‹ Le positivisme au tribunal de la scienceChapitre 15 sur 20 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

us fÛSntffSm ASOfETTK^'ILS LE DROTT ET LA UÊEKlt, CES WXX BASES fOJDÀJtE^àUS DE TOOES LES SOOÉJtS

noiAj?nes?

Une telle question semble une injure : elle le serait , en eflet^ ponr tonte antre école qne Fécole positiriste. Mais les partisam de cette école se piqnent de (aire table rase des idées anciennes^ de les renonyeler tontes comme ayant fait lenr temps ponr les remplacer par de meilleures. Le nontel ordre social qn'ils se proposent d'établir, doit être nonrean de la base an sommet. Anssi^ bien qn'ils parlent dans lenrs écrits dn droit et de la liberté, il ne s^ensnit pas qu'ils les admettent ; car, ainsi que nons le savons , ils ont rbabitnde, en supprimant les choses, d^en retenir les noms. An reste, ponr les bien juger, il faut les entendre, et surtout bien préciser la question.

Il est un grand nombre de libertés : liberté de penser, liberté d'écrire, liberté de conscience , liberté civile , politique, individuelle, etc... ; mais toutes ces libertés bien

comprises ne sont qu'une extension^ qu'un agrandissement , qu'un développement y sur une plus grande échelle , de la première de toutes les libertés, de la liberté-mère et principe de toutes les autres , de la liberté qui consiste à choisir entre le bien et le mal ; car cette liberté ôtée, toutes les autres tombent d'elles-mêmes. En effet, quelle liberté est possible chez un être asservi dans son for intérieur^ maîtrisé dans les premiers mouvements de son existence et dans ses mouvements les plus intimes? Quel que soit le nombre des actes qui viendront s'ajouter à ses premières opérations, ils ne feront évidemment qu'agrandir sa servitude ; ils multiplieront ses évolutions et ses rouages , sans changer sa nature qui est celle d'un automate. Il ne faut donc pas se faire d'illusion ; quiconque porte atteinte à la liberté morale, quelqu'éloge qu'il fasse d'ailleurs de la Hberté , qu'il le sache ou qu'il l'ignore , détruit toutes les libertés ; il n'en laisse subsister aucune : il les frappe dans leur source commune.

Il en est de même du droit. Les divers droits dont les sociétés humaines sont en possession, qu'elles exercent par elles-mêmes ou qu'elles font exercer par des mandataires , que l'on trouve écrits, analysés, détaillés dans les codes de chaque peuple, impliquent et supposent tous un droit primitif , fondamental , qui en est le principe générateur, el que pour cette raison on appelle le droit naturel ou la législation primitive écrite dans toutes les consciences pour servir de règle et de modèle à toutes les législations faites par les hommes. Or, il va de soi que le droit primitif, expression des rapports qui unissent lés hommes entre eux, est aussi invariable que la nature foncière de l'homme, laquelle , depuis l'origine des siècles , n'a pas acquis une

faculté de plus, comme elle n'en a pas perdu une seule. Ce qui change, en fait de droit, ce ne sont pas les principes, mais les applications qu'en font les hommes , suivant leurs divers degrés de civilisation, et suivant les temps et les lieux où ils vivent. Un droit toujours changeant, toujours autre, suivant les peuples et les âges, ne conservant d'autre identité que celle du nom , ne serait évidemment qu'un droit nominal. Donc, refuser de reconnaître un droit permanent et invariable, un 'droit principe, le même dans tous les temps et dans tous les lieux, quelque grand respect que l'on professe d'ailleurs pour les diverses espèces de droits en vigueur chez les peuples , c'est, en réalité, les saper tous par leur base ; car, là où il n'y a pas de fondement, il ne saurait y avoir d'édifice.

Cela expliqué, Voyons si, en fait, l'école positiviste admet le droit et la liberté. L'un des grands principes de cette école, dont elle fait parade et qu'elle affiche partout, c'est d'exclure ce qu'elle appelle l'absolu ; c'est de ne reconnaître que des idées relatives, a: 11 n'y a , dit-elle , que du relatif dans les connaissances humaines : l'un des faits les plus importants pour l'histoire de l'humanité, dit M. Littré, {Conservât. y p. 10), c'est le caractère essentiellement relatif de toutes les conceptions humaines ; même de celles que l'on regarde comme étant les plus absolues : s'il était possible de transporter avec leurs idées les hommes des générations passées dans les temps présents , ils y seraient mal à l'aise , et ne pourraient se conformer à notre régime mental. Les opinions , les institutions sont relatives à la position que les peuples occupent dans le temps. Il suffit de les déplacer quelque peu dans l'espace historique , ou dans l'espace géographique , pour trouver les idées humaines

