‹ Le positivisme d'Auguste ComteChapitre 14 sur 26 · LOIS · texte numérisé non relu

LOIS

Cofmme Ta dit un philosophe éminent : a Je crois devoir ranger les lois parmi les catégories essentielles de la pensée humaine. Les lois constitqent les rapports fondamentaux, en clétermi- "haht la forme et en réglant le mouvement »(î). « Passant nécessairement sous les conditions de rexpériencè, les catégories se présentent comme supérieures à l'expérience, propres à la conduire et à lui imposer des règles» (2). D'après Cournot^ le concept dé loi est Teifpressîon de la catégorie de Tordre ou de la forme (3). Pour Vacherot : a Une loi n'est autre chose que la relation constante des phénomènes, l'ordre immuable de succession ou de concomitance suivant lequel ils se produisent, La notion de loi impliqué un concept sans lequel l'induction ne serait pas possible, savoir Te concept de Tordre » (4). ce Les loîs'soht les uniformités de succession des phénomènes et

(1) RenouYÎer, Prèrtiier essai, p. 99, " ' ■ - J (2)Ibid.

(3) De rencbaînement des idées fondameotales dans la science et dans rhîstoire* . ! . . ^.

(4) Vacherot, Métaphysique et science, l, p. 37i, , > .

fies tiriHbrniilés de coexistence qui dépendent des -ktiè de::Iear<sùccéssion » {!). « Relation et' lois -sotit synonymes » (2). La plupart de ces définitions impliquent l'existence dephénomènes, maîsceux-ci sont absents daris certaines lois logiques (principes d'identité, de contradiction, du tiers exclu et dans les lois mathématiques).

. La belle définition de Montesqjiieu me paraît (lois morales mises à part) comprendre en majeure partie le défini. La voici : « Les lois sont Ijes rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses » (laquelle peut être concrète ou abstraite). , D'bii le caractère mobile que certaines lois peuvent présenter. Ainsi les lois physiques ont dû varier singulièrement, depuis l'apparition, des nébuleuses primitives, parce que la nature des choses a dû 'depuis lors, varier considérablement.

Comte. ne conteste point sans doute une certaine variabilité dans la loi, en quoi il déroge à ses proprès principes puisqu il fait régir les phénomènes par les lois, d une part, et que, d autre part, il déclare que 1 invariabilité des lois est un principe fondamental non seulement de la philosophie positive, mais encore de la religion positivé. On ne sera pas surpris isans doute de constater Tapprobation qu'il a donnée à la définition de Montesquieu qu'il n'a évidemment pas comprise.

(1) Stuart Mill, Système de logique^ II, p. 92.

(2) Wenoxxy'ier^ ^Nouvelle monàlotogiey p. 7. "

.11 y a encore un fait très important qui'>peut' existe^ dans les caractères de la loi. II y à' d^s* rapports qui sont : ceux qui ont trait aux lois dé lanature, d?aii très qui doivent être, soit vife-à-vi^ de> nous'tnènie, soit vis-à-vis de nos semblables^ Lès. lois qui doivent être se rapportent à la moY^te.^ Parlant des rapports qui sont, M. Bout^rouxf s*-é^- |>rrme ainsi \ a Les lofs sont le lit où passe le t<>r-'* r^nt des feits. Ils l^oqt creusé bien qu'ils te sûi-; vent » (!)• Leur caractère contingent parait aVéië.i Ce caractère est accepté par Stuart Mill (2), pari M. Ribot qui s^exprime à cet égard d'iinfemâni'ere très^ formelle t a Les lois sont entii^rernent'sûbor-» données âiix conditions d'existeftce des phénomènes et des êtres. Pour fixer les idées, adm*eltons> rbypothèse delà nébuleuse primitive^ Suppoi^ôns par impossible un êlre intelligent pouvant, à I5e> moment de l'histoire du monde, dresser; Tinvén-^ taire des lois existantes. Il n'aurait pu en découvrir* d'autres qUe celles qui régissentià matière à j'étatî gazeux : lès uties encore actuellement existaVitesV d'autres que nous ne connaissons, pak, que n6u*sï ne connaîtrons jamais, parce que leurs co«diiiott^> ayant cessé d'être, elles ortt disparu » (3)'i Pùî^> arrive la naissance des lois asli'onoitiiques^vefc la^ formatioiidefe sphères nébuleuses; puis l'appari-^

(1) Contingence des lois de, la nature»

(2) Système de logique, II, 38.

