‹ Le positivisme au tribunal de la scienceChapitre 17 sur 20 · IH · texte numérisé non relu

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thode subjective au profit de la méthode objective ; que le passé ne nous autorisait nullement à regarder ces deux méthodes comme incompatibles; que leur combinaison était nécessaire pour compléter notre constitution logique; i> qu'y a-t-il d'étonnant, dis-je, qu'après être entré dans la voie de l'observation intérieure , il ait fait retour aux idées théologiques, retour incomplet, sans doute, mais assez considérable pour faire dire, à son représentant le plus avancé, que certaines de ses paroles équivalaient à une définition très-suiBsante de la Providence théologique. Ce qui est arrivé à Âug. Comte d'être ramené par l'étude et la réflexion à reconnaître la grande erreur du matérialisme , car le positivisme n'est pas autre chose , est arrivé à bien d'autres. Notre siècle nous en fournit plus d'un exemple de la part d'hommes très-éminents, pour le moins aussi éminents qu'Àug. Comte. En suivant l'ordre des dates, nous rencontrons d'abord Cabanis qui , dans ses deux lettres posthumes revient franchement au spiritualisme, lui qui a fait le livre le plus matérialiste qui existe, les Rapports du physique et du moral , qui n'est en réalité que le moral expliqué par le physique * . — Après Cabanis vient Brpussais qui a tant parlé et écrit en faveur de la pensée , fille du cerveau : et cependant on a trouvé dans ses papiers cette lettre adressée à ses amis : a: Je sens comme beaucoup d'autres qu'une intelligence a tout coordonqé ; je cherche si je puis en conclure qu'elle a tout créé : mais je ne le puis pas , parce que Texpérience ne me fournit pas la représentation d'une création absolue. Mais sur tous ces points., j'avoue n'avoir que des connaissances incoiipplètes ; et je

* Voyez nos Rapports du physique et du moral, \ vol. — Chez Hachette , libraire à Paris.

reste avec le sentiment d'une intelligence coordonnatrice que je n'ose appeler créatrice , quoiquelk doive têlre. > — Après Broussais c'est Tillustre Jouffroy qui nous a laissé de si lamentables regrets sur la perte de sa foi , et que nous avons vu travailler avec tant d'efforts à la reconstruire par le seul secours de la science et de la raison. Celui qui clôt la liste de ces intelligences dévoyées et surprises à leur entrée dans la vie par les sophismes du matérialisme^ c'est le plus grand et le plus fort de tous , c'est l'ancien ami de Cabanis, c'est Maine de Biran. La publication faite après sa mort , de son journal intime , nous a révélé un secret inconnu de tous y le secret de ses longs doutes , de sa primitive incrédulité suggérée par les doctrines sensualistes de son temps , dont il n'avait pas su d'abord se préserver , et surmontées enûn par la science et les inspirations d'une raison supérieure. À cette liste je serais tenté d'ajouter un nouveau personnage collectif, la fameuse Convention nationale dont la majorité numérique, sur la proposition de Jacob Dupont décréta un beau jour, en Décembre i793, la suppression de l'existence de Dieu. Mais bientôt épouvantée de son œuvre , elle se hâta d'effacer cette honte , en instituant la fête de l'Être-supréme , fête à laquelle elle assista tout entière. L'anglais Mil, l'honneur et la gloire de l'école positiviste, vient de publier un ouvrage dans lequel il s'efforce de concilier le positivisme avec lés idées théologiques qu'il ne veut plus exclure. C'est un retour que M. Liltré ne lui pardonne pas. (Voy. Reme des Deux-Mondes, Août 1866.)

La conclusion, suggéra par ces faits, c'est que le matérialisme, s'il peut surprendre une intelligence novice et désarmée, ne peut prendre racine dans un esprit qui cultive

ses facultés supérieures aussi bien que ses facultés inférieures; ses facultés scientifiques aussi bien que ses facultés organiques. La culture et Texercice de Tintelligence et de la conscience lui donnent le sentiment habituel d'une force interne qui maîtrise les organes , qui les fait obéir , qui se reconnaît le principe de leurs mouvements , le foyer générateur de toutes ses actions , et à ce titre souverainement responsable. Or responsabilité et matérialisme sont deux choses incompatibles. La force responsable et libre, c'est l'âme. Et le sentiment de cette force étant l'état journalier de quiconque vit d'une autre vie que de la vie des organes, il suffit de ce sentiment pour prouver, d'une manière irréfragable , l'existence de l'âme , et par suite l'existence de Dieu qui en est un corollaire. Or l'âme et Dieu c'est tout le spiritualisme.

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