‹ Le Portugal inconnuChapitre 46 sur 68 · II. — L ENSEIGNEMENT SECONDAIRE ET SUPERIEUR · texte numérisé non relu

II. — L ENSEIGNEMENT SECONDAIRE ET SUPERIEUR

L'enseignement secondaire a été dispensé autrefois, lui aussi, par des collèges religieux florissants, dans lesquels on cultivait à peu près exclusivement les belles-lettres. La grande crise religieuse du siècle dernier a fait disparaître presque tous ces établissements. En 1910, on n'en trouvait plus que quelquesuns, dirigés surtout par les Jésuites sous la forme de l'internat1. Pour remplacer et étendre à la fois l'ancien enseignement des congrégations, on a créé dans chaque district un lycée, qui reçoit exclusivement des externes, et conduit les élèves jusqu'au baccalauréat; la durée des études est de cinq ans. Sept lycées, placés à Lisbonne, Porto, Coïmbra, Braga, Evora, Vizeu et Ponte Delgado, dits lycées centraux, comportent un cours supérieur d'une durée de deux ans. La population de ces établissements a sensiblement augmenté au cours des dernières années : c'est un résultat du développement de la classe aisée, précédemment noté. Le corps enseignant est assez hétérogène. On recrute les professeurs effectifs parmi les élèves diplômés du cours supérieur des lettres de Lisbonne, du cours supérieur

1. Les journaux ont annoncé la fermeture immédiate de ces collèges aussitôt après le succès du régime républicain.

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des lycées centraux, delà faculté de mathématiques de Coïmbra, enfin des écoles polytechniques de Lisbonne et de Porto. Mais leur nombre est insuffisant : l'augmentation du chiffre des élèves a nécessité l'admission de maîtres provisoires (interinos), qui doivent être agréés par le corps des professeurs effectifs. Il arrive trop souvent qu'ils sont imposés par des influences politiques. Pour être interino, il faut posséder au moins le diplôme de bachelier. Des médecins, des avocats, des fonctionnaires même ont ainsi ajouté à leur pratique ou à leur charge une chaire de lycée.

Au lycée central de Coïmbra, on compte 14 professeurs titulaires, et 16 provisoires. Les traitements sont modestes : pour les maîtres des lycées centraux, 600 milreis (3.330 fr.) et un tiers en sus comme prime d'exercice, laquelle est réduite proportionellement aux absences ; ceux des autres lycées ont 300 milreis (2.715 fr.) avec une prime d'un tiers; les maîtres provisoires touchent un tiers en moins. Les professeurs titulaires sont inamovibles et ont droit à une retraite. La valeur de ce personnel est très inégale; les bons maîtres, laborieux et zélés, n'y manquent pas. Mais d'autres sont au-dessous de leur tâche; le contrôle est d'ailleurs à peu près nul. Dans l'ensemble, la préparation pédagogique est plutôt insuffisante, surtout au point de vue de l'enseignement scientifique, qui exigerait une formation à la fois plus complète et plus pratique. Aussi les leçons restent-elles encore beaucoup trop théoriques et livresques. Souvent les cours sont faits sans grand effort personnel, au moyen de manuels, sans applications objectives et surtout sans expérimentation. Comme les programmes sont excessivement chargés, on gave les élèves d'une érudition superficielle, mal dirigée et mal comprise, qui les prépare médiocrement à la vie active. Ce grave défaut ne pourra être corrigé que par une préparation technique des professeurs, mieux adaptée aux besoins modernes, par la simplification des programmes, par la création dans les lycées de collections et de laboratoires, enfin par une inspection sérieuse.

L'enseignement secondaire libre échappe pratiquement au

contrôle de l'État : ses maîtres ne sont astreints qu'au diplôme de bachelier. Les élèves passent les mêmes examens que ceux des lycées nationaux et sont, par conséquent, soumis aux mêmes programmes surchargés.

