LOGIQUE
Quand j*ai dit que Comte manque de logique, il est bien évident que j'ai en vue cette logique rationnelle que ses admirateurs lui reconnaissent largement, les uns pour la totalité de son oeuvre (ceux qui croient à Tunité de sa pensée), les autres restreignant leurs louanges hyperboliques à la rédaction du Cours. Or, dans celui-ci même, il y avait une tendance hautement avouée de subordonner rintelligence au sentiment dont la première ne serait que Torgane ou l'instrument.
Pareille conception n'était qu'un premier pas dans une voie fatale que Comte a pu suivre longtemps sans même s'en douter. 11 en arriva à opposer à la logique de l'esprit la logique du cœur fondée sur la connexité directe des Emotions. En d'autres termes, il oppose à la logique rationnelle la logique du Sentiment. La logique rationnelle des constructions initiales fut régénérée, elle aussi, après la régénération des sciences, déterminée parla régénération de Comte lui-même qui fut due à une sainte passion. Quant à la régénération des sciences, elle procède de la religion posi-tive ou démontrée, dont elle constitue la dogmatique.
Ce n'est point, sans doute, par le fait de sa résurrection morale que Comte avait repensé, refondu toutes les sciences et les avait mises au point précis. En effet, il n'est ressuscité morale-
ment que grâce à Glotilde, qu'il n'a connue que tardivement. Clotilde de Vaux ou plutôt Devau^» suivant l'orthographe de M, J. Bertrand, qui était très lié avec son frère, Maximilien Devaux, détermina chez Comte, en 1845, une crise amoureuse qui passa à l'état chronique. Doix l'état psychopathique (G. Dumas) auquel Littré a attribué, à juste titre, une grande importance sur le développement de la pensée que son maître élaborait. Voici comment celui-ci s'exprime dans la préface de la politique positive : a Profonde diversité logique qui constitue le principal contraste entre mes deux Traités. Dans le premier, j'ai simplement persisté à préférer la méthode objective (1) qui convient seule à cet immense préambule, s'élevant toujours du monde à l'homme; mais le succès de cette marche préliminaire qui m'a conduit au point de vue uniy|5rsel, doit faire ici prévaloir la méthode subjective, . source exclusive de toute systématisation complète, où Ton descend cons^ tamment de Thomme au monde (2). Les besoins moraux devaient reprendre leur juste prépondérance pour construire une synthèse vraiment comjdète, où l'amour constitue naturellement le seul principe universel » (3).
(1) Tel est le langage de la page 4 de la préface du 1'^ vol. de la politique positive»
(2) lhid,t p. 4. Comte reconnaît qu'il a admis la méthode subjective dès le tome III^ lorsque la question de Yie s^e posa devant lui.
(ï Ce résultat général de mon travail philosophique devient ici la source directe de ma construction religieuse qui commence par régénérëi* tes conceptions scientifiques dont elle surgit d'abord d.
Car l*amour c'est la vraie religion, la religion démontrée par le Sentiment, la religion où on adore Clotilde, où Ton adore THumanité, dont Clotilde est le véritable et angélique symbole» cette religion qui devait terminer la fatale insurrection de r Intelligence contre le Sentiment. Ainsi^ Comte a commencé, il le dit du moins, par refondre toutes les sciences naturelles (première manière) qui ont été régénérées plus tard (seconde manière), lorsque Comte lui-même eût été régénéré par les beaux yeux de Clotilde, Sur Tédifice des sciences, il a élevé un autre monument qu'il n'appelle plus la physique positive, mais la religion positive et démontrée. C'est alors que l'heure de la régénération a sonné vraiment pour toutes les sciences qui se sont transformées en œuvres d'amour. Alors la synthèse est vraiment complète l'amour y constituant le principe universel, ce qui ne s'accorde guère avec le dire de la page 4 du premier volume de la Politique positive prétendant que la méthode objective conduit au vrai point de vue universel. Cela fait un point de vue universel de trop.
Dans les lignes qui précèdent, il y a une assertion qui mérite d'être relevée, c'est la prétention
d'avoir fait procéder la Religion dfe la philosophie des sciences, instituée comme base. Comte, après avoir discouru, avec plus ou moins de justesse, sur l'ensemble des sciences, n'a pas manqué d'atfîrmer que, sur cette base, il édifiait la Religion,^ mais il ij'a jamais montré comme quoi les sciences se prêtaient à pareille œuvre, puisqu'il n'a jamais tenté d'en faire la preuve. Donc, c'est de sa part une affirmation gratuite qui doit être tenue pour nulle et non avenue. Une seule chose est cei'taine, c'est que sur là philosophie positiviste des sciences, une religion a été superposée sans que rien, absolument rien, démontre la filiation de la seconde relativement à la première.
