‹ Le positivisme d'Auguste ComteChapitre 10 sur 26 · METHODES OBJECTIVES ET SUBJECTIVES · texte numérisé non relu

METHODES OBJECTIVES ET SUBJECTIVES

Ges réflexions faites, j'aborde la question de la méthode des sciences naturelles qui est, tout d'abord, la méthode d'observation, laquelle consiste à étudier les phénomènes et en déduire les rapports qui les unissent, et qui sont qualifiés du nom de lois, rapports dérivant de la nature des choses, suivant la belle définition de Montes(|uieu ; ou régissant les phénomènes suivant une conception absolument contraire à la précédente. Quoi qu'il en soit, cette méthode d'observation, déjà universellement pratiquée en cosmologie, avait aussi été employée en physique sociale, preuve en soit : Vico, Herder, Montesquieu, Gondorcet; sans oublier les économistes, tels que Quesnay, A. Smith, J.-B. Say. Et cependant cette physique avait abouti à la Révolution Française et au triomphe, des Droits derhomme,qui ne sont autre chose que l'anarchie en permanence, au dire du positivisme. La société qui avait besoin d'être restaurée, réorganisée, reconstituée semble l'être de moins en moins. En présence de pareils résultats le positivisme voulut tenter une suprême épreuve. Gomte donna d'abord, comme en se jouant, une philosophie des sciences, puis arrivé à 1^ sociplo^ie qui

devait être édifiée objectivement, c'est celle-ci, comme je Tai montré précédemment, et non la philosophie sus -dite qui accomplit le grand œuvre de la réorganisation sociale. C'est ainsi que le système a été humanisé, subjective dès son origine réelle, et qu'on a eu la très grande surprise, quand on se souvient du point de départ originel : le Cosmos, de voir réagir, suivant Texpression de Comte, le subjectif sur Tobjectif qui ne s'y attendait guère, puisque c'était lui qui devait faire la réforme et c'était lui qu'on réformait. L'homme était devenu le centre du monde dont l'humanité devait devenir la Déesse. Comte avait enfin trouvé sa voie.

Tous les admirateurs de Comte, qui ont de véritables connaissances philosophiques, l'ont approuvé d'avoir procédé à la synthèse des deux méthodes, ou à l'union des deux méthodes : employées l'une ou l'autre suivant la différence des cas. Mais on oublie alors que, dans la donnée première, qui appartient à Saint-Simon, il n'y avait point de différence réelle entre le Cosmos et ses lois, l'esprit humain et ses lois. C'était là tout simplement ce que les théologiens, les métaphysiciens, les Juristes et autres littérateurs ignoraient profondément. En effet, tous les phénomènes de la nature et de l'esprit relèvent, au dire du Réformateur, d'une loi unique qui n'est autre que Tattraction universelle, l'attraction newtonienne. D'où la nécessité pour y voir clair, en sociologie, de débu-

ter par les sciences de la nature, par le Cosmos lui-même.

La méthode objective étant la méthode d'observation extérieure, il est essentiel de montrer, sur ce chef. Terreur commise par Comte qui n'a pas su établir la différence entre la méthode d'observation pure et simple et la méthode expérimentale, ou qui a dédaigné de l'établir. Cette conduite lui a été inspirée, peut être, parce qu'il ne voulait admettre que deux choses : les phénomènes d'une part, et leurs rapports de l'autre, c'est-à-dire leurs lois de Tautre. II condamnait toute recherche des causes et toute explication relative aux faits observés, dans la crainte sans doute que l'esprit ne s'engageât dans la voie défendue : celle de la recherche des causes. J'en appelle à l'autorité de Claude Bernard pour montrer combien l'erreur était grave.

a Les sciences naturelles sont des sciences d'observation, ou descriptives. Elles nous donnent la prévision des phénomènes, mais elles restent des sciences contemplatives de la nature. Les sciences expérimentales sont des sciences expli^ catives. Elles vont plus loin que les sciences d'observation qui leur servent de base, et arrivent à être des sciences d'action, c'est-à-dire des sciences conquérantes de la nature. La physique et la chimie qui sont des sciences expérimentales, dans le règne dés corps bruts, ont conquis la nature inerte ou minérale, et chaque jour nous voyons

oettc côViqiuête s'étendre davantage. La jihysiolo-^ gie qui est la science expérimentale, dan^ le règne des fadf'ps organisés, doit ;cori(|uérîr la nature >îivapte 3) (1).

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