inapplicables. » — Ce que dit M. Littré, son maître l'avait dit avant lui : a: Le caractère purement relatif de toutes nos connaissances étant ainsi habituellement reconnu (Aug. Comte, Philosophie positive, t. VI, p. 842), nos théories quelconques seront toujours destinées à constituer, eu égard à une réalité qui ne saurait jamais être entièrement dévoilée , des approximations aussi satisfaisantes que puisse le comporter , à chaque époque , l'état correspondant de la grande évolution humaine. » — Ce qui veut dire en termes un peu plus clairs , que l'humanité évoluant sans cesse , à chaque évolution , les idées , les opinions , les institutions changent à leur tour ou tombent en désuétude pour faire place à de nouvelles, et toujours ainsi à chaque grande époque de l'humanité. Les idées de droit et de justice doivent donc aussi subir la même transformation ; les anciennes faire place à de nouvelles, lesquelles seront bientôt remplacées par d'autres ; de telle sorte qu'il n'y a plus un seul et même droit pour tous les hommes , mais autant de droits qu'il y a de temps et de lieux divers. Et tous ces droits étant également bons, chacun pour son temps , et pour tel ou tel peuple, et cessant de l'être dans un autre temps, et pour un autre peuple, il s'ensuit qu'ils n'ont qu'une valeur locale ou de convention: car ce qui est droit , vraiment droit , ne peut jamais cesser de l'être. — On ne sera donc pas étonné d'entendre le chef de l'école positiviste reprocher au phrénologue Spurzheim {Philosophie positive, vol. 3, p. 825), d'avoir érigé le sentiment du juste en un sentiment fondamental, ce qui entraînerait, pour tous les hommes , des notions identiques de droit , et irait , par conséquent, contre le système des évolutions périodiques, a: Le sentiment du juste , dit-il, n'est que le résultat des

faculté^ affectives , éclairé , en chaque cas , par une convenable appréciation intellectuelle des rapports sociaux^ Cette erreur de Spurzheim (d'avoir reconnu un sens moral, un sens du juste) est, ajoute-t-il, d'autant moins excusable, que Gall, son maître, l'avait soigneusement évitée et même signalée. » — Ainsi, d'après M. Aug. Comte, nous n'avons pas de sens primordial du droit et du juste. C'est une idée qui nous vient accidentellement à la suite de l'appréciation des rapports sociaux, et qui est sujette, comme toutes les autres, au changement inséparable des grandes évolutions humanitaires. Donc, pour cette école, il n'existe point de notion invariable du droit ; par conséquent, il n'existe pas pour elle de droits réels.

Nous venons de voir que l'école positiviste ne reconnaît pas de droits véritables. Reconnaît-elle au moins la liberté, ce grand attribut fondamental de l'humanité? — Écoutons sa réponse : « La volonté, dit M. Littré, le grand interprète de la doctrine , est une action cérébrale : toutes les fois qu'un homme sain et normalement organisé a voulu, a fait, ou a dit une chose, aurait-il pu en vouloir une autre? Oui, répond M. Littré, mais en ajoutant : il aurait pu en vouloir une autre , d'après l'activité prépondérante de ses facultés ou de ses fonctions cérébrales, autres que celle qui l'a emporté. » {Dictionnaire de Nysten, art. Libre arbitre.) — Ce qui signifie que l'homme va toujours dans le sens où l'entraîne la prépondérance de telle ou telle portion de son cerveau. — a: Ce qu'on nomme moral, intelligence, dit-il encore (Philosophie positive , p. 540), se ramène à un certain nombre de facultés irréductibles qui ont pour sièges autant d'organes ou de parties distinctes dans le cerveau : et il faut comprendre que les facultés affectives , morales et

iûtellectuelles , au lieu de former un domaine indépendant de la physiologie, sont, comme toutes les autres fonctions de rétre vivant , attachées à un organe qui est ici le cerveau. » — Ce qui est parfaitement d'accord avec ces paroles du même écrivain ( Paroles de philosophie positive , p. IS) : a: L'histoire est un développement de rhumanité déterminée par les conditions de sa nature cérébrale, et par la manière d'être du monde , 2> plas clairement par l'influence des milieux. Donc, étant donné un peuple avec sa constitution cérébrale et son climat, on peut prédire, à coup sûr, la suite des actions dont se composera son histoire.

