‹ Le positivisme au tribunal de la scienceChapitre 19 sur 20 · DE LA UOMLE INDÉPENDANTE · texte numérisé non relu

DE LA UOMLE INDÉPENDANTE

Les positivistes veulent deux choses qu'il n*est pas facile de concilier: d'une part une morale indépendante, et de Vautre des idées purement relatives, attendu, disent-ils^ que l'absolu est tout-à-fait ijiaccessible à notre esprit ; et cependant il n'y a de vraiment indépendant que ce qui est invariable^ que ce qui ne peut être modifié par aucun agent visible ou invisible quel qu'il soit. Or, n'admettre que des idées relatives , c'est n'admettre que des idées sujettes à changement, et par conséquent, dépendantes de ce qui peut leur apporter quelques modifications. — Un des leurs, et des plus forts, dit-on, M. Cari Yogt, président de l'Institut de Genève dans un ouvrage d'anthropologie, qu'il vient de publier, termine son livre par le passage que voici, qui explique bien clairement la pensée positiviste sur l'indépendance de la morale : « Nous n'avons besoin, pour fonder une morale » indépendante , ni de la crainte des châtiments , ni de l'es- » poir d'une récompense dans un autre monde. Il nous suffît

1 pour nous maintenir dans la bonne voie^ pour être hommes » parmi les hommes, de la conscience et du sentiment que » le droit égal de tous doit être notre règle de conduite, sans )) autre espoir que celui de l'approbation de nos semblables, » et sans autre crainte que celle de perdre notre dignité » humaine, que nous devons d'autant plus estimer qu'elle a » dû être conquise avec infiniment de peine par les efforts )) soutenus de nos ancêtres sur un état inférieur. y> (Voy. p. 628.)

Les trois points d'appui de la nouvelle morale sont donc : la conscience, le soin de sa dignité et l'estime de ses semblables. Ces trois choses sont d'une grande valeur et d'un grand secours pour fonder une morale. Toutefois^ une question préjudicielle se présente : Les positivistes ont-ils le droit de se servir de ces trois choses ; leur doctrine n'y fait-elle pas obstacle ? Le soin de sa dignité est un sentiment moral ; c'est l'équivalent du vieil adage : Noblesse oblige. Oui, il est. bien de vouloir se tenir à la hauteur de ses ancêtres, de faire effort pour ne pas dégénérer. Mais quels sont nos ancêtres, d'après M. Cari Yogt? Écoutez bien, lecteur, «et ne riez pas : ce sont... je n'ose le dire ; j'aime mieux céder la parole à notre auteur : « Mes amis , dit-il, p. 628, pour finir avec vous par un mot d'appui et de reconnaissance, vous reconnaitrez avec moi qu'il vaut mieux être un singe perfectionné qu'un Adam dégénéré. » Quoi ! les singes sont nos ancêtres ! Oui, d'après M. Yogt, qui a consacré dans son livre tout un long chapitre à défendre cette opinion , et c'est par les dernières lignes que nous venons de citer qu'il termine son plaidoyer. Mais s'il est vrai que nous venons des singes, nous voilà bien loin du sentiment de la dignité invoqué en faveur de la nouvelle morale; car ce sentiment est on ne peut plus étranger au caractère du singe ; et si les descendants doivent ressembler aux ancêtres, nous devons désespérer d'y jamais atteindre.

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