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I. — ORIGINES DU POUVOIR CENTRALISÉ

L'organisation politique du Portugal a traversé, au cours des siècles, bien des péripéties. Cependant, elle présente au fond un caractère de réelle unité, en ce sens que, toujours, le pouvoir personnel a prévalu sur la liberté soit des particuliers, soit des circonscriptions locales.

On a cru longtemps qu'à ses débuts, la monarchie avait été basée sur le système électif. On racontait que les Cortès de Lamego de 1113 avait attribué aux représentants des trois ordres : clergé, noblesse, bourgeoisie, le pouvoir d'élire le souverain, de légiférer et de voter l'impôt. Mais des historiens compétents, comme Herculano et Gama Barros, ont démontré que les Cortès de Lamego n'ont jamais existé, pas plus que le régime électif. En réalité, la guerre étrangère et la guerre civile obligèrent dès le début le souverain à s'imposer par la force. La couronne fut et resta toujours héréditaire. Les Cortès, réunies à de longs intervalles et en des circonstances plus ou moins critiques,

n'exercèrent que bien rarement une influence appréciable. Le plus souvent, elles ne furent convoquées que pour couvrir d'une apparence de légalité des mesures fiscales rigoureuses. Dès l'époque du roi Diniz, l'une des plus grandes figures de l'histoire lusitanienne, l'absolutisme du pouvoir souverain était à peu près complet et consacré. Sans doute, cette autorité sans limites fut souvent discutée et combattue, mais ceux qui se posaient en adversaires du roi n'avaient nullement pour idéal la sauvegarde des libertés publiques. Nobles et prélats ne recherchaient, dans la révolte et les complots, que l'acquisition ou le développement d'une situation personnelle privilégiée. Les petites gens avaient à se plaindre d'eux plus encore que du pouvoir royal, et les sessions des Cortès sont remplies de l'écho de leurs doléances contre les exactions des puissants. Aussi, les périodes où la faiblesse du souverain permettait aux grands de ressaisir quelque autonomie, n'amenaient parmi la nation que l'indiscipline, le désordre et la guerre civile, non la liberté et la décentralisation.

La désorganisation et la corruption produites par les expéditions d'outre-mer, par l'exploitation abusive des colonies, par la domination espagnole, achevèrent d'ailleurs la ruine des dernières traditions d'autonomie locale, au moins dans toutes les parties accessibles du pays1. La noblesse devint une pépinière de soldats, de fonctionnaires, de courtisans, vivant des ressources du Trésor, ou dans la domesticité honorée de l'entourage royal. La bourgeoisie demeura affaiblie et sans influence. Le pouvoir absolu prit une forme définitive, régulière, bureaucratique, admirablement personnifiée par ce marquis de Pombal, qui fut si longtemps le maitre du royaume.

Cependant, le triomphe de la bureaucratie autoritaire est •toujours suivi de difficultés et de troubles, parce que, ainsi que nous l'avons déjà observé, il est impossible que des intérêts politiques étendus et compliqués soient gérés avec un succès

l . Xous avons montré comment les gens du Tras os Montes avaient su conserver jusqu'à l'époque actuelle une réelle autonomie, grâce aux circonstances particulières •lu lieu et du travail.

complet et prolongé par des organes centralisés. La chute de Pombal laissa le pays dans une situation extrêmement fâcheuse. La nation n'avait plus aucune action normale sur le gouvernement, entièrement livré» aux intrigues de cour, au caprice personnel et aux abus des factions. Peu après, les convulsions politiques de l'époque révolutionnaire et impériale compliquent encore cette situation. Le Brésil se sépare. La famille royale se divise en deux branches ennemies qui, ayant chacune son clan, se disputent le trône. Après bien des intrigues, bien des violences et bien des misères, la branche miguéliste ayant renoncé à continuer une lutte fatale à la prospérité du pays, la guerre civile prit fin, et, depuis 183i, la paix intérieure n'a plus été troublée que par quelques émeutes locales sans durée.

Est-ce à dire que l'existence politique du Portugal s'est écoulée depuis lors dans une paix régulière et féconde? Non, malheureusement. Les anciens, clans rangés autrefois derrière les chefs des deux branches de la maison de Bragance, et toujours prêts à prendre les armes, ont fait place à des partis politiques moins belliqueux, mais tout aussi ardents à se disputer le pouvoir et à en abuser. La charte de 1826, remaniée ou modifiée à diverses reprises de 1852 à 1896. a été inspirée par celle de l'Angleterre, comme presque toutes les constitutions occidentales '. En adoptant les éléments essentiels du régime politique anglais, les hommes d'État du continent ont prouvé généralement qu'ils ne lé comprenaient pas. Ils n'ont pas su voir, en effet, que ce régime reposait sur deux bases nécessaires : 1° une tradition longue et forte unissant les institutions politiques de la manière la plus étroite à l'évolution sociale de la nation britannique; 2° des libertés locales très étendues par lesquelles l'esprit public a été formé, éclairé, développé de génération en génération. Comme tant d'autres pays, le Portugal n'avait ni forte organisation de la vie privée,

1. Les Portugais ont pris pour modèles immédiats les constitutions du Brésil et de l'Espagne. Mais toujours, sons l'abondance verbeuse des textes, on retrouve le même esprit emprunté à l'Angleterre, accommodé dans l'application au régime social de chaque peuple, et. par conséquent, défiguré dans la plupart des cas.

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ni traditions politiques, ni libertés locales, ni esprit publie. C'est pourquoi le parlementarisme anglais ne pouvait donner là que de médiocres résultats. Demandons-nous ce qu'ils ont été effectivement.

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