(3) Evolution des Idées générales, p. 240.

lion de nouvelles lois physico-chimiques, avec la constitution de Tétat liquide de la matière et plùs^ tard de Tétat solide. Donc la prétention à des lois d'une fixité invariable est une chimère » (()• « Les loiç expérimentales ne sont qu'approximatives» (2)» a Aucune loi particulière ne sera qu'approchée et probable » (3). « Toute loi n*est qu*ua énoncé imparfait et provisoire qui doit être remplacé un jour par une loi supérieure » (4). Newton n'admettait il point que la gravitation avait pu ne pas tour jours exister ?

Donc les rapports qui sont, ou lois naturelli&s existantes» ne possèdent aucune vertu directrice inébranlable du domaine de la nature* Elles dépendent de certains faits qui les dominent et les déterminent. Et néanmoins, dans la conscience commune, le sens juridique pu législatif ou social de la loi persiste toujours, et on continue à y voir comme une règle préposée aux choses et les régissant par leur vertu propre. Or si Descartes a dit : Regulie siife leges naturales^ et si Newtoa a qualifié ces règles : axiomata swe leges motûs^ c'est que Tun et l'autre admettaient l'existence d'un créateur et ordonnateur du monde. La vertu efficiente pour eux n'appartient nullement aux lois ou rapports des phénomènes, mais à l'auteur com-.

(2) Poincaré, Valeur de la science y p. 257.

{Z)lbid., p, 251.

(4) Ibid.

mûri d^es choseâ qui les a assujetties. De n08'|ott4's, on a supprimé l'hypothèse considérée comnïe iiiu^ tile, mais oa a conservé la loi en lui attribuant une vertu régulatrice. 11 a suffi pour cela de luidonner un sens législatif, après avoir supprimé Iç' législateur. Celui-ci aurait évidemment agi par: uiv aôte de volonté, laquelle est par nature (?) variable et irrégulière. Or les lois sont invariables, donc le législateur suppçsé ny est pour rien (1). Mais Lorsque Comte en sera arrivé au fétichisme de sa pleine décadence, il fera la part des volontés. Telle est Jbién la pensée.de Comte et son rnfluencé a été aussi grande que funeste sur la génération quk disparaît tous les jours.

D'une notion dérivée et abstraite^ on a fait une notion primitive et, pour mieux accentuer la con-: fusion, on lui a assigné la valeur de la cause feUe-: même; on a- cherché à identifier Tune et Tautre. «La forme scientifique du concept de cause est; tout à fait équivalente au concept de loi )>. Et cependant la catégorie de la cause est une chose absolument distincte de la catégorie de Tordre ou de la forme, comme je dit M. Cournot. La pre»^ mière est primordiale, fondamentale, impliquant une source particulière d'activité; la seconde subordonnée^ sans vertu opérative propre. « La notion de loi ou de raison diffère essentiellement de ceJles de cause ou de force »•

' (4) t70Mr5, I, p. 148. ' . - . -- ^

/ A.i)ropps d'un premier jugement porté sur Tau-î leur de V Esprit dés Lois. 36 crois ! devoir donaer , l'appréciation suivante du grand : Montesquieu, comme Comte Tappielleet a bien juste titre : ;« Ce qui caractérise à mes yeux la principale force de ce mémorable ou\ rage j V Esprit des Lais, de manière à témoigner irrécusablement de réminente supériarité lie son illustre: auteur sur tous. les philosophes contemporains, c'est^la tendance: pré-, pondéi'ante.qui s'y fait partout sentir à concevoiiî les phénomènes politiques comme aussi nécessai-? retnentassufeilis (ici est Terreur grave) à d'ij^va-» riables ioià naturelles que tous les autres pliéno^ mènes quelconques... Tidée générale de loi se U'ouve enfin directeiiient définie envers tous les sujets, possibles ». Comte se trompe ici relative^ ment à la première application de lois aux pfaéno^ mènes sociaux, puisque l'exemple avait été donné par les économistes du même; siècle. Mars où il ne se: trompe point, c'est lorsqu'il dit que <t la plu^ importante série des travaux destinés. à constituera la science sociale^ particulièrement l'jE^/zreii des: Lois émane de Montesquieu »• v , . ^

