble bien que les maîtres du sol auraient pu contribuer de leur côté, et dans leur propre intérêt, à l'amélioration et au développement des chemins secondaires. Mais pour cela il eût fallu résider dans les campagnes, s'intéresser aux choses de la terre, prendre une paît active à la gestion des affaires communales, comprendre le rôle des transports, et s'associer pour les organiser. Des propriétaires absentéistes ne songent . guère à ces détails. Leurs domaines rapportaient, soit par le petit fermage, soit par l'élevage extensif, cela suffisait; à quoi bon se donner du souci pour mieux faire? Mais, pendant ce temps, le pays ne se développait que fort peu, en comparaison des autres Etats occidentaux, et peu à peu l'orientation sociale s'établissait dans le sens de l'expropriation graduelle des anciennes familles. Ainsi va le monde. Les forces sociales méconnues agissent sourdement, sans repos ni trêve, et se tournent contre ceux qui n'ont pas su comprendre leur fonction et faire leur devoir. Pour créer et maintenir la propriété dans toute sa réalité et dans toute sa puissance, il ne faut rien négliger pour la rendre productive et utile à l'ensemble de la société. Malheureusement, cette grande vérité sociale est, aujourd'hui encore, trop peu comprise en Portugal, et cette erreur a sa répercussion naturelle dans l'insuffisance des voies de

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