Ce que nous venons de lire n'est au reste que la traduction des paroles et de la pensée du maître, ce La nature humaine, nous dit Aug. Comte {Philosophie positive , t. 3, p. 78), au lieu d'être unique est multiple, est sollicitée presque toujours , en sens divers , par plusieurs puissances ou facultés très-distinctes et pleinement indépendantes les unes des autres entre lesquelles Téquilibre est fort rare. Et c'est pour exprimer cet équilibre fictif qu'a été imaginée la fameuse théorie du moi , pour correspondre à l'unité de l'âme imposée par la théologie à la philosophie qui n'en est qu'une transformation. La pluralité de nos facultés essentiellement distinctes et radicalement indépendantes, soit affectives, intellectuelles ou morales , correspond à la pluralité des organes cérébraux. » {Philosophie positive , t. 3, p. 795.)

H faut rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs, qu'Aug. Comte s'était fait phrénologue , qu'il avait même créé une classification des facultés et des organes encéphaliques qui lui était personnelle (Voy. même ouvrage, t. 3, p. 797);

mais une difficalté Tarréta : ce fat raccusation de détruire la responsabilité des actes humains. Dans une note , au bas de la page 797, il repond, croyant se justifier ainsi, qu'il n'y a pas d'organe spécial du vol ; que le vol n'est qu'une aberration du sentiment de la propriété , quand ce sentiment^ n'est pas contenu par le moral ou la réflexion. » — Et le moyen de le contenir quand il est rendu prépondérant par son organe ! M. Aug. Comte oublie qu'il a mis le moral tout entier sous la dépendance du cerveau . Comment se tirer de là? Il n'y avait qu'un moyen : c'était de faire du cerveau un agent responsable ; mais jusqu'ici aucun matérialiste n'y a songé, pas même les positivistes. Us ont donc beau faire : leurs efforts échouent môme pour sauver les apparences ; le fatalisme déborde de toutes parts de leur système. C'est ce qu'a parfaitement compris un autre disciple de la même école, M. Taine, qui, plus hardi, n'a pas hésité de dire , sans ménagement : « L'automate spirituel , qui fait notre être , marche suivant l'impulsion donnée , et irrésistiblement dans la voie tracée. Ce que nous appelons notre esprit , notre âme , est une machine construite aussi mathématiquement qu'une montre. Si tel ressort l'emporte, il accélère ou fausse la marche des autres , et l'impulsion qu'il leur communique échappe au gouvernement de notre volonté, parce quelle est notre volonté même. y> (Voy. Essais de critique, p. 339.)

A ces citations, que répondre? M. Littré, à l'exemple de son maître , se défend contre l'imputation faite à son système d'entraîner à sa suite l'irrésistibilité et Tirresponsabilité des actes humains. Il sent le coup porté à sa doctrine par un corollaire aussi anti-social. Mais ce qu'il a dit, il devait le dire : ses principes l'y condamnent. L'alternative

est inévitable. Il faut abandonner le système ou le suivre jusqu'au bout, en disant tout haut que si la volonté , comme il le prétend ^ est dominée par le cerveau , elle n'a point à répondre de ses actes. Le matérialisme implique le fatalisme. Qui veut le principe doit vouloir les conséquences. — Le phrénologue Spurzheim sauvait le libre arbitre en faisant du cerveau le simple instrument multiple de nos diverses facultés mentales^ morales et affectives ; car un instrument n'est pas un maître. Mais le système de M. Littré est tout autre. Il ne veut pas qu'on puisse reconnaître les facultés mentales autrement que par l'étude des organes. « C'est , dit-il , rayer d'un trait de plume la philosophie positive y que de déterminer et d'admettre subjectivement , c'est-à-dire par l'observation intérieure des facultés mentales y sans vérifier anatomiquement si elles sont réelles ; c'est rentrer en pleine métaphysique (traduisez : en plein spiritualisme ) que de considérer les facultés indépendamment de l'organe. }) {Philosoph. positive, p. 547.) — Ainsi cela est clair ; fonctions et facultés^ tout dépend de l'organe, tout dépend du cerveau ; le moral est maîtrisé par le physique. L'histoire c'est le développement de l'humanité » d'après les conditions de sa nature cérébrale.