Celuirci occupe donc une place éminentc em sociologie et, sous ce rapport, justice lui a été pleinement rendue dans l'ouvrage de M. Alen^N gry. .,.:,. :^^ ■ :. . .) . : ■> . -:- -^

D'après les lignes précédentes, Tâuteur da Cours de philosophie positive a tenu Montesquieiien haute estime et il en a fait dans l'ordre du

temps le premier des sociologues. Mais l'auteur dé la Politique positive paraît avoir changé dMdéé, dans unèJarge mesure, puisqu'il n'a point hésité à tenir un tout autre langage quand il à parlé dans la Politique % du travail incohérent de Montefe^ quieu ». Tel est Comte après sa régénération personnelle. .

Il y a encore un point de vue que je n-ai point abordé. Que devient la notion de loi dans This-*' loirei^Nous savons que dans les sciences naturel-* les, lorsque les conditions des phénomènes ner varient point, les résultats varient si peu que nous pouvons les prévoir sûrement.

Jjâ provision rigoureuse est donc la justification de la loi. Et si, par hasard, i) survient un fait nouveau, c'est que les conditions ne sont pas les» mêmes ou que la loi admise manque d'exactitude.^

Saint-Simon a invoqué l'histoire, Comte a fait parler l'histoire. Il s'agit maintenant de; voiii quelle est la justesse des vues de ce dernier en matière de méthode historique. ^

: D'après Xénopol : a le principe organisàtèui'; de la science de Thistoirie est la série historique, principe équivalent à celui de loi pour les sciences à répétition » (1). L'essentiel dans le fait de répétition^ c est la reprod4ictioii-xlu -m^me phénomène et le changement que ces diverses répétitior^s peuvent présenter n'est qu'un accessoire négligea-

(I) Xéuopol, La théorie de t histoire, Avanl-propos, p. »vii.

ble. Dans lès faits de succession, au contraire^ rélèment princLpal n'est plus la partie ressemblante, mais bien la partie difTérentielie. C'est cet élément différentiel qui constitue Fessence du phénomène, et l'élément répété tombe au rang d'accessoire (1). Jl n'est pas difficile d'observer que l'esprit, comme la matière, présente des phénomènes de répétition, et que la matière, à son tour, a présenté des changements dans le .temps^ quoique de nos jours ces changements soient à peine perceptibles (géologie,, paléontologie). D'autre part, l'étude d^ l'esprit présente un grand nombre de faits, de, répétition dans la psychologie, la logique, les mathématiques^ Je droit, l'économie politique (2). Ce qui donne à un fait le caractère successif, c'est l'intervention du temps comme moyen d'action des forces transformatri* ces (3). Les faits individuels (ou généraux mais non universels), quant à l'eslpace et quant au temps, sont des phénomènes historiques proprement dits représentant le développement de l'esprit humain (4). a Les faits de ce genre ne se sont produits qu'une seule fois dans le courant des temps et ne se reproduiront plus jamais d'une manière identique » (5). Individualisation quant

(1) Ibid.yp.^.

(2)/frïrf., p. 9.

(3) Ibid., p. 11.

(4) Ibid,, p. IC

au temps et qui s'accentue bien fortement en histoire puisque les faits de cette dernière appartiennent souvent à des individus en chair et en os (Les grands hommes) » (1), o II est donc souverainement inexact de faire de l'histoire une science

j>articulière à l'instar de la physique, de la chimie, de la biologie » (2), « La science universelle se partage en deux branches : la première comprend les sciences des phénomènes sur lesquels le temps n'exerce aucune influence : Phénomènes^ de répétition; la seconde, les sciences qui ont pour objet les phénomènes soumis à l'influence transformatrice des forces agissant dans le temps :. Phénomènes successifs qui se rapportent à This-: toire » d'une part, à la géologie, à la paléontologie de l'autre (3).