L'enseignement supérieur se trouve actuellement en Portugal dans un état de transition, et peut-être aussi de confusion, qui n'est pas sans inconvénients. Autrefois, il était représenté par la seule université de Coïmbra, fondée en 1290 à Lisbonne, et installée définitivement à Coïmbra, en 1537. On a évité de nuire à cette vénérable institution, en créant d'autres universités, qui semblaient avoir peu de raison d'être dans un petit pays. Toutefois, les grandes villes prospères développent toujours un besoin de haute culture qui a fait surgir à Lisbonne et à Porto des établissements d'enseignement supérieur. On trouve dans la première une école supérieure des lettres, des écoles de médecine et de pharmacie, une école polytechnique, une école des beaux-arts, un conservatoire de musique, un institut agronomique; en outre, les écoles militaire, navale, coloniale et de médecine tropicale ont été également installées dans la capitale. Porto a créé des écoles de médecine et pharmacie, polytechnique, des beauxarts. Cette abondance de l'enseignement supérieur chez une nation où la classe aisée n'est pas très nombreuse, relativement, est encore un symptôme de la tendance exagérée de cette classe vers les carrières intellectuelles1. Cet enseignement fabrique incessamment une sorte d'aristocratie nouvelle, celle des diplômés, dont les inconvénients sont au moins aussi grands que ceux de l'aristocratie nobiliaire. Nous avons déjà suffisamment signalé ce fait.

Le centre universitaire de Coïmbra s'enorgueillit d'un longpassé, qui n'est ni sans mérite ni sans gloire. Jadis, il a joui d'une assez grande autonomie, et son enseignement avait alors de la réputation. Mais il a décliné comme tout le reste sous l'influence de la crise sociale et politique du xvme siècle. En 1836, une réorganisation partielle fit de l'université un simple

1. Andrade, dans son ouvrage déjà cité, noie le penchant exagéré des jeunes gens à délaisser le métier paternel pour se porter vers les carrières libérales.

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corps administratif, gouverné par un recteur à la nomination du pouvoir central, et les professeurs se trouvèrent en fait réduits à la condition de simples fonctionnaires. Sous ce régime, elle s'engourdit dans un demi-sommeil, fait de coutumes vieillotes, d'imitations serviles, de traditions qui donnaient à l'enseignement un caractère purement théorique et livresque. L'université se trouva en peu de temps bien en retard sur celles des autres pays d'Occident, transformées par la critique, l'observation et l'expérimentation. Certains professeurs s'étant enfin rendu compte de la stérilité d'une telle pédagogie, commencèrent à préparer une renaissance qui, aujourd'hui, parait être en bonne voie. Quelques laboratoires ont été créés et certains professeurs ont abandonné les formules purement livresques, les procédés scolastiques, pour s'attacher davantage à l'examen des faits et à l'expérience. En 1907, une louable réforme a rendu à l'université une autonomie suffisante pour lui permettre de secouer de façon notable la torpeur du passé. Elle envoie en mission des professeurs qui entrent en contact avec leur collègues du dehors, étudient les méthodes nouvelles et rapportent des tendances progressives. Sans doute, il reste beaucoup à faire, mais on peut augurer favorablement de l'avenir.

L'université se divisait en six facultés : théologie, droit, médecine, mathématiques, sciences, pharmacie; la faculté de théologie vient d'être supprimée par simple décret. Les professeurs sont nommés au concours. Il faut acquérir successivement les grades de bachelier, de licencié et de docteur, en traversant des épreuves qui pourraient être avantageusement dégagées de certaines controverses directement inspirées par le vieil esprit scolastique. Du reste, les jeunes professeurs montrent, dans leurs interrogations, une tendance très nette à remplacer les discussions vaines par un examen serré des faits et des idées. Après cela vient le concours du professorat, qui comporte une thèse, deux leçons d'essai et des discussions portant sur les sujets traités dans ces leçons. Tout cela peut du reste se faire plus vite qu'on ne le penserait au premier abord, puisqu'un jeune homme arrive, au besoin, à terminer toute la série d'épreuves à

vingt-deux ans. Ceci montre bien que le système est assez superficiel, en dépit de sa rigueur apparente. Avec une bonne mémoire et un esprit un peu délié, on se tirait assez facilement de toutes ces épreuves, mais elles tendent à devenir pratiques, et par suite plus difficiles.

