CHAPITRE XI
AOTHROPOLOGIE DES IK)S1TIVISTES.
€ La Traie méthode pour étudier l'homme , dit M. Aug. Comte {Philo9ophie positive , 3* yoL, p. 274), c'est d'aller, non de Thomme au monde extérieur, mais du monde exté* rieur à Thomme , à la manière des naturalistes ; c'est de commencer par Tétude des êtres inférieurs , d'en suivre la série ascendante pour arriver enfin à Thomme , qui ne diffère des êtres placés plus bas que lui dans l'échelle zoologique que par la possession , à un plus haut degré , des mêmes facultés affectives et intellectuelles. On peut aisément reconnaître , principalement chez les animaux qui vivent avec nous , que non-seulement ils appliquent , de la même manière que l'homme , leur intelligence à la satisfaction de leurs besoins ; mais qu'ils s'aident , dans un certain degré , d'un langage correspondant à leurs relations. Les métaphysiciens (il veut dire les spiritualistes) aperçoivent, non une simple différence de degré {idem, p. 781), mais une différence de nature entre l'homme et les animaux. Â cette
grave erreur ils en ajoutent une autre qui n^est pas moindre, c'est une fausse appréciation des rapports généraux entre les facultés intellectuelles et les facultés affectives. Ils subordonnent toujours celles-ci à celles-là. Or c'est l'inverse qui est la vérité tant pour les animaux que pour l'homme ; {idem, p. 778); ce sont les affections, les penchants et les passions qui constituent les pricipaux mobiles de la vie humaine ; tandis que l'homme est représenté par les métaphysiciens comme un être essentiellement raisonneur, et capable de diriger exclusivement sa conduite d'après l'idée abstraite de devoir (p. 793); au lieu qu'habituellement la prépondérance appartient aux instincts , aux sentiments et aux passions. »
Tel est l'homme des positivistes : un être gouverné comme Tanimal par ses instincts et ses passions ; un être doué des mêmes facultés avec le seul privilège de les posséder à un plus haut degré. C'est bien là la doctrine à laquelle devait les conduire leur méthode toute d'observation extérieure. — En fait, il y a bien dans l'homme un être semblable à l'animal avec les mêmes instincts et les mêmes passions : mais cet être n'est que le ministre et le serviteur de l'homme , l'organe et l'instrument vivant de son âme , de son esprit, de sa raisoh , de son intelligence , de ses facultés supra-sensibles. La faute des positivistes n'est pas petite. Ils confondent l'outil avec l'agent, la machine avec le mécanicien , la monture avec son cavalier : confusion d'autant plus impardonnable que tout en assimilant l'homme à l'animal , ils l'en séparent , à leur insu , par la distance la plus grande et la plus profonde, puisqu'ils en font un êlre foncièrement calculateur , géomètre , astronome, physicien, chimiste et physiologiste.
