‹ Le positivisme au tribunal de la scienceChapitre 3 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

>JOLVELLE ORGANISATION SOCIALE

Celte nouvelle organisation sociale y il noos importe de la connaître avant toat, afin de jnger la doctrine par ses fruits. Au &it, tout ce qu'elle dit, tout ce qu^elle écrit n'a pas d'autre but que de refaire la société sur le modèle de ses idées et de ses croyances. En la voyant à l'œuvre nous serons plutôt initiés à tous les secrets de son système.

Son début est assez plausible : elle n'entend en aucune façon imposer ses idées ; sa première ambition est de les faire accepter par la voie de la persuasion et la liberté de penser. Aussi la première loi de la nouvelle société sera-felle la liberté absolue d'écrire, de discuter, d'enseigner, de répandre, de publier la vérité. Les esprits une fois gagnén et les intelligences ralliées aux nouveaux principes, la transformation sociale se fera d'elle-même sans secousse et sans violence. On passera, sans s'en apercevoir, de la lhé<M'ie à la pratique. Et la société , aprè^ s'être endormie

antipositiviste, se réveiller^ un beau matin pleinement positiviste.

Le principe fondamental du nouvel ordre social , c'est qu'il sera soutenu par deux grands pouvoirs , l'un spirituel et l'autre temporel. Le premier sera chargé d'instruire, d'éclairer les intelligences » de présider à la direction des idées ; le second , placé sous les ordres du premier, exécutera ce que celui-ci aura jugé de meilleur à faire pour la prospérité de la 'société nouvelle. Par qui seront nommés les chefs qui représenteront ces deux pouvoirs? (Littré, Conserv., p. 111.) Par le suffrage universel, sauf la première fois ; afin de simplifier le jeu du mécanisme ,' ce suffrage sera restreint entre les mains des plus dignes et des plus capables.

Le pouvoir temporel étant toujours subordonné au pouvoir spirituel, il en résultera un grand bien pour le nouvel ordre social : d'abord les chances de guerre s'affaibliront ou disparaîtront sous l'influence et la direction du pouvoir spirituel qui n'aura que des tendances pacifiques ; en second lieu, les délibérations parlementaires, si fécondes en paroles et si stériles en effets, deviendront inutiles. Le pouvoir spirituel dispensera d'y avoir recours, comme aussi il dispensera d'entretenir des corporations enseignantes, religieuses ou séculières. Il leur substituera son action unique qui sera plus qu'équivalente.

Ouels seront les enseignements du nouvel ordre social ? Le premier et le plus essentiel sera de mettre de c6té la préoccupation du salut personnel, qui, en détachant l'homme de la terre, le rend étranger ou indifférent aux intérêts de la patrie. Le dogme de la vie future est un problème. La science n'a pas constaté un seul fait de retour à

* • (9) ia vie après la mort ; et quant à ces jouissances infinies promises en échange de quelques vertus égoïstes^ rien n'est plus contraire au sentiment moral. C'est un système de calcul intéressé. (LrrrRÊ, Conservât., p. 123.)

Le second enseignement , qui comprendra toute la morale sociale^ consistera à inculquer ce grand principe^ qu'il faut servir l'humanité (p. 289) et loi donner résolument sa fortune et sa vie pour le succès de toutes les causes ou ses intérêts sont engagés. C'est l'amour de l'humanité qui inspire les grandes actions et les généreuses pensées ; il a sa source dans une disposition innée de notre nature. L'homme primitif aime sa tribu ; plus développé il aime sa patrie ; plus civilisé il aime l'humanité. Permis à l'homme des anciens temps d'avoir ignoré ce qu'il devait à l'humanité ; mais nous, le pouvons-nous? € Cette terre qui nous abrite {id,, p. 294), quelle main l'a ainsi préparée et embellie? Ces campagnes assainies et défrichées, ces rivières contenues, ces forêts primitives abattues, ces végétaux Irausformés par une longue et intelligente culture, ces animaux domptés et appropriés à nos usages , tout cela ne nous vient-il pas par héritage ? Et si nous mettons en regard l'autre domaine ; ces villes, ces merveilleux foyers de lumière, ces beaux arts, ces trésors de science amassés depuis tant de siècles , ponvons-noos recevoir tous ces biens sans remonter à la source d'où iU dérivent, et sans confesser notre dette et notre reconnaissance? L'humanité est notre Providence perpétuelle ; rien n'éebappe à sa bienveillante sollicitude. C'est donc vers elle que nous de%ons reporter nos hommages et notre culte ; car elle n*est point une conception fictive : elle n^est point semblable aux autres dieux qui ne doivent leur existence qa^à des inspira-

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tioDs subjectives. Elle vit , elle grandit , elle se déyeloppe sons nos yeax. Aidons-lai à grandir ; travaillons à son bonhear, car c'est travailler au nôtre ; servir Thamanité c'est nons servir nous-mêmes. Telle est la morale et la religion nouvelle qui s'élève précisément an moment 6ù tombent les castes sacerdotales avec leurs privilèges , et où les instincts populaires réclament de plus fraternelles institutions. » (LiTTRÊ, Conservai., p. 293.) Quant à la morale privée et à la morale domestique , nous acceptons la première des mains du monde payen^ et la seconde des mains du monde catholique comme un précieux héritage qui a droit à toute notre reconnaissance.

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