D'après les citations qui précèdent, il est manifeste qu'il y a deux catégories de sciences bien distinctes, savoir, d'une part, celles dont les. phénomènes se répétant toujours, par cela seul,: peuvent être toujours prévus, et cette propriété de prévision en fait le caractère fondamental ; et, d'autre part, les sciences de développement, d'évolution qui se présentent dans un ordre sériaire où. il y a toujours de l'imprévu, produit ou non, par des individualités puissantes, telles que Mahomet, Napoléon l®^

(1) Ihid,,p. 15.

{2) Ibid.y p, 20.

^ {3) Uid,, p. 23,.

Lès sciences comme chacun sait ont été distin-: guées en sciences naturelles et en sciences mora-^: les et politirjues;* Les premières sont'contempla*; tlvesou expérimentales àuivanl la division formulée par Cl. Bernard. Les sciences contemplatives n'ont évidemment qu'une méthode, celle de l'observation pure et simple. C'est la seule métliode que Comte ait jamais connue, soit au point de vue: cosmologique, soit au point de vue historique, bieii qu'il élargisse celui-ci par la . comparaison, possible des types. Cette méthode lui permet de constater les lois- comme à tout lé monde, 'et il ne lui en faut pas davantage, car pour lui il' faut rechercher toujours les lois et jamais les causes.^ Ce priricipe demeura fondamentiil, avant commet après Clotilde. Mais en regard naiis, avons, la^ science expérimentale qui, elle, recherche, poursuit rex])Iication: des choses, ce que Comte blâ^i mait jci'aignant qu'on en vînt aux causes ellesnrfênies. : . ; ^ ; • :

-En théoriô, il jr a ici une erreur profand^Vpaï*ce qu'elle coupe' court à tout projgrès, la nature de la loi étant le premier point à déterminer, avant toutb' recherche ultérieure. Ici i'irlsuffisance est un gravedanger powr les'destinées delà science et pàrcon-. séquent pour les ser.vicès (ju'ejle est appelée à' rendre à l'humanité. . '^ ^

Les horizons sur lesquels phnait la pensée de Comte étaient loin d'avoir toute l'étendiie qii*on,leur a prêtée. 11 se doutait si peu de l'étroitesse de.son

:poînt de vue, siir les isciencesd^ la naturer qu'il .'trouvatôut simple d'appliquer, la même couceprtion à la science historique.

: : Dans lesîsciénces tiaturelles TobBervateur trouve effectivenient un caractère très précueux qui lui -permet de constater rexistence d'une loi réelle ou d'un rapport constant entre les phénomène». "Ce .caractère est la prévision. Celle-ci se confirme ^toujours, lorsque la loi est bien réelle et que les opérations bien conduites n'ont laissé intervenir aucun élément nouveau. Comte ne pouvant adtt>etr :tre aucune erreur de sa part, dans les lois nouvelles iqu'il jpouvait formuler, invoqua la prévision .cerrtaine des événements, particulièrement en socio- Jogie; Jl alla jusque prétendre, pour expliquer le grand nombre de prévisions pu prophéties qu'il formule sur ce thème général, que nulle part ces prévisions n'étaient plus faciles à faire, les événements étant chargés d'en donner la preuve. Or .qu'est-îl advenu, c'est que Comte a; prophétisé .jusqu'à la fin de ses jpura, mais qu'unde^tin jal.oùjc .n'a jamais, confirmé les faits annoncés. D'où la ^conclusion évideutp que les lois historiques de iCômte n'étaient point assimilables à cejles des . :scieiices naturelles. Il a beaucoup insisté sur ce critérium qui manque absolument dans son qeuyre laquelle se perd, de plus en plus, dans un lointai^i •et peu sympathique souvenir.

! . Vbhservation- comme méthode a été employée idans Tétude de Thistoire^ et Comte a pu s'imaginer

^fc ses sécUteùrs après lui qu'il avait vraiment ft>iidé la philosophie des Annales de l'hunuuiité. Malheureusement pour lui, comme mous venons lie Ig ûotistater^ les Ibis relatives à Thistoire ont un caractère spécialqui les différenôie très nette* merit dé cellea qui soiit propres aux seiencés naturelles.

