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III. — L ORGANISATION CULTUELLE

Si Téducation est basée sur la formation du caractère, obtenue par un dressage méthodique et patient, on peut dire que l'enseignement de la loi morale constitue le couronnement de l'œuvre, et porte au plus haut degré sa valeur sociale. Or, toute religion digne de ce nom est constituée par une double doctrine : celle qui a pour but de formuler le dogme, et celle qui codifie en quelque sorte les préceptes de la loi morale. C'est à ce dernier titre que les églises peuvent être considérées comme les auxiliaires de l'éducation, et que leur rôle doit être étudié.

Chez les Portugais, le catholicisme tient une place presque exclusive. Les cultes dissidents sont tolérés, à la condition de ne faire aucune manifestation extérieure. L'Église était représentée autrefois par un double élément : le clergé séculier et les congrégations. Ces dernières ont tenu jadis dans le pays une place immense. Supprimées en 18311, elles ont laissé la place libre ou à peu près devant le clergé séculier, qui est assez nombreux, et dont l'organisation est reconnue et subventionnée par l'État. Pour nous rendre compte plus clairement de cette organisation, nous prendrons comme type un des principaux évêchés du pays. Ce diocèse compte 319 paroisses et 672.500 âmes. Le bas clergé se recrute principalement clans les familles rurales, surtout clans celles du nord. Les enfants sont admis à douze ans au séminaire, où ils reçoivent pendant cinq années une instruction générale analogue à celle des lycées, et tout aussi superficielle. Viennent ensuite les cours que l'on peut appeler professionnels; leur durée est de quatre ans à Coïmbra et à Santarem, de trois ans dans les autres diocèses. Les études théologiques sont partout conduites par une méthode ancienne, basée sur une vénérable routine. Aussi sont-elles d'une faiblesse constatée et reconnue par tous les prêtres éclairés. Le séminaire

1. Jusqu'à la récente révolution, quelques congrégations enseignantes ou charitables étaient tolérées, mais elles ne pouvaient posséder que les immeubles indispensables.

de Coïmbra, sans échapper à cette règle, montre cependant des tendances progressives notables. Ainsi, à côté de l'enseignement ordinaire, on y a institué des cours complémentaires d'archéologie, de sociologie, d'agriculture et d'hygiène. Il y a dans cette innovation une idée très juste. Si le prêtre peut rendre à ses paroissiens des services matériels, son influence religieuse et morale en sera fortifiée et facilitée. D'ailleurs, dans un pays où les autorités sociales sont rares parmi le peuple des campagnes, il est excellent de préparer le prêtre à les suppléer dans toute la mesure du possible. Donc, plus il sera muni de connaissances pratiques et plus son rôle prendra de l'importance, même au point de vue religieux.

Le clergé paroissial est divisé en deux classes. Les jeunes prêtres débutent dans la seconde, et peuvent entrer dans la première, au fur et à mesure des vacances, après trois ans d'exercice comme curés; le diplôme en droit de l'Université donne un droit de préférence pour les postes les plus avantageux. Les revenus des paroisses sont fournis par deux éléments : 1° la derrama, impôt spécial, établi d'après les facultés de chacun par une commission, laquelle procède d'une manière assez arbitraire ; il est du reste payé d'une façon irrégulière, car, soit par l'effet de la mauvaise volonté du contribuable, favorisé souvent par des influences politiques *, soit par suite de l'indifférence ou du désintéressement des curés, bien des gens y échappent ; 2° le pc cCaltar, ou casuel, qui rend généralement peu, à cause de la pauvreté moyenne des paroissiens. On estime que le revenu des curés peut varier entre 200 milreis (1.100 fr.) et 500 milreis (2.775 fr.).

Il arrive parfois qu'une fondation en rentes est constituée au profit d'une cure; dans ce cas, on réduit ou on supprime la congrua. Somme toute, le curé se trouve, on le voit, au point de vue matériel, dans la condition d'un petit employé.

En ce qui concerne les garanties assurées aux prêtres et le contrôle de leur gestion, nous constatons que, une fois nommé

1. La derrama est perçue par l'autorité administrative, qui souvent la néglige pour sp concilier les électeurs.

dans un poste (collado), le Curé devient inamovible. 11 jouit dans sa paroisse d'une grande liberté; il faudrait un véritable scandale pour provoquer l'intervention de l'autorité supérieure, c'est-à-dire de l'évêque, qui applique alors la peine de suspension. Le curé préside le conseil paroissial, qui contribue à la gestion communale, ainsi que nous le verrons plus loin.