U& reiDUt[Ojenl aiTtHs niisoa que tout homne est pins ou muiti» 6utlîli«^r iTec fidée de nombre ; qn'ii nV en a on $^ul à qui cotte idée soit tout-à-Ëiit étrangère. Tons hammt^ ^vout compter, additionner, sonstraire^ ^UitH'» di> i^T. Us savent é^'aluer les choses snivant le novibluv , b poid;» et la mesure. Or , comme Ta dit nn grand iHrrtvaia» le nombre a ote réservé aux senis êtres inteili^ents: il 0^ d'uutî sphère supérieure à ranimai. Compreflire h lois dos uombrt's c'est ôtre >ur !a voie de comprendre J-^ ^er$ ot l\H*dre i(ui v a ôto ôtaini; car c'est ?nr la scioice vies nombres viue s'apimie rjisir.^aomie. Ou ae var«-*3fl pas^ v(uaud on a a^'iT-* ^ ^ravur !a jraade êcaeiLe ies oonhie^? Où île sv.uit vas il!cs 'es 'v.t.er h es >'cwtGn? pm^^iTie da|.u-^> les ^st;:^î>u:<, '\m:mai ;osseùe es mmi^s -acii^e:^ .(ue /*îomme. Si^u-cmctic à inlojjv .n^'J-neor, poimiritt-ii uoos ^ttoîurer iaus si ^-'e rit'«iue^ :rîces. ii Jaùiies ni"idt?!5- Nv'tctti. de a s.:ciKe les iciu i-vs-*
Vu;re aad>e'!atii.e ics v^^t-i'i-ies- : .iâ jssnuiesii: ', !vî«:uc a \i:î. îKu i !> le . >>♦. ut ie loos Tarr^^r ut :-^ ^itiiù •...:• Jat .0 *Mînui'- >: r:i J vorib-St; f '■■ .on.-: .^viU.XiKS -t m 'Ui •>-•-:: ir^ rit-, '.lit rie - :rv*.'^î .c ;'u ^ ';'**\ -e *r •.^^-r tn ;*r ^-^s-. 1.* -Z^ii'*.-- :-i il j ^*yf>^ >>-»» iii .*> *' i> r.f -î i :r"-s^ l.\::.zï;ii. ri'Ls- .;:^<»t; ^-'r. v ^ it . '*\ n/it:, .■..,. ^^tic a T'^rru-T Tir-
•j: * -^. . . •^> — ->- - - - •iL.'r i: .stî —
bien qa^il le fasse , il le foit sans apprentissage préalable , par pur instinct , c'est-à-dire par une impulsion inyolontaire , mais toDJoars sûre ; pins que sûre, presque infeillible. Ce qui prouve que Tintelligence dont il donne des signes n'est le fruits ni de son travail, ni de ses réflexions ; qu'à proprement parler elle ne lui est pas personnelle. L'bomme toujours en progrès : Tanimal toujours immobile : n'est-ce pas là une immense distance , un véritable abime entre ces deux êtres ?
Et taut-il voir une moins grande différence entre ces deux êtres dans Tidée de devoir toujours présente à la conscience humaine et toujours absente de la vie de ranimai ? Le devoir, c'est la parole du sacrifice , de Toubli de soi-même , du dévouement , de l'héroïsme : c'est Técole des plus hautes vertus. Le devoir implique le droit et la liberté ; il donne naissance à la vertu , et par la vertu au mérite, et par le mérite il donne droit à une vie meilleure. Le devoir est inséparable des deux idées de l'àme et de Dieu. Par conséquent, à lui seul il renferme la réfutation la plus complète du positivisme. Il ue faut donc pas s'étonner qu'Aug. Comte range cette idée parmi les idées abstraites qu'il déclare dépourvues de toute valeur objective. C'est un moyen de se débarrasser d'un ennemi un peu incommode. Mais que met-il à la place pour soulever la volonté et la faire agir? Les instincts, les besoins, les passions, tous les mobiles qui font mouvoir l'animal ; il abaisse l'homme au niveau de la brute ; il recule jusqu'à Epicure dont il vient grossir le troupeau.
 cet abaissement de l'homme, à cette assimilation qu'il en fait avec l'animal, le positivisme ajoute encore la grande erreur de la pluralité des races humaines. <;: En
. ■■ K-.r Boii''
être réelle , exigerait que les hommes des diverses races n'eussent ni les mêmes organes , ni les mêmes facultés ; mais, jusqu'à ce jour, l'expérience, l'observation et l'histoire ont prouvé le contraire. Les seules différences constatées entre les hommes sont celles qui proviennent de l'inégalité des dons de la nature et de l'inégalité de culture de leurs facultés morales, physiques et intellectuelles; l'identité d'organisation est un fait depuis longtemps avéré : cette identité entraine avec elle l'unité morale, attendu que des organes ou des instruments identiques impliquent l'identité des facultés dont ils doivent seconder l'action ^
A toutes ces erreurs, le positivisme a encore eu la bonne fortune d'en ajouter une nouvelle, savoir : la grande erreur des temps modernes , la cranialogie ou phrénologie. Àug. Comte fut des premiers à s'enrôler sous la bannière de cette nouvelle doctrine qu'il interpréta dans le plus mauvais sens. Gall subordonnait les organes cérébraux aux facultés mentales. Aug. Comte fait tout le contraire ; il subordonne les facultés de l'intelligence et de la volonté aux organes, ce qui le conduit tout droit au fatalisme et au matérialisme, et par conséquent le confirme dans ses principes. — « Mais la phrénologie, a dit M. Littré {Philosophie posilive, p. 545 et 541), n'a pas besoin d'être réfutée ; elle a succombé devant les épreuves auxquelles elle avait été soumise. C'est la démonstration par excellence et la seule qui doive faire la conviction. Ni l'examen des têtes d'hommes célèbres par des penchants marqués ou par un
* Voyez notre Unifé des races humaines démontrée par la pliysiologie et la psychologie, année 4864. Paris, chez Hachelle, libraire.