Enfin une autre erreur à signaler^ c'e£(t la^ mar^ che suivie par Comté de Tensemble ao détail, point '^de vue qui n'est autre que de faire une synthèse après une analyse très limitée, et d'appliqtrer { ensuite cette synthèse au genre humain tout entier. Ainsi par exemple faire une sociologie universelle, en prenant pour point de dépait êxclnsift les Français, les Anglais, les Ailemaiids, lés Italiens, les Espagnols.

LE BIBN .

D'après Comte la moralea pour principe Tamour. 11 a pu emprunter ce principe, je ne dirais point au christianisme, mais au catholicisme qui est la seule des formes religieuses qui ait eu sur lui une action puissante. Mais cet emprunt peut avoir eu une toute autre origine. Car Comte parle asisez souvent de Smith avec éloge, et celui ci, comine Hutcheson, fait procéder la morale du sentiment. A mon humble avis, une autre origine est plus pro* bable. En prenant Tamour pour principe de- la morale, Tadorateur fervent de Clotilde avait. les

yeuix fixês'siireHe/el telle a du êti'e h causé déter- ^ninante du choix qu'il a fait* L'amour e3t nti sea«liment, par conséquent chose variable d'un indiv vidu à l'autre, et qui a grand betsoin d'être tempéré parla notion de justice, de même qu^ i'égoïsm« doit être équilibré par la même notion de justice qui, elle, est une œuvre de raison, d'intelligence. L'amour pour nos semblables* pour le salut des âmes a conduit tout droit le catholicisme aux pra« tiques néfastes de l'inquisition. Inutile d'insister sur les méfaits de l'égoïsme lorsqu'il se traduit par le droit du plus fort. Dans les deux cas il est fait table rase de la justice, que la raison nous fait connaître, et: que nous concevons coinme l'idéal le plusélèvé de la rïiorale sociale. Le christianisûie n'a point négligé cette notion fondameatale, puis^* qu*il nous représente le Christ conçtme la victime qtii s'offre volontairement en expiation de la loi violée, loi qui exige une sanction. D'où la recon-^ naissance de l'homme^ son amour pour le média-' teur,: amdur qui s'étend à ses semblables qui sont séa.frères et tjui doivent partager sa destinée. Le rôiCç de l'amour, qu'il s'agisse ou non du chrÎBtîa-^ nisme, est donc considérable en morale, car il nous mtrciduit dans.un ordre d'idées nouveau et complécnentâii^de la notion: de justice. .

J?ÇÊY!,^!L^.J^]'??-?^rMon de Comte qui fait du sentiment le principe essentiel de la morale. Il y a ici une erreur capitale dépendant d'un défaut d'observation psychologique, observation déclarée

impossible par l'auteur, ce qui le met à raîse vis-à; vis d'elle. Sans doute nous éprouvons des sentiments contraires de bienveillance, de sympathie x)ù de malveillance, d'antipathie suivant que doùs sommes témoins d'actes qui nous paraissent bons ou mauvais. Mais alors il y a un jugement préalable qui précède le sentiment qui, lui, est un. fait consécutif et qui, par cela même, ne saurait être le principe même de la morafe. Gommé l'a dit Cousin : «c Le sentiment ne fonde pas l'idée du bien ; il la suppoi^e » (l).:Et c'est l'idée du bien qui comïnuïiiijueiau sentiment le caractère morai (2). L^imporlahoedu: sentiment n'en est pas pour cela d'ordre inférieur. « S'il n'est point le bien lui-n^êmè ii en est le compagnon fidèle et rutile auxiliaire, car gouverné par la raison il lui devient. un appui admirable » :{3).

:r Lu raison est : la faculté maîti^sse de Tiritelligence, c'est d'elle que procède Tidëedu bien et par conséquent la morale. Elle e&t l'inébranlable k>ndement du droit et du^ djevoii%^deux notions essentiellement corrélatiyesetqui,da[ns l'économie individuelle, comme dapsTéconom^ie sociale, ne vont pas Tune sans l'autre. ; i ; .