Les évêques sont présentés par le gouvernement à la curie romaine, qui leur donne l'investiture. La politique joue dans ces désignalions un rôle d'autant plus grand, que les prélats ont un siège de droit à la Chambre des pairs. Les revenus des évèchés proviennent : 1° d'une congrua payée par le Trésor et fixée à 2.i00 milreis (13.330 fr.), somme dont on déduit les revenus de la mense épiscopale ; 2° un émolument fourni par la camara ecclésiastique ; 3° les revenus de la mense. Pour le siège que nous avons pris comme type, ces trois éléments montent respectivement à 1.20.0, 1.600 et 1.300 milreis, en tout V.100 milreis (22.750 fr.). Chaque évêché a son comité de chanoines, qui assiste l'évêque et assume la charge de l'enseignement du séminaire. Les relations de l'évêque avec son clergé sont réduites au minimum, si bien que son action sur les curés est faible. Les rapports entre évêque et archevêque sont à peu près nuls. Ils sont fort rares avec le patriarche de Lisbonne. La curie romaine est représentée par un nonce qui se tient en relations, assez peu suivies du reste, avec les évêques, auxquels il transmet les instructions du Saint-Siège. Mais la faiblesse du pouvoir épiscopal sur des curés inamovibles et laissés à eux-mêmes rend cette intervention peu efficace sur la masse des prêtres et des fidèles. Il y a là certainement une grande force, mais elle est pour ainsi dire latente et sans influence concertée, tant qu'on ne la menace pas dans sa source.

La situation morale de ce clergé est plutôt médiocre en moyenne. Il compte dans ses rangs un bon nombre de prêtres dont l'intelligence, la respectabilité, la piété sont indiscutables. Mais beaucoup d'autres sont inférieurs à leur tâche '. Cela tient

1. On incrimine souvent, dans certains milieux, les mœurs du clergé. 11 est probable qu'il se produit des cas isolés de corruption, mais, après notre enquête, nous

LA VIE INTELLECTUELLE ET MORALE. .'i'.'i

à leur préparation médiocre, à l'absence de toute émulation, ainsi que de tout contrôle efficace. Certains tombent dans l'oisiveté et la négligence, délaissant complètement l'enseignement religieux, qui doit être donné à l'église les jours de congé scolaire. Généralement, cet enseignement reste tout à fait superficiel et machinal. Malgré cela, la tradition religieuse se maintient fortement dans les esprits parmi les populations agricoles et paysannes du nord, tandis qu'elle est très affaiblie au sud du Tage et dans la plupart des villes ; nos observations précédentes nous ont montré tout cela d'une façon précise. Il va sans dire que rinfluence du clergé dans chaque région est proportionnée au nombre des croyants. Elle est renforcée dans une certaine mesure par des éléments étrangers à la religion, auxquels pour ce motif même le clergé tient beaucoup. Il dresse les actes de l'état civil, délivre les certificats d'indigence, et, très souvent, s'occupe passionnément de politique. En s'appuyant sur ces soutiens artificiels, le clergé portugais commet une fatale erreur, qui compromettra sa situation comme elle a compromis celle de l'Église de France. Son champ d'action naturel, c'est l'exercice du culte, l'enseignement infatigable, éclairé, pratique, du dogme et de la loi morale; accessoirement, il peut rendre aux petites gens de grands services, en les aidant à améliorer leur méthode de travail et leur vie matérielle. Mais, en compromettant leur caractère dans les luttes politiques, en se faisant les recruteurs de tel ou tel parti, ils perdent peu à peu leur prestige et courent au devant de la persécution. On voit par ce bref exposé que le clergé, considéré comme auxiliaire de l'éducation, ne remplit pas sa noble fonction comme il le pourrait et le devrait. Il est à craindre qu'il ne porte lui-môme, dans un avenir assez rapproché, la peine de son erreur et de son insuffisance1.

avons lieu de croire qu'ils ne sont pas aussi fréquents qu'on le dit dans des groupes et des journaux hostiles.

1 . Le régime nouveau ne manquera pas de modifier l'état de choses que nous venons de résumer, et aussi de justifier nos prévisions.

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Indications préliminaires. — La commune rurale, organisation et ressources. — Le concelho, caractère exceptionnel de cette circonscription. — Les grandes villes : la dictature municipale et ses effets. — La municipalisation des grands services urbains. — Le district, son caractère et son rôle. — La politique dans les affaires locales.

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