génie exceptionnel , ni l'élude directe des têtes des suppliciés ^ ni les lésions infligées au cerveau par les maladies ou les accidents^ ni Taliéuation mentale^ ni la comparaison de l'homme avec les animaux , rien n'a pu donner l'évidence aux organes et aux facultés tels que Gall et ses disciples les avaient établis. Remaniée vingt fois, la phrénologie n'a pu vivre. »
On peut donc dire de l'anthropologie des positivistes que ce qui la distingue c'est le privilège de reproduire toutes les erreurs anciennes et modernes qui ont été émises sur la nature de l'homme depuis Épicure jusqu'à nos jours. Et par un nouveau privilège, en réduisant l'homme à sa partie extérieure, à l'être animal qui n'en est que le serviteur, l'anthropologie des positivistes n'a pas même réussi à le bien comprendre , à le bien expliquer. Elle n'a fait preuve ni de savoir anatomique , ni de savoir physiologique. Par exemple est-il permis de ne voir dans l'homme, même physique , qu'un être un peu plus perfectionné que ceux qui le précèdent dans la série animale , tels que le chimpansé ou l'orang-outang? La distance n'en est-elle pas immense? L'homme seul marche ; l'homme seul a une main; l'homme seul a une physionomie ; l'homme seul regarde le ciel ; l'homme seul parle et peut parler.
On n'a pas assez remarqué le mécanisme de la parole : il est plus compliqué qu'il ne parait ; le son , à sa sortie des cavités pulmonaires , dès qu'il a traversé la glotte , est modifié d'abord par le plus ou moins d'ouverture de la bouche d'où naissent les voyelles; ensuite par l'intervention du palais, du gosier, de la langue, des lèvres et des dents d'où naissent les consonnes appelées gutturales, palatales , linguales , dentales et labiales du nom de l'organe qui
concourt à les former. Les voyelles se produisent par la seule émission du son uniquement modifié par Touverture plus ou moins grande de la bouche. — La cavité buccale dans rhomme n'est pas la même que dans les autres animaux ; elle a été appropriée à rémission et à la modification de la voix par Tarrangement des dents et la forme des joues ; il sufSt de Tabsence de quelques dents pour altérer le son et la prononciation. Quelle délicatesse n'a-t-il pas fallu à ces divers organes pour produire l'infinie variété des sons qui entrent dans la composition des langues parlées par tous les peuples de la terre ? L'observation microscopique finira par y découvrir des secrets restés inconnus jusqu'à ce jour faute d'avoir songé à les chercher.
Helvétius disait, en parlant de la main de l'homme, que si, au lieu de finir par cinq doigts, elle s'était terminée par un sabot de cheval , nous serions encore errants et vagabonds dans les bois. Certes ce n est pas la main qui nous a civilisés ; elle n'est qu'un instrument. Mais combien est grande sa perfection ! Quel* outil incomparable à le juger par la multiplicité des usages auxquels il est employé, et par la beauté des œuvres qu'il concourt à produire? Le singe, dit-on , possède le même organe. Il n'en est rien; les apparences nous trompent. Les cinq doigts de sa prétendue main vont ensemble sans pouvoir se séparer; ils fonctionnent comme une patte d'oiseau qui se serre tout entière autour de la branche qu'elle saisit. Les doigts seuls de l'homme agissent séparément pour remplir chacun un office distinct. Â l'homme seul le privilège d'opposer le pouce à l'index, pour former, par leur union, comme une pince ou une tenaille. Quelle finesse ne faut-il pas encore dans les doigts pour tirer d'un instrument à cordes , d'une
lyre par exemple , les sons harmonieux gabelle fait entendre ?