• . L'être ^ue nous sommes a une valeur certaine que chacun doit respecter, c'est-à^direqu'il est eu

(1) Cousia, Vu Vrai, du Beau, du Bien. . .

{2)Ibid. ■■.■'■'' '' ' " ' ' ' '

'{Z)ihid. : ; : J! ^ .^ J^^

possession coiTéUtive d'un droit auquel ilest interdit de toucher. Ainsi les persécutions, en matière de foi religieuse, ont empêché, peuvent empêcher encore de remplir ce que Ton considère comme un devoir strict. aO Athéniens je vous admire et vous aime, mais j'obéirai à Dieu plutôt qu'à vous o^disart rimmortel Socrate que Comte traite de vulgaire sophiste. Tout ce qui établit cette valeur certaine qu'on appelle personnalité constitue le droit nsiturelw .

En dehors du catholicisme, le droit de libre examen^ ou liberté de conscience, est un droit essentiel qui appartient à tout être humain. Comte y voit un dogme révolutionnaire» n'ayant qu'une valeur IraniSitoire en tant qu'il prépare les voies au triomphe du positivisme. Voici comment il en pai'lç : « Historiquement envisagé, le dogme du droit universel, absolu et indéfini d'examen n'est que la consécration, sous la forme vicieusement abstraite, commune à toutes les conceptions métaphysiques, de l'état passager de liberté illimitée où l'esprit humain a été spontanément placé, par nne suitç nécessaire de TiiTévocable décadence 'de la philosophie théologique, et qui doit naturel* lement durer jusqu'à l'avènement social de la philosophie ppsitive » (1).

, <K 11 n'y a point de liberté de conscience en astro* nomie, en physique^ en chimie, en physiologie u — -{ , ':' — ^ ' '■ . — • — '■ • = — '-^ • — —

(1) Cours ^ IV, p. 44. - ;

DupuY 12

Tilême, en ce sens que cliacun trouverait absurde de ne pas croire de confiance aUx principes établis dans ces sciences par les hommes compétents» (1). a S'il en est autrémeilt en politique, c'est Uftique^itient parce que les anciens principes étant tôtn^ bés et les nouveaux n'étant point encore fi>rmés» il n'y a point, à proprement parler, , dans cet intervalle, de principes établis » (2)» . ^

' «'Il est évident que l'ordre social demeurera toujours nécessairement incompatible avec là liberté permanente laissée à chacun, sans le préalable accomplissement d'aucune condition rationnelle, de remettre chaque jour en discussion indéfinie les bases même de la société ».

'Quels sont les vrais savants qui, de nos jour^, béeraient parler de la sorte? S'ils ne tenaient point compte de la liberté de leur esprit,' il n'y aurait aucun progrès possible pour la science; elle en resterait toujours au même point où; à uiï momehl donné, les gens compétents l'auraient compiHse. Et c'est bien ainsi que l'auteur, sous Tin- 'fluence* de Tinfaillibilité que réclame le catholicîsmë, étant donné le fait qu'il en fondait un nouveau tiflë déclare lui-même), a voulu arrêter la science iàtix Kmites qu'il avait tracées, et sa politique ou religion aux limites et dogmes qu'il aVaitimaginés^ ' 11 est manifeste que le droit de libre examen,

~' {ty-poiitiq ue pos i tiv e ti^ Appeiitiice^^f^ii^ral,-^«-^«Hrt4«,-p. 52

(2) Cours, IV, p. 50-51. •

r tbtit: autre droit, est b&sé' sat »la' vâtfeur pftopvè de Pliidïvidu que Comte a dédàré éti^ô tlne abstraction, bien qu'il n'en soit pad yt^; ^^ boiï mathématicien, il a cru ne pouvoir mieux faire que de fonder sa philosophie sur des généra-» Irtés abstraites, oublieux qu'il a toujours été que lé-gétiéral a pour point de départ le particulier, et<qùe laVsynthèse ne vaut que par l'analyse du eonpret, quand celui-ci existe, bien entendu, dans r^ensémble de là nature. L'Individu fait partie de rhumànité, dont il est i^élément primitif; il a un rôle i y remplir, par conséquent une véritable valeuit p^rsoï^ï^dlcî' Il ïl'^st donc point une abs«» traction, un non être pur et simple^ ' Non seulement l'individu a un rôle à remplir, ftiais encore, de par la nature des choses, il a droit à une liberté lui ' permettant de remplir ce rôle qui lui est confié. Il est juste q^'il en soit ainsi, il sei*ait injuste qu'il en fCit autrement; Glkst là un principe essentiel de toute morale sëriétisë que^nejmt jamais comprendre^ sans doute, le créateur ^e la religion positive, puisqii'il déclarev en maints endroits du Cours^ que la notion: de Droit ^t anarchique et révolutionnaire, que l'homme n'a point de droits^ quil n'a que des devoirs, et que son seul droit est de faire toujours: saadèvoir (1).