Il va sans dire que l'enseignement valait naguère en raison de la préparation des professeurs. On se bornait en général à paraphraser devant les étudiants un livre, étranger le plus souvent, dont on leur faisait apprendre par cœur un résumé, sans jamais exercer leur jugement par un travail personnel, et sans l'éclairer par l'analyse ou des travaux pratiques. Ces procédés arides et inféconds sont abandonnés de plus en plus, et la renaissance s'accentue d'année en année. Si cet effort est continué avec persévérance, Coïmbra deviendra enfin un centre scientifique digne de l'intelligence et de l'activité d'esprit qui sont l'apanage naturel de la race portugaise. Mais il faut continuer un mouvement à ses débuts, qui nécessitera encore beaucoup d'efforts énergiques et persévérants. C'est la démonstration documentaire et expérimentale qui a donné à l'enseignement moderne sa puissance de pénétration et ses précieuses qualités d'application pratique. L'instruction ne peut plus être un simple ornement de l'esprit, ou un instrument de pure controverse. C'est un flambeau qui éclaire le chemin devant les pas du producteur. Dans les hautes écoles portugaises, ce flambeau est loin d'avoir acquis tout son éclat. Mais la réforme est en bonne voie, et si les ressources ne manquent pas, on arrivera au but. Déjà l'intérêt s'accenfue pour ces organes rajeunis de la vie intellectuelle. Les anciens élèves de l'Université ont fondé une association dans le but de créer des bourses de voyage en faveur des étudiants; cela montre bien que tout ce qui vit, entraine les esprits et appelle leur sollicitude.

Les diverses écoles supérieures de Lisbonne et de Porto sont de création moderne, mais leur enseignement appelle à peu près les mêmes observations que celui de Coïmbra. Il est plutôt en progrès, tout en présentant encore de graves lacunes au point de vue de l'orientation et des procédés pédagogiques. Tou-

tefois, la sanction des études n'est pas identique. Ces écoles ne confèrent pas le grade de docteur, réservé à l'université de Coïmbra. Elles n'enseignent pas le droit, également réservé à cette université. Leurs diplômes ne sont en fait que des certificats d'études, et pour exercer les professions libérales, il faut au préalable subir un examen d'État devant un jury officiel. Ici encore, il y a beaucoup à faire pour donner à l'enseignement le caractère original, précis, expérimental, indispensable pour préparer les jeunes esprits aux nécessités de la vie contemporaine.

Puisque les carrières libérales sont encombrées, il en résulte naturellement que la vie intellectuelle a plus d'activité que l'on ne pourrait s'y attendre au premier abord. Pour une nation qui compte tant d'illettrés, plus de 400 publications périodiques sont mises au jour, et il y en a d'excellentes. Le peuple aime naturellement la musique, le chant, le théâtre. La classe aisée montre de la curiosité d'esprit, du goût, de l'intérêt pour les questions scientifiques ou arlistiques. Il existe un certain nombre de littérateurs et quelques artistes, qui font honneur à leur pays. La capitale est le siège de deux Académies : celle des Sciences et celle des Beaux-Arts, ainsi que d'une Société de géographie déjà ancienne, dont les collections sont remarquables. On y trouve encore diverses sociétés scientifiques et une bonne bibliothèque. Porto et Evora ont aussi des bibliothèques intéressantes. Coïmbra a également la sienne, installée dans une magnifique annexe de l'Université, bâtie au xvmc siècle; cette ville a son Institut scientifique et littéraire, mais il est sans activité et sans influence. Du reste, la plupart de ces institutions sentent trop l'artificiel et l'imitation, mais le rajeunissement des études supérieures ne manquera pas de leur donner une vitalité plus active.

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