Et le regard de l'homme naturellement tourné yers le ciel ! Cette direction de Tœil de bas en-haut , qui s'opère sans effort, est impossible à Tanimal prédestiné par ses besoins à regarder toujours vers la terre. Et la physionomie humaine où viennent se peindre toutes les passions , tous les sentiments les plus intimes de Fâme ! Sait-on de combien de muscles est formée la peau de son visage siège de la physionomie? Pas moins que de vingt-huit. Tandis que chez le singe le même organe est formé d'un seul muscle qui se plisse , se contracte ou s'allonge pour exprimer ses contrariétés ou la satisfaction de ses appétits gloutons. Et quelle force d'expression , quelle éloquence dans le seul regard ! A travers la prunelle comme à travers un miroir ^ deux âmes semblent s'entendre, se reconnaître et se parler. Ce seul échange de regard suffit quelquefois pour donner naissance aux plus profondes sympathies.
Essayez de faire marcher un homme à quatre pattes , et vous verrez combien ce mode de locomotion est en désaccord avec sa nature. Ce désaccord n'est pas moins frappant quand vous faites marcher Tanimal debout. Il chancelle sur ses pieds parce qu'il lui manque , en totalité ou en partie , l'os calcaneum sur lequel s'appuie la jambe pour opérer le mouvement de la marche. Le singe, le plus ressemblant à l'homme par le dehors , a beau se tenir debout , ses bras louchent presque à terre, parce que destinés comme pattes antérieures à porter le corps en avant et à soutenir la tête, ils sont beaucoup trop longs ; aussi à peine a-t-il marché quelques instants debout, qu'épuisé et tourmenté par la gène de cette attitude , l'impatience le prend et le ramène
à sa station habituelle. Il faut ne pas savoir un mot d'anatomie pour faire , du singe le plus parfait , l'analogue de riiomme, môme seulement sous le rapport physique. Cette immense différence entre l'homme et Fanimal , môme au seul point de vue de l'organisation , est une conséquence nécessaire de sa supériorité morale et intellectuelle sur l'animal.
La conclusion de l'anthropologie des positivistes est digne de son commencement. Le couronnement répond au début. « L'ancienne hypothèse de deux substances accolées, pour former l'homme, ne doit ôtre maintenue, dit l'un d'eux {Revue des Deux-Mondes, Avril 1888, p. 504), que pour la commodité du langage. Elle est vraie, si l'on entend parler de deux ordres de phénomènes ; mais elle est fausse si on l'entend d'un nouvel ôtre venant s'adjoindre, à un certain moment, à l'existence organique de l'embryon, qui auparavant, ne méritait pas le nom d'homme. L'âme ou la conscience individuelle n'est qu'un résultat. Les sciences positives protestent contre la prétendue infusion de l'âme au corps. Elles ne voient pas le moment où l'âme, telle que l'entendent les spirilualistes, vient s'ajouter au corps. Rien d'expérimental ne leur démontre cette infusion. i> {Revue des Deux- Mondes , 1860, p. 391.) De qui sont ces lignes qui , sans façon , suppriment l'âme dans l'homme? De l'auteur de la Vie de Jésus, C'est par la négation de l'âme qu'il s'est préparé à écrire la vie de Celui qui est venu dans ce monde uniquement pour sauver les âmes par l'expiation, le repentir et l'amour. Un matérialiste, se faisant juge et historien de la vie du Sauveur et du Rédempteur des âmes, et nous disant que nulle part dans l'Évangile on ne trouve la distinction de l'àme et du corps , n'est-ce
■> le
jxe '
-sy?
r-ai^^
vV^
^ve
,^ -*^ • 'Vî**--
^^^ÏJO»^