‹ Le Portugal inconnuChapitre 40 sur 68 · I. GENERALITES · texte numérisé non relu

I. GENERALITES

Le commerce, intermédiaire placé entre la production et la consommation, leur est si nécessaire, que nous le voyons apparaître dès les origines de l'histoire. Un facteur économique de cette importance ne peut manquer, évidemment, de jouer en même temps un rôle social de premier ordre. En effet, le commerce, exercé comme métier principal, a positivement dirigé l'évolution de certains peuples, parmi lesquels il suffira de citer les Grecs et les Carthaginois. Plus tard, les Italiens ont été aussi fortement influencés par le commerce, et les Portugais euxmêmes, après la décadence des républiques marchandes de l'Italie, se sont tournés, également, avec trop d'exclusivisme vers cette branche du travail. La découverte de la route des Indes et de l'Amérique les a par la suite engagés plus encore dans cette voie. Or, la pratique trop exclusive du commerce présente un grand danger. Comme c'est là une fonction économique auxiliaire, si elle n'est pas basée sur une production nationale

intense, elle reste soumise à bien des causes de trouble. Et si la concurrence, la guerre, la découverte de voies nouvelles, ou de nouveaux centres de production viennent à réduire l'activité commerciale, la prospérité entière delà nation est compromise. C'est l'inconvénient ordinaire des spécialités exclusives, mais ici il est aggravé encore par la mobilité extrême des circonstances susceptibles d'influencer le mouvement commercial. En outre, le commerce, par ses exigences spéciales, tend à désorganiser les familles qui le pratiquent. Il ne les attache pas très solidement au pays, car un comptoir se déplace assez aisément; il pousse au mélange des types, puisque le commerçant voyage et s'établit là où le mènent les affaires ; son caractère aléatoire basé sur le calcul et les combinaisons, donne à l'esprit une tournure particulière, faite de finesse et de tendance spéculative; le gain facile, l'accumulation de la richesse, portent au luxe et à la corruption, agents très actifs de désorganisation sociale. L'habitude d'un travail, qui repose avant tout sur les prévisions et les combinaisons de l'esprit, éloigne des métiers techniques et pousse vers les professions purement intellectuelles. Plus la formation sociale primitive est ébranlée, et plus grande est l'action dissolvante de ces diverses influences. La race portugaise a ressenti vivement toutes ces influences, qui furent un des facteurs essentiels de son évolution.

Aujourd'hui, le commerce n'a plus le caractère trop exclusif d'autrefois. Il est rentré dans son rôle normal d'auxiliaire. Aussi est-il dans une situation exactement parallèle cà celle de la production, qui l'alimente, et à celle de la consommation, aux besoins de laquelle il pourvoit. Nous savons que la production agricole est peu variée, et qu'elle ne dispose pas d'une grande quantité de denrées pour la vente ; il va de soi que ce fait prive le commerce d'un aliment important. L'industrie ne déploie qu'une activité assez médiocre, elle ne saurait fournir au commerce une quantité considérable d'articles. Enfin, la masse de la population est pauvre, et vit le plus possible sur son propre fonds; dans ces conditions, on achète relativement peu, et le commerce ne trouve pas le moyen de progresser

beaucoup. Tout cela est naturel, par conséquent fatal, inévitable'.

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