* Je viens de parler au point de vue de la Logique vulgaire, mais il y en a une autre qui a été, manifestement, Tinspiratrice de la pensée de Comte dans toute sa construction religieuse. C'est la Logique des sentiments qui complète l'assujettissement de l'Intelligence au principe de la Synthèse universelle, c'est-à-dire de l'Amour. Cette même Logique est ainsi définie dans la Synthèse subjective : Le concours normal des sentiments, des images et des signes y pour nous inspirer les conceptions qui contiennent à nos besoins moraux^intellectuels et physiques (1). En partant du texte,, on peut fairjB sortir de cette définition la religioiL positive toute entière. La vraie nature de la si|s-.
(1) Synthèse subjective, introduction, p. 27.
dite définition est suffisamment caractérisée par lesf lignes suivantes : a A la tète des moyens logiques U faut donc placer les sentiments qui, fournissant à la fois la source et la destination des pensées, les combinent d'après la connexité des émotions correspondantes. Rien ne saurait remplacer cette logique spontanée à laquelle sont toujours dus, non seulement les premiers succès des esprits sans culture, mais aussi les pli|S puis-, sants efforts des intelligences les mieui cuiti-. vées » (1). Dans la même donnée : a Remontant jusqu'au fétichisme, la méthode affective et sur* tout sympathique, a toujours conservé, même à. Tétat latent, la suprématie qui lui fut ouvertement prouvée par notre première enfance » (2). Même sous Taspect logique, la vraie philosophie doit être essentiellement sympathique » (3).
Le principe une fois posé, voici 1^ conclusion qui est presque un adieu définitif signifié à la méthode d'observation ; a La logique religieuse, dégagée dç Tempirisme scientifique, ne se restreint plus au domaine des hypothèses vérifiables qui, seul, convenait à la préparation positive. 11 doit être finalement complété par le domaine beaucoup, plus vaste, et non moins légitime, des conceptions propres à développer le sentiment sans choquer,
(1) Ibid., p. 28.
(2) Ihid., p. 29.
(3) Ibid.
la raison » (1). Puis vient comme correctif la phrase suivante : « La logique positive est directement appelée à discipliner le plus perturbateur des trojs éléments humains (sentiment, intelligence et activité), celui qui, né pour servir (Tintelligence), aspire toujours à régner » (2).
Parlons maintenant de la science fondamentale. « La logique positive constitue la philosophie mathématique (3). « Celte étude restée jusqu'ici essentiellement scientifique ne pouvait, devenir principalement logique que par suite de sa régénération systématique, sous l'impulsion sociale, comme début normal de la synthèse universelle » (4). « La science mathématique, régénérée sous le nom de logique» attend du positivisme une plénitude systématique résultant de sa relation directe au sentiment. Il y doit enfin pénétrer, d'abord au titre spécial de complément nécessaire, puis comme régulateur synthétique de toute éla-' boration analytique » (5).
D'autre part, « la mathématique ou logique est la science de l'Espace » (6). L'Espace lui-même est un des éléments de la synthèse subjective, puisqu'il fait partie de la suprême trinité qui la
(1) Ibid., p. 28.
(2) Ibid.. p. 29.
(3) Ibid,f Préface, xlv.
(4) Ibid., p. 40.
(5) Ibid., p. 41.
(6) Ibid. 9 p. 66.
résume. Celle-ci comprend : l'Espficç pu grand Milieu, la Terre ou grand Fé^tiche, THumanité ou grand Etre;(l). « Instinctivement propre au grand Être, Tamour devient Tâme artificielle du Grand Fétiche et même du Grand Milieu » (2). Toute l'existence cju Grand Milieu consiste dans la sympathie sans activité et sans intelligence (3). D'où il suit qu'en^ nous inspirant de la logique du sentiment, la mathématique, en tant que science de l'espace, qui est un des éléments de la synthèse subjective, dont le principe fondamental est Tamour, la mathématique, dis-je, doit avoir pour objet Tamour lui-même.
Et voilà comment la mathématique a été régénérée par M. Comte^ grâce à la substitution de la logique du sentiment à la logique rationnelle.
Les mathématiques sont donc incorporées à la religion positive, degré suprême de la subjectivité, sesubstituant à Tobjectivité. 11 n'était pas possible, évidemment, de s'arrêter en si beau chemin- 00 La dignité normale et la vraie rationnalité de i'essor théorique ne peuvent résulter que de son institution religieuse pour la synthèse subjective. Alors cesse la distinction provisoire entre le domaine profane et le domaine sacré, car la suprématie n'est jamais contestée à l'étude directe du
(1) Ihid,, p. 48.
(2) Ihid,, p. 34.