Aucun doute n'est donc possible. Les positivistes n'admettent ni droit, ni liberté, ces deux grandes choses sur lesquelles reposent et ont reposé jusqu'à ce jour toutes les sociétés humaines. Que mettent-ils à la place pour faire marcher régulièrement une réunion d'hommes ? Ils y mettent deux grands ressorts, qu'ils appellent les maîtresses pièces de leur édifice social ; ces deux grands ressorts c'est le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel : ces deux pouvoirs résument tout leur mécanisme social. Le premier c'est

le pilote cbargé de la condnite da nayire ; le secosd c'est féqnipage qui a pour fonction d'exécuter les ordres dûimés. Les passagers c'est le peuple qu'il s'agit de bioi gourenier et de bien conduire. Le pouvoir spirituel délib^ , prononce , décide , règle d'avance dans sa pensée ce qu'il &nt faire. La science est son privilège. De sa lumière il éclaire la marche du vaisseau social ; il en tient et dirige le gouvernail ; il prévoit et évite les écueils ; il ordonne , il prèscht ; il est à la fois législateur et assemblée délibérante : il préside aux mouvements des idées et des intelligences ; il forme et dirige l'opinion publique : il est la tète, l'ei^rit, la pensée du corps politique ; dès qu'il a parié , le pouvoir temporel se met à l'œuvre pour exécuter ses ordres. Son rôle est d'obéir et de faire obéir aux décisions du pouvoir suprême ; et au besoin de faire intervenir l'emploi de la force , emploi toujours légitime , dès qu'il s'agit de courber les volontés rebelles sous l'emploi de la loi.

On ne saurait reprocher à ce système de gouvernement d'être trop compliqué. Jamais organisation sociale ne fut réduite à des termes plus simples : une tête et un bras. Que la tête soit bonne et le bras paissant y l'ordre et la prospérité de la société sont assurés» La seule difficulté est de savoir à qui seront confiés ces deux pouvoirs , et par la main de qui ils s;.Toat conférés. En règle générale , la délégation en sera faite par le suffrage universel. Seulement au début, afin d'aplanir les difficultés, les plus compétents seuls seront cbargés de ce soin.

Voyons maintenant ces deux pouvoirs en action ; voyons comment ils s'y prendront pour se passer du droit et de la liberté. — Dès qu'un désordre se produira où ira-t-on en chercher le remède ? Dans le système de la liberté , on a

recours à des peines de divers degrés qui ont pour but de faire rentrer le délinquant en lui-même y de le ramener à de meilleurs sentiments. Si ces peines ne réussissent pas toujours à amender le coupable ^ elles ont du moins le mérite d'être en harmonie avec la nature de son être qui est de comporter correction et amélioration. Dans le système positiviste, ce moyen n'est pas applicable. Le coupable n'est pas un être libre et par conséquent susceptible d'être réformé. C'est un automate malfaisant et poussé à mal faire par la nature des ressorts qui le font mouvoir : c'est un mauvais rouage qui trouble l'harmonie du mécanisme social. Que faire alors? Sacrifier le tout à la partie ? Ce serait folie. Un seul remède est possible et rationel , c'est de supprimer le rouage qui va mal , de^ le briser, de le retrancher tout-à-fait ; car il n'y a pas d'espoir de le modifier. Et puis y quel mal lui fait-on en le faisant passer de la vie actuelle à l'éternel repos ? Le code pénal des positivistes, conséquent avec lui-même, ne doit donc comporter qu'un seul genre de peine , la peine de mort. L'échafaud doit être en permanence, et le bourreau remplacer le prêtre qui perdrait son temps à prêcher- des êtres qui , faute de liberté , ne sont pas plus coupables que la foudre, l'orage, la maladie, la peste, et tous les autres fléaux de la nature physique. Telle est, du côté de la liberté, la seule innovation que puissent réaliser les positivistes dans leur nouvel ordre social ; c'est celle qu'inaugura , au temps de la Terreur, la Convention nationale devant laquelle les positivistes sont à genoux, muets d'admiration.

Et le droit, comment vont-ils s'y prendre pour suppléer à cette nouvelle lacune? Ils n'ont pas besoin d'y suppléer. Us en conservent le nom en mettant la chose de côté , et

