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V. LE DISTRICT

Le district est une simple division administrative et politique, interposée entre le pouvoir central et le concelho. Il facilite le

contrôle de la gestion municipale, surveille l'application des lois en général, et oriente d'une façon plus ou moins directe les opérations électorales. Sa circonscription est un simple démembrement de la province, laquelle n'est plus qu'un souvenir historique. Pour en fixer les limites, on s'est basé uniquement sur des motifs de commodité et de convenance administrative ou politique. Aussi, les districts sont-ils fort irréguliers comme étendue et comme population. Celui de Coïmbra, par exemple, compte 332.000 habitants répartis sur 3.900 kilomètres carrés. Un tel groupe de population ne peut manquer d'avoir des intérêts communs considérables et variés, parfois même opposés, à cause de la diversité des situations. Le district a la charge de la construction et de l'entretien de certaines routes; il doit aussi établir et gérer certains établissements publics : hospices, asiles, prisons, dépôts de mendicité, caisses de secours, etc. ; il peut les subventionner quand ils sont à la charge des paroisses ou de& concelhos. Pour couvrir ses dépenses, il ne dispose d'aucuneressource spéciale, il n'a point de budget particulier. C'est le Trésor public qui pourvoit aux frais nécessités par l'exécution des lois. Donc, si le district comporte une certaine autonomie administrative, ce n'est à aucun degré un organe de la vie locale proprement dite.

La gestion des affaires du district est confiée à un gouverneur civil, qui n'est pas un fonctionnaire de carrière, mais plutôt un homme politique, jouissant de la confiance du clan au pouvoir, On voit certains gouverneurs civils continuer, en outre de leurs fonctions, leur profession antérieure, celle de médecin par exemple. Chacun est assisté d'un suppléant, nommé dans les mêmes conditions et libre de suivre une carrière privée. Les gouverneurs sont d'ailleurs fort modestement rétribués, et ils ont auprès d'eux un secrétaire général de carrière qui est le véritable chef du service administratif. Ensuite vient l'auditeur de district, ordinairement pris dans la magistrature ; il est juge administratif de première instance, et décide de même en matière électorale. Enlin, un comité de trois membres, élus par les chambres municipales, examine les comptes des communes rurales. La tutelle

des communes urbaines est exercée directement par le pouvoir central, représenté par le ministère de l'intérieur. Dans le district de Coïmbra, deux villes seulement : le chef-lieu et Figueira da Foz, petit port de la côte, sont dans ce cas. Le rôle du comité de district est donc purement administratif et consultatif. Ses décisions sont toujours commandées par une loi ou un règlement : c'est un auxiliaire du gouverneur civil et non pas une assemblée délibérante. Les citoyens sont donc sans influence sur les affaires du district, qui leur échappent entièrement. Ils n'ont ni à les gérer, ni à les contrôler.

En résumé, les affaires locales sont, en Portugal, placées sous la tutelle stricte et étroite du pouvoir central, qui a son agent jusque dans la plus petite paroisse, et presque partout dirige, administre, contrôle avec un paternalisme bienveillant. Là où, par hasard, quelques citoyens prennent intérêt aux affaires, comme cela se produit dans quelques villes, on les laisse aller tant qu'ils observent les règles minutieuses du code administratif. Mais, en règle générale, le citoyen n'agit pas. Dans les affaires locales, il est sans initiative, sans liberté d'action, et ne s'en soucie guère. Encore trouve-t-il le moyen de transporter sur cette scène si étroite, si morne, si peu active, les agitations de la politique de clan. Bien souvent les élections pour les chambres et juntes municipales donnent lieu à des "compétitions qui n'ont rien à voir avec les intérêts locaux. On se préoccupe avant tout de conserver à tel ou tel clan politique une influence aussi large que possible, en vue des élections générales. Aussi bien des juntes sont-elles composées sans aucune considération pour les intérêts réels de la localité. Or, ne l'oublions pas, ce sont les libertés locales, exercées avec soin et conservées avec amour, qui constituent le fondement solide, essentiel, de la liberté politique. Mais les libertés locales ne sont vivaces que dans les pays où les particuliers sont formés par l'éducation à la pratique de l'indépendance personnelle et du travail productif. Ainsi, nous voyons reparaître partout les questions primordiales de l'éducation, c'est-à-dire de la formation du caractère et de l'organisation du travail, c'est-à- -dire des moyens d'existence de chaque famille. En Portugal, où

LA VIE LOCALE. Il U

l'éducation est insuffisante et le travail faiblement organisé, le gouvernement local est trop souvent abandonné par l'indifférence des citoyens à l'action du pouvoir central. Nous allons voir comment ce laisser-aller retentit sur la politique proprement dite, en compliquant la gestion de l'État, tout en réduisant à bien peu de chose le contrôle effectif de la nation1.

1. On lira utilement, à titre de comparaison, l'excellent travail de M. P. Bureau. Le paysan des fjords de Norvège (seconde partie, la Vie collective, dans la Science sociale, 2e période.

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Origines du pouvoir centralisé. — Les services publics et les finances. — Le régime des clans politiciens. — Les Chambres. — Condition de la Pairie. — Le Souverain. — L'Administration. — Cause essentielle des vices de l'organisme politique. — Post-scriptum.

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