(3) Ihid,, p. 53 et 23.
sentiment que toutes les autres spéculations regardent comme leur destination finale et leur source initiale. Rapportées à la morale, la logique et la physique se trouvent irrévocablement incorporées à la religion positive, avec les théories biologiques et même sociologiques, qui sont seulement liéef^ de plus près au but commun de toutes les. préparations abstraites » (1). r
Ailleurs, on trouve l'investiture religieuse de la chimie et celle de la science en général qui est qualifiée de sacrée. Toute la hiérarchie scientifi* que est incorporée à tour de rôle. L'unité systéi» matique cherchée est complète. La science éitait le moyen employé pour réaliser un certain pro^ gramme. En elle-même, elle n'était nullement un but, et ce but était l'institution de la sociologie. Or « on ne saurait comprendre l'état initial (période fétichique (qui procède du dedans au dehors), ni la constitution finale (qui procède aussi du dedans au dehors), sans renverser la marche propre à l'évolution intermédiaire (la première manière de Comte) qui puisait au dehors le type du dedans, tandis que celui-ci fournit; prinaitive* ment et définitivement le modèle de celui là » (2),
Il n'y a chose qu'on ne puisse faire avec la logi-»» que du sentiment car, en matière de sensibilité, la diversité est grande. Au point de vue de la
(1) Ibid., p. 63.
(^J Hfid., p^ .109. ; .
logique rationnelle, nous sommes, une fois de plus, en présence de la contradiction fondamenlaie dont nous témoigne le développement propre à la pensée de Comte.
Comte a beaucoup discouru en philosophie. Il a prétendu suivre une voie nouvelle et qui ne l'était point puisqu'il a été surtout Técho de son maître Saint-Simon, qui avait exactement le même programme. Ce dernier, comme son élève, était d^ailleurs dans de mauvaises conditions pour instituer un sytème philosophique. Ils n'avaient tait ni Tun ni l'autre d'études préalables, les mettant en possession des idées qu'il fallait bien connaître pour les bien manier, avant de tenter une aventure semblable à la leur. L'un des deux, et c'était précisément Comte, était peut être le plus mal partagé, parce qu'il avait reçu une instruction mathématique le portant à se nourrir toujours l'esprit d'abstractions.
Comte, à l'exemple de son mattre Saint-Simon, a donc voulu régénérer la politique par la science. Cela posé, il lui fallait tout naturellement faire, pour marcher à coup sur, une étude approfondie des sciences et de leurs méthodes puisqu'il s'agissait d'une transformation fondamentale de la politique. On avait compris celle-ci d'une certaine façon, en s^appuyant sur une philosophie qui s'inspirait des connaissances psychologiques, dues aux Essais sur l'entendement humain de Leibniz et de Locke. De tels ouvrages impliquaient la certitude des
résultats donùés par robservatiou întériieure^ tels que la Raison huinqiine, la Morale, rEsthétique, soit lé Vrai, le Bien et le Beau. C'es^t ainsi que se jsoAt formulées nettement, pour notre intelligence^ les notions essentielles et primordiales de droits et devoirs, qui dominent ou devraient dominer toute Texistenee humaine. Or, dans le droit, Comte n'a vu qu'un principe révolutionnaire et comme eii tuant la bête, suivant le proverbe, on détruit le venin, le dit Comte n'a trouvé rien de mieux à faire que d'affirmer rimpossibilitè de Tobservation intérieure, mais il a continué à s'en servir, comme tout le monde, parce qu'il était impossible qu'il en fût autrement. Les mathématiques sont une science éminemment subjective, il ne s'en est jamais douté. La raison humaine, prise dans son ensemble, dont il invoque souvent l'autorité et le témoignage, n'est pas moins subjective, et il ne s'en est pas douté davantage. Il est vrai que plus tard, contraint par Térvidence, il a admis une méthode subjective, une unité i^ùb-; jective, éit ayant le soin, il est vrai, d'attribuer cette subjectivité, non pas à l'individu, mais au)^ collectivités, on. plu tôt à cette grande collectivité qui est ,1'iiumanité. Mais si chacun des^ éléments du groupe est incapable de subjectivité, né saurait lire dans une conscience qui n'existe point, comment la résultante: pourrait-elle posséder une subjectiviti^ véritable? ^
c .Nier la. subjectivité individuelle, sous prétexte-
DupuY 10
d'impossibilité de Tobservation intérieure, nous débarrasse du droit naturel, mais Comte prétend conserver la morale^ l'esthétique et même la raison par une contradiction suprême. Quand il s'est adressé au Cosmos et à ses méthodes, il était sur la bonne voie pour se débarrasser des notions qu'il qualifie d'anarchiques et de révolutionnai rç», telles que la liberté de conscience, l'égalité de tous devant la loi, la souveraineté de la nation. Mais à un moment donné, il a dû changer, non son but qui était de faire une physique sociale nouvelle, mais le moyen qu'il devait exclusivement employer, savoir : l'objectivité propre aux sciences naturelles. 11 lui a fallu faire appel à une subjectivité qui s'imposait, mais à laquelle certain ^tat psychopathique lui a fait imprimer un caractère vraiment inattendu.