puis ne connaissent-ils pas un droit relatif, mobile et changeant, qui se confond pour enx ayec tont ce qni est prescrit par la loi ? Mais la loi est nne œuvre humaine , et pour les positivistes 9 il n'y a pas d'autre source de droit, que les décrets et les décisions du souverain législateur, c'est-à-dire du pouvoir spirituel. Dans leur système, rhonmie est l'unique artisan du droit ; dès qu'il est élevé au souverain pouvoir, tout ce qu'il ordonne est juste parce qu'il l'ordonne ; et tout ce qu'il défend est mal parce qu'il le défend; son autorité est suprême; elle prime tout, même la loi qu'il fait et défait à son gré. — L'ordre social positiviste est l'inverse de l'ordre social théologique , dans lequel le droit est élevé à la hauteur d'une règle souveraine devant laquelle tous les pouvoirs s'inclinent, à laquelle tout le monde doit rendre hommage, les plus grands comme les plus petits. Cette règle , c^est le vrai droit, le droit en soi, immuable et universel de sa nature, qui impose à tous les hommes des devoirs sacrés, qu'ils ne peuvent violer sans crime. Par conséquent , il surmonte l'humanité ; il est surhumain ou surnaturel ; car purement humain ou simplement au niveau de l'homme , il serait trop petit pour lui commander. — Dans le système positiviste, toute idée de loi surhumaine est écartée ; leur règle , à eux , c'est celle qu'a trouvée l'un de leurs ancêtres qai , avant eux, avait dit : Rien n'est vrai que ce qui est constaté par .l'observation extérieure. Cette règle, la voici: € Quand un vaisseau est surpris par un long calme, et que la famine , d'une voix impérieuse , commande de tirer au sort la victime qui doit servir de pâture à ses compagnons, on l'égorgé sans remords. Ce vaisseau est l'emblème de chaque nation. Tout devient légitime pour le salut public. »

(Helvéttos, De l'esprit , t. P% p. 213.) Nous pouvons donc ajouter , môme le meurtre d'un innocent , dont la vie est bien peu de chose quand on réduit tout son être à un peu de matière organisée. De la même façon, le pouvoir spirituel, en vertu de son autorité que rien de surhumain ne surmonte, qui, par ses seuls décrets, fait le juste ou Tinjuste, peut, au nom du salut public, ordonner légitimement le meurtre et Fimmolation de qui bon lui semble. L'exercice de son autorité est un véritable despotisme absolu , digne pendant de la servitude absolue que nous avons rencontrée dans les actes humains, déshérités de toute liberté. Ces deux choses se font écho et sont dignes Tune de Tautre. Et il ne faut pas venir nous dire que nous imputons à la doctrine des positivistes des conséquences odieuses qu'ils repoussent tous les premiers.

S'ils les repoussent, les principes Qu'ils professent les appellent et les réclament impérieusement. Il ne faut pas se payer de mots. Il faut voir les choses telles qu'elles sont, non à la surface, mais dans leur fonds intime. Or, que nous disent les positivistes? Qu'il n'y a pas d'autre droit qu'un droit relatif qui change avec les temps et les lieux , les institutions et les circonstances : que le droit émane de la loi, laquelle émane à son tour du législateur humain , sans être primé par aucune législation antérieure et supérieure. Le législateur humain incarné par les positivistes dans le pouvoir spirituel, est donc omnipotent pour faire et défaire les lois , et avec elles les droits qui en dérivent. Ils ont donc beau nous parler de droits et de liberté, leurs théories bien comprises n'aboutissent qu'à consacrer le double mal dont l'humanité travaille à se délivrer depuis l'origine des siècles, le despotisme et la servitude. Et il faut qu'ils acceptent

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de gouverner d'après ce grand principe : la majorité ntimériqtw fait la loi. Or, les prolétaires sont les plus nombreux, et par conséquent c'est à eux^ et à eux seuls, qu'appartiennent le gouvernement et la maîtrise de toutes choses. Et maintenant , lecteur, comprenez-vous pourquoi les positivistes combattent ou passent sous silence le socialisme. C'est pour écarter un mot qui fait peur, et ramener la chose , par une voie détournée , sous une autre enseigne. Faut-il leur en vouloir? Pas trop, peut-être; la lumière leur fait défaut bien plus que tout autre chose. Ils avancent poussés par la fatalité des conséquences qui sortent du principe admis. Quand on réduit la vie de l'homme à Tétroit espace qui sépare le berceau de la tombe , et que , par un nouveau rétrécissement, on lui fait une existence de pur automate intellectuel , que peut-on vouloir, si ce n'est le bonheur le plus facile à se procurer, le bonheur des jouissances sensuelles ? Et si , pour l'atteindre , il faut renouveler 93 ; s'il faut dépouiller ceux qui ont au profit de ceux qui n'ont pas , s'il faut opprimer les meilleurs au profit des plus mauvais , parce que ceux-ci sont les plus nombreux, pourquoi reculer devant ces procédés insolites? La tombe n'est-elle pas là pour ensevelir tous les préjugés Ihéologiques de droit et de justice absolue, de respect inviolable à la vie et à la propriété de tous et de chacun ? Matérialisme, fatalisme, athéisme et socialisme ; ces quatre choses sont inséparables : elles sont unies par un lien de fer que rien ne peut briser, le lien qui rattache les conséquences aux principes. La doctrine est ainsi faite ; il faut la prendre ou la laisser tout entière.

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