‹ Le positivisme au tribunal de la scienceChapitre 7 sur 20 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

le monde visible n^a de sens que comme expression

d'un monde invisible.

Nous venons de voir qne derrière Phninanité visible il y a rhumanité invisible à Tœil du corps y et que cette humanité est la véritable pendant que l'autre ne nous en présente qu'une image souvent infidèle. Cette dualité d'existence est-elle particulière à notre nature, où faut-il y voir une loi générale de l'univers? Le sentiment esthétique est un fait et un fait universel. Partout en présence de certains objets, l'homme s'arrête pour les contempler, pour les admirer, pour savourer le plaisir de les regarder ; il ne s'en détache qu'à regret. Et c'est pour satisfaire ce besoin de notre nature qu'ont été inventés les beaux-arts dont les chefsd'œuvre possèdent le privilège de provoquer partout des élans d'enthousiasme. Si maintenant on demande à quoi s'adressent ces élans, chacun répond qu'ils ont pour objet ce quelque chose qu'on appelle le beau. Et à cette nouvelle

question : Par quoi les œuvres belles sollicitent et captiventelles notre admiration? quelle autre réponse avons-nous à faire si ce n'est qu'elles ont la vertu de parler à notre âme, de dire quelque chose à notre intelligence? Admirons-nous ce qui ne dit rien à notre esprit^ ce qui nous laisse froids, ] indifférents? Et pouvons-nous nous intéresser à autre chose

qu'à ce qui a un sens , une parole plus ou moins significative, plus ou moins éloquente? Et puisque les objets qui nous attirent , nous captivent , nous retiennent auprès d'eux et nous ravissent quelquefois hors de nous-mêmes , puisent la force de cette attraction dans leur nature expressive, n'est-ce pas la preuve qu'ils ont un dedans et un dehors , un côté visible et un côté invisible , et par conséquent qu'ils reproduisent la loi de l'humanité ? En est-il autrement de la nature physique ? A ceux qui nous demandent compte de notre admiration en face de ses œuvres , ne répondons-nous pas sans hésiter que le secret de son charme c'est qu'elle est un livre ouvert à tous les yeux et le plus éloquent de tous les livres ? Et n'est-ce pas à son école que les grands artistes apprennent à faire parler le marbre , la pierre , le son , la couleur ? Chaque art bien compris est-il autre chose qu'un système de signes visibles et palpables destinés à traduire , à exprimer quelque chose d'invisible, d'impalpable que nous appelons le beau ; et ne peut-on pas en dire autant de l'univers céleste ou sidéral? Par-delà le firmament visible Kepler et Newton n'ont-ils pas aperçu un monde cent fois plus beau que celui qui frappait leurs sens ? et qu'a découvert leur intelligence, si ce n'est, dans toute sa sublimité, l'harmonie des lois mathématiques et géométriques qui président aux mouvements de ces grands corps qui se balancent sur nos têtes ?

Et maintenant y positivistes , dites-nous ce que vaut un système qui déshérite Thomme de Tobserration intérieure sans laquelle il ne peut se connaître , et de Tobservation intellectuelle qui seule lui permet de percer la voûte des cieux pour aller surprendre le grand secret des lois qui expliquent Tunivers visible par un autre cent fois plus beau deyaut lequel Tintelligence étonnée et ravie manque de paroles pour exprimer tout ce qu'elle sent ? — Oui , le monde comme Thumanité a sa double existence ; il a son dedans et son dehors , son ftme et son corps y si Ton peut ainsi parler. Le dehors ce sont les phénomènes visibles et matériels saisis et constatés par les sens ; le dedans c'est Tensemble des lois qui dirigent et gouvernent les phénomènes : les lois y cachées derrière les phénomènes , ne se voient pas ; elles échappent aux sens pour ne se découvrir qu'à rintelligence ; générales par leur nature et purement intelligibles , elles constituent le monde invisible manifesté par les phénomènes qui en sont la parole sensible.

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