En invoquant comme loi suprême la gravitation universelle, Saint-Simon a voulu tirer parti du contenu et de la méthode des sciences naturelles pour en faire bénéficier la sociologie. Dans ces conditions, nous voici en pleine objectivité : la méthode d'observation, d'une part, et le Cosmos envahissant le subjectif, de l'autre. Mais non seulement Comte, dans sa première manière, n'a pas fait envahir le dedans par le dehors, ce qui aurait dû être la conséquence d'un point de vue exclusivemeat objectif, mais encore, quand la question, de la physique sociale se pose, nous voyons surgir un contenu tout différent, et la méthode elle-même
se transformer par Tadjonction d'un élément nouveau, eh prenant uii caractère hist6ri(|ué/ sans répudier d'ailleurs les autres formes de Tobservalion. Ce contenu est la penséecollectivede Thumariité que Tautéur qualifie de subjective, changeant ainsi la valeur propre du mot subjectif, qui jusqu'à lui n'a signifié que la pensée d'un individu quelconque. Mais Comte, abstracteur de quintessélicè,^ n'accordant aucune réalité à l'individu, crut légitime de transporter la subjectivité au corps social ou plutôt à l'humanité, dont dérive ce corps social lui-même. Le Cosmos et l'humanité se trouvant en présence, il reconnut qu'il n'y avait plus moyen de faire abstraction de l'humain, du subjèctit et qu'il fallait de toute nécessité tenter là cohciliatiôn des deux méthodes objective et subjective. Impossible d'arriver au terme de l'œuvre Vàîhèment poursuivie, savoir de constituer lasocio* iagie, c'est-à-dire au fond un produit de l'esprit
huniain/un produit psychologique, en demeurant fidèle à l'idée initiale qui était de fonder la sdcioiogie sur l'objectif ou philosophie des sciences de la nature. Comte a éprouvé finalement le besoin de quelque chose d'autre, et il le réclame sans ambages, oublieux du motif pour lequel il s'est mis à l'œuvre, en marchant sur les traces de Saint- Simon.
Je ferai remarquer, d'ailleurs, que Littré n'a poîiit taxé son maître d'inconséquence, pour cet iippèl fait à la méthode subjective, dans le troî-
âième volume du Cours, La. preuve (fue Iç fidèle ^lève avait reconnu aussi la nécessité d'inU*odviire quelque chose d'humain dan.^ la sociologie, c'est qu'il repi*oche à son maître d'avoir négligé, comme partie constituante de celle-ci, la psychologie. JVlalgré cette omission et d'autres encore déjà mentionnées (morale, esthétique, jurisprudence), le JMaître aurait fondé la sociologie,
Littré avait donc oublié, lui aussi, le programme • primitif qui -était de fonder la sociologie sur la cosniplogie. C'était en ceci que consistait la grande nouveauté, introduite par Saint-Simon, <lans le «londe des idées, pour l'excellente raison -que les sciences psychiques ou subjectives n'ayant point abouti, il fallait essayer de recourir aux sciences physiques ou objectives. Mais Littré n'a accusé j5on maître d'avoir changé de méthode que dans sa politique et sa religion où il ne voit que les œuvres <i'une imagination déréglée, en quoi il a parfaitement raison, mais il aurait pu se dispenser d'y voir une application ordinaire de la méthode subjective entendue, comme on l'entend; en. philosophie. ^
Après être parti en guerre avec grand bruit, Comte n'a, dans sa première manière positive, introduit dans la sociologie que les méthodes du Cosmos, pour en faire une science nouvelle et yrai7 ment régénérée, susceptible d'organiser la paix sociale et le bonheur commun. Ces méthodes cons-
tituent au fond la méthode d'observation, sous ses
formas variées. L'une tVelléâ est la méthode histo-^ laïque dont divers, entre autre un certain Montesquhieu, avait déjà fait usage. Sans doute, cett^ méthode historique a reçu une formulé nouvelle» savoir là loi des trois états, mais la part de Comte est s^eulemeiit l'expression de loi des trois états et nullement l'idée comprise dans cette expression* Cette idée est empruntée au prédécesseur immé-' diat. Il n y a qu'un léger changement dans la formulé,' mais le sens n'en est nullement modifié.
Dariis respécé, au point de vue du Cosmos bU; objectif, Èom te n'est pas le seul intéressé, mais' Littré l'est également, mais Saint-Simon l'est aussi.' Autrement dit, Técole positiviste, dans la personne de son'fondàteui* et de ses adhérents (Comte étant évidemment le principal), a inventé un point de départ nouveau, pour créer la sociologie, qi4i n'a de valeur que jusq^u'au moment de l'appliquer^ sérieusement^ Alors il faut faire la part de Thistoîre, évolution collective dé la pensée humaine qualrfiëe de méthode subjective. •
' Lif. CAUSE
Comte s'înspirântdeHume probablement, rejetteal>»olumeAt la notion de Cause, en tant que métaphysique, et la ren^place par la notion de Loi dans toutes les circonstances où celle de cause se prér sente naturellement à l'esprit.
Ainsi que le dit, à juste titre, M. Ribot, la théô-
r^e de la cause est la clef de toute la philosophie (i)^ et « ridée de la cause ne pourrait être abolie que par Tabolition de la pensée elle-même » (2). Le point, de départ de cette théorie se trouve dans Arisitote : « C'est par l'acte qu'il explique tout, dçpuis J'être le plus élémentaire, jusqu'à Têtre.par excellences Tintelligence divine. Or, cet acte dont il^ fait Tessence, la cause, la (in de toute chose, c'est rêtve en action » (3). Pour Locke la cause est. une puissance iactive : « Si nous y prenons bien garde, les corps ne nous fournissent point, par le n^oyçn des sens, une idée si claire et si distincte, de, la puissance active que celle que nous en ayons j>ar les opérations de iiotre esprit » (4). D'aprèà Leibniz, tout ce qui existe est cause par cela même; être c'est agir; donc toute substance est cause comme toute cause est substance. Hume ne voit dans l'idée de cause que la succession nécessaire de nos idées vulgairement appelée rapport de causalité. Chez Kant, l'éthique repose sur la causalité, individuelle, nous sommes obligés, donc nouspouvous. D'après Maine de Biran, nous avons l'intuition directe de notre causalité personnelle dans la volonté, et par Tinduction nous sommes conduits au principe général de causalité : « Sentiment de
(1) Psychologie anglaise contemporaine^ p. 115,
(2) Ibid.
(3) Vacherot, La métaphysique et la science ^ I, p. 216.
(4) Essai philosophique concernant Ventendement humain^ II, p. 140.
Tactivité mentale, de l'effort musculaire origine des idées de cause et de force o. Philosophia tota inquirit in causas. « Le principe de causalité est une règle absolue et nécessaire x>. a L'idée de cause efficiente est perçue avec clarté dans la région la plus élevée de nos facultés intellectuelles. Le spectacle de la nature ne suffirait point à la développer si nous n'en portions le germe en nousmême » (1). Stuart Mill : « L'antécédent invariable est appelé cause, le conséquent invariable est, appelé effet » (2). Spencer : « L'idée de force est le principe des principes » (3). M. Ribot : a Le caractère propre, essentiel de la cause est un rapport invariable de succession, les conditions restant les mêmes » (4).
Le fait de la succession invariable ou de la loi ne constitue point toujours un rapport de causalité, d'après l'aveu de Stuart-Mill lui-même, ainsi la succession invariable du jour et de ta nuit, celle des saisons. Donc la définition manque à la pre-' mière des règles à observer en pareille matière f ne pas. comprendre plus que le défini. Cette remarque conduit à différencier nettement la cau^e de l'occasion. En se refroidissant le globe terresjtre a-
(1) Cournot, Es^at sur les fondements de nos connaissances, p. 30, 49, 53.
(2) Sluart Mill, Système de logique ^ p. 370.
(3) Spencer, Premiers principes^^, 79, Spencer confond le^ deux notions de cause et de force. Or toute cause n'est point une force.
(4] Evolution des idées générales, p. 212,
permis rappàrition des êtres vivants, mais le réfroîdisâement n'est évidemment ici que roccàsion. De même lorsqu'une étincelle provoque la conflar gratiôn d'une poudre fulminante, ce n'est point l'ëtincelle, antécédent nécessaire et constant, qui produit directement l'énoniie développement de gâz, de chaleur, de puissance motrice séquence invariable. L'antécédent n'est que l'occasion. Gôurnot (1) et M. Dastre citent des faits du même genre que ce dernier dit être très nombreux en chimie (2). Chez lès animaux les mouvements qui proviennent. du dehors; ne sont que les occasions des sensations, et, celles-ci, suivant les sens qui en sont le siège, donnent lieu à des perceptions très différentes donc le phénomène moteur n'est que l'occasion et non la cause du phénomène sénsitif, qui est le produit d'une activité propre à l'être vivant. Stuart-Mill n'a til pas déclaré luimême que : a rantécédeht immédiat de la sensation est un état du corps, mais que celle-ci est un état de l'esprit » (3).
La cause, en général, se distingue de la force qui n'en est qu'un cas particulier, ayant trait à toute puissance susceptible de donner lieu au mouvement des corps, a L'idée de cause est de source interne, subjective; elle nous est suggérée
(1) Cournot, oj». c/^, I, p. 38N382.
(2) Dastre, Berne des Deux - Mondes, V^ avril 1898, p. 681. (H) Sxst. de logùfue, II, p. 433.
par notre activité motrice"», dit M. Ribot (1). Mais le pouvoir personnel qui est en nqus veut et agit soit à l'intérieur, soit à rextérieur; et comme confirmation je rappellerai Popinion de Locke sur ridée claire et distincte que nous possédons de la puissance active qui est en nous. C'est dans Téner^ gie volontaire que nous puisons particulièrement ridée de cause. ' :<
La théorie que je viens de formuler n'est'|>as généralement acceptée de nos jours. On ia nie, comme Comte, ou on la dénature. M. Ribpt ne voit qu'un simple état de conscience dans la volition, et déclare qu'elle n'est cause de rien (2). Quand je parle de la cause d'un phénomène, dit Stuart Mill, je n'entends pas parler d'une cause qui ne serait pas elle même un phénomène (3). La distinction des lois et des causes n'est pas àdmis-^ sîble philosophiquement » (4). D'où il s'ensuivrait que les phénomènes sont assimilés aux caui^es et que celles ci ne se distinguent point des lois. Ainsi phénomènes, causes et lois ont la même nature. Les premiers sont concrets, réels; tandis que les deux derniers termes sont abstraits. Il est manifeste que la cause ^st transformée quand on la réduit à être le phénomène antécédent qui est censé produire invariablement le phénomène
(1) Evolution des idées générales ^ypi 203.
(2\ Maladies, de la volonté n
(3) Système de logique, II, p. 369,
(^ Ibid., p.3«3. ' ^
conséquent. D'autre part, on la dénature quaail on en fait un rapport de succession, une simple loi. En agissant de la sorte on niutile l'esprit lui-même, dont la cause constitue une catégorie ou forme essentielle. De plus, en faisant de cette notion concrète par son origine (puisqu'elle est un fait de conscience), un rapport invariable, on l'altère absolument, puisque tout rapport est nécessairement une abstraction. C'est ainsi que M. Fabre, l'auteur d'un ouvrage sur la Série, a été conduit à dire que la cause est un rapport en action. Douer d'activité un rapport me parait le sublime du genre.
Les sciences de la nature ne s'occupant et ne pouvant s'occuper que des phénomènes et de leurs rapports nécessaires, certains savants en ont conclu qu'en dehors des phénomènes il n'y avait rien,^ aucun objet pour la pensée. Toutefois comme il était impossible de dépouiller l'esprit humain d'une de ses idées maîtresses, il a pu paraître éminemment politique, à quelques-uns de ces savants, de conserver le mot, en supprimant la chose. Tel est le cas de Littré qui qualifie de causes les lois immanentes de la nature. Comte fait régir les phé-. nomènes par les lois, c'est-à-dire le concret par l'abstrait, le réel par le non réel. C'est bien le rapport en activité de M. Fabre qui se retrouve chez le maître comme chez le disciple.
M. Comte partageait-il cette manière de voir lorsqu'il reconnaissait que : a La transcnission
mécanique des impressions produites sur les extrémités nerveuses ne rend nullement raison de Pacte de la perception » ? (l). Le même M. Comte, n'a-t-il point approuvé Leibniz d'avoir corrigé Taxiome d'Aristote ainsi conçu : Nihilestin intel^ lectu quod non prius fuerit ih sensu y en complétant la phrase de la façon suivante : Nisi intellectus ipse? C'est là un spiritualisme auquel on avait le droit de ne pas s'attendre, mais qui concorde avec cette parole de la politique positive : le positivisme est un nouveau spiritualisme.
Soit dit en passant $i le mouvement, communiqué ou transformé, si le mécanisme n'est que Toccasion et non la cause de la perception des sen^. sations, comment le sentiment pris dans toute son extension, la raison, lai volonté, ne seraient-ils que des effets mécaniques sous des formes variées ? Ëa réalité, Faction motrice extérieure n'est que l'occasion de l'activité ou spontanéité propre aux organismes doués de vie» Le premier terme de la série où le mouvement n'a aucun rapport de nature avec les autres termes.
La pensée de M. Comte vient d'osciller dans le sens du spiritualisme.
Je pourrais développer davantage les considérations précédentes dans leur spécialité supérieure, mais je tiens à montrer qu'elles ont la même valeur dans un ordre moins élevé. Je cède la
(1) Cours, III, p. 489.
parole à M. Cl. .Bernard : a .Si Ton voit Tin tell i^: gence revenir dans un cerveau et dans une physionomie auxquels on rend le sang oxygéné qui leur manquait pour fonctionner, on aurait toit d'y voir la preuve que la conscience et rintelligeiice sont dans Toxygënë du sang ou dans la inatièré cérébrale^ Chez un chien décapité, quand on injecte par les carotides du sang oxygéné, et que Toxygéne fait reparaître rexpression de Tintelligence^ ce qui se passe pour le cerveau ne nous parait extraordinaire que parce que nous confondons les causes avec les conditions des phénomènes. Nous croyons à tort que le déterminisme, dans la science, mène à conclure que là matière engendre les phé-^ nomènes que ses propriétés manifestent, et nous^ répugnons instinctivement à admettre que la ma-; tière puisse avoir par elle-même la faculté de penser, de sentir » (1). La distinction des occa^: sions favorables ou conditions et des causes proprement dites est, ici, catégoriquement établie. ' Dans Tordre pathologique, les mêmes considérations se présentent à Tesprit. M. lé professeur Ch. Bouchard considère la formationd'antitoxines, dans l'organisme, comme le premier acte de la réaction vitale. « La défense, dit-il, commence par la sécrétion de Tantidote qui est parfois contemporaine à la formation du poison t>. Quand c'est la toxine qui à commencé peut-on la considérer, parce'
i^ Reloue des Deux-Mondes, décembre 1867.
qu'elle est le phénomène primitif, comme étant la cause de l'anti-toxine? Ici, comme dans le cas où là pi*ésence des bactéries sollicite une production surabondante de leucocytes qui s'attaquent aux bactéries, peut-on considérer celles-cî comme la cause productrice dès leucoôytes?
L'absolu, qui n*est point une connaissance mais une conception de l'esprit humain, se rattache évidemment à là notion de causé qui est, nous le savons, la question fondamentale. en philosophie. L'expressîond^absolu signifie une cause qui existe par elle-même, qui est la raison d'être déterminante de sa propre existence. Il n'est autre choSè que rincognosiblè d'Herbert Spencei* et Tirtimensîté inconnue de Littré. Or, Comte rejette la notion de causé, bien qu'elle s'impose incessamment à notre pensée, et précisément pour ce motif il la remplace, mais en la dénaturant. C'est la loi ou rapport des phénomènes qui régit la nalui'e des choses, ce qui signifie précisément tout le contraire de la définition donnée par Montesquieu.
Le mot de phénomène implique d'ailleurs quelque chose de caché, quelque chose se dérobant, sauf la manifestation perçue par nos sens. Ceux- <À nous d.o^^nènt une apparence, une expression rquelcoiiqué d'un inconnu qui n'est point un non être*
FORCB
^ ,Ea dehors de la mécanique, M. Comte n'a fait qu'un usage très restreint de Tidée de force qu'il na point cherché à expliquer, ni à distinguer de la cause, puisqu'il ne veut tenir aucun compte de celle-ci, en tant que métaphysique. Toutefois, parlant du milieu extérieur et de l'organisme vivant, Jl les désigne Tun et Tautre sous le nom de forces. « Sans doute, chaque organisme déterrainé est en relation nécessaire avec un système également déterminé de circonstances extérieitres, mais il n'en résulte nullement que Fa première de ces deux forces corrélatives ait dû être produite par la seconde, pas plus qu'elle n'a pu I9 produire. L'organisme a une impulsion propre et indestructible » (1).
, Je ne' chercherai point ici à dîscuter Topinion de Comte, me contentant, à titre de définition, à rapporter le passage suivant de Cournot : a Les notions de force et celles de corps sont corrélatir ves et s'impliquent Tune l'autre. La force est ce qui fait mouvoir ou tend à faire mouvoir le corps » (2).
DE LA FINALITE
L'expression de cause finale n'a évidemment qu'une justesse relative. Elle sert à désigner un
(1) Ihià,, p. 392.
(2) Z>e renckaînement des idées fondamentales dans les sciences et dans l'histoire, I. p. 124.
but poursuivi par l'action de causes intelligentes, M. Paul Janet y voit une application du principe de la raison suffisante (1) et M. Renouvier en fait unecatégorievéritable. Voici comment il s'exprime à ce sujet : « Le développement de la finalité dans l'homme est immense et tout s'y subordonne. Le devenir implique la puissance et la cause, il n'implique pas moins la tendance et la fin. La catégorie de finalité ne le cède aux autres ni par l'originalité, ni par l'universalité de son caractère et de ses applications. La finalité est la grande loi dynamique de la nature (2).
L'origine de cette notion est dans le principe de l'induction qui nous donne et la cause efficiente et la finalité en général. Les fins se projettent de riiomme à la nature ainsi que s'y projettent les causes. C'est par une induction, en effet, que nous transportons au milieu la notion de cause effi-* ciente que nous devons au monde intérieur, mais avec inférence abusive possible. C'est par une induction en tout semblable que nous transportons au dehors la catégorie de finalité, mais. sous la réserve de la vérification par l'expérience, quand ladite vérification est possible.' Cette catégorie admise comme une réalité chez l'homme, les animaux, les végétaux, parait moins évidente quand il s'agit de la matière inorganique.
\i) Paul Janet, Causes finales, p. 5.
(2) Renouvier^ Premier essai, p. 254, 257, 307.
.C'est le moment de rappeler ici un article déjà cité de M. Pillôn :. a Hegel remarque avec raison que le phénomène chimique tel qu'il se présente chez l'être vivant, c'est-à-dire continuellement renouvelé et rallumé, est dominé par un principe irunité que rien ne révèle dans le monde inorganique, par le but »^ Avant Hegel, Kant avait très bien vu que l'idée d'organisation et de vie renferme celle de finalité. Il définit l'être vivant : celui dont les parties sont réciproquement fins et mbyèns. 11 définit l'organe : une partie qui existe par et pour le tout. En un mot, un être vivant est un sy.stèmè de fins et de moyens réciproques, un système téléologique.
: La philosophie de Comte ne pouvait le porter à admettre une firialité dans la nature, car sa doc-? trine con3iste essentiellement à ne reconnaître que des phénomènes et des lois ou rapports qui sont censés lés régir, bien qu'en réalité ces lois ou rapports ne constituent qu'une notion dérivée. Comme réponse à l'esprit général du système, je me permettrai quelques citations qui prouvent l'importance que la physiologie contemporaine a été conduite à attribuer à la notion de finalité* - « Le physiologiste est porté à admettre une finalité harmonique et préétablie dans le corps organisé dont toutes les actions partielles sont solidaires et génératrices les unes des i^iutres » (1),
(1) CI, Bernard ,.^rf. ç*/e.
«La finalité" absolue de tous: le^^ ihstihcù est un fait inbontestable. La finalité générale de roî*ga* nisation anatomîque est évidente » (i). a L'œil est fait pour voir » (2). « Là nature n'a pas fait d'oi'+ garies inutiles et tout a un bût » (3). « Volonté très arrêtée, de . la nature, parti pris en vue d'un résultat >tt (4). ce Tout dans l'être vivant a Une destmation, reconnaissons-le ft^anchertierit ^l) (5); « Jamais la loi de la finalité ne s'est trouvée ert défaut dans l'étude des êtres vivants » {6).
c Comte, dank json dernier ouvrage, dé<5lare qiié : «^hypothèse d'un dessein dans la nature est plus» vraisemblable que celle d'un aveugle mécanisme». Màis^il n'y : a point de dessein sans une intelligence poursuivant un but, sans une cause finale. Or, 4'âprès l'auteur du passage que je viens de éiter, il faut remplacer partout la causé par la loi, que la méthode soit objedtive ou subjective. Voilà un' principe fondamental ébranlé par son projWe âiiteur qui, dans un moment d'absence, faisait encore du positivisme un nouveau spiritualisme. . Quoi qu'il en soit. Comte se rallia par la corrélation générale de ses idées À la conception des conditions d'existence qui donnent lieu à tel ou
(1) Ricbet, Psychologie générale,
(îyRîchôl, Le problème des causes finales, p. 6. ^
(2^)Jbid^, p. 10.
"m ibid., p: 24. '" ""■
(6)Ibid,,^.Ui.
tel résultat, et qui ne le donneraient point sans leur Association mutuelle. Mais pourquoi cette association des conditions d'existence s'il n'y a ppiqt un but poursuivi et atteipt, comme en témoignent le* citations déjà faites de Gl. Bernard et de R^chet ? Or, si la finalité «'imposé pour toutjce qui 9' vie dans la nature, nous sommes portés, par utie corrélation étendue de nos idées:, en vertu d'une inductioti bien naturelle, à l'admettre, bien que san3 preuve expérimentale confirmative, dans le règne inorganique, tarit celui qui est sou^ nos pieds que celui de la splendeur étoilée qui est sur nos tètes. On ne peut, sans parti pris, se refuser à reconnaître l'œuvre d'une intelligence toute puissante et qui manifeste cette puissance absolue dans l'infîniment grand comme dans l'infininient petit. Ceux qui ont dit qu'une fatalité aveugle a produit ^ous les effets que nous voyons dans le monde,^ pnt dit une grande absurdité; car quelle plus grande absurdité qu'une fatalité aveugle qui aurait produit des êtres intelligents? » (1), c : >
. Cette fatalité aveugle ne peut être qu'une question dCi mouvement, quand on bannit lai chiqûôn naude de Pascal. Rattacher la nature entière à des tourbillons, à des mouvements spontanés de la matière, c'est trop demander à la raison de Thomme et faire trop de fond sur son ingénuité. Copcîte répondrait sans doute qu'il rejette ces tourbillons
(1) Ainsi pensait et parlait Montesquieu.
et ^ue les lois nécessaires suffisent à apaiser sa curiosité et à satisfaire sa pensée. Donc, une fatalité aveugle quelconque a prodtjit des êtres ihtel'ligents.
Quelle plus grattde absurdité!