(1) C*est à .mon ancien collègue Valat .que je dois la première cdiinaissaiice dé la formule de cette morale dé surenchère.

• Or^Iedevoîr consiste dans k; respect: du droH d'aUti'ui et le ferme mainUen du droit quî.noos e&t propre ou, en d'autres termes, It devoir conr siste dans h pratique de la justice. Cet énoncé sommait^ nous conduit à la conception de là morale qui consiste, essentiellement, dans \a dôu* ble pratique du devoir et du droite D'où rinâuffisance de la morale de Comte qui a l'AfFection^ la Sympathie, l'Amour pour unique principe :

amour de J'Hunianité, amour des hommes et phi9 spéciâlernent de la femme, qui est lé vivant symbole de t'Humanité niême, la véritable providence terrestre, Tancienne ayant fait son temps (1).

Saint-Simon avait emprunté au catholicisme l'idée de Charité et en avait fait le principe dé la marale. A ce mot, Comte en substitua, un autre : celui d'amour qu'il trouvait plus en rapport, probablement, avec ses dispositions personnelles; :. La morale, disais-je, comprend deux élénienta distincts : le droit et le devoir. Or, nôtre, nattire propre possède deux stimulants pour agir à ce doublé point dé vue, car nous n'avons pas seulement rintelligence qtri réclame la justice qui nous est due, mais encore l'intérêt personnel, quand il s'agit:du droit; et, d'autre part, l'affection^ la sympathie, l'amour qiie nous portons à npa sem-? blables, lorsqu'il s'agit de nos devoirs qui jimpliqu e n t une solidarité réelle en vers eux.

(1) Après avoir rendù/îl faut lui rendre cette juilîce, de jiômbreux services provisoires.

— liBi —

Gônrîte a déduit de son principe que, partout où \l ylavkil de fa morale, les deux né faisaient qu'un. Enivré d*amour et non de morale, comme Ta dit* k tot'tf Stuart Milt, il en a faille fond de la nature des^ choses. Aussi ne doit-on paâ être trop surpris de voir Comte, guidé par la morale du sentiment, &^e3(|[)rimer comme suit : « La constitutioii de Tes* pace doit finalement recevoir, en morale, rinvés-- ,tîture religieuse, après avoir caractérisé son apti* tu de théorique et même indiqué son èfGcpicité poétique »(!);« Bientôt doué du sentiment le Grand Milieu (rEspàce) développa son aptitude religieuse (ou morale c'est devenu tout un) confusément ébauché par la fétichité la plus systématique » (2). De-ce passage j'en rapproche un autre. « Regardé comme une institution du Grand Etre (l'Humanité) le Grand Milieu (l'Eai^ace) doit bientôt devenir non seulement plus accessible et plus efficace, mais aussi plus sympathique et plus respectable que lorsqu'on croyait à son objectivité » (3). Et puis endore un autre : a On doit concevoir aujourd'hui que, si la logique est la science de TEspace, réciproquement TEspace constitue la pleine représent^t^ofi de la logique o. Ainsi TEspace ou Grand Milieu est l'expression adéquate de la logique du

(1) Synthèse subjective^ p. 261.

(2j Ibid,t p. 353 : a Adoration de l'Espace ou Grand MiHeu, des planètes de notre système astronomique, de la Terre, du Soleil et de la Lune »• Ibid.^ p. 24 : « C'est surtout le Soleil et la Luae que nous devons spécialement honorer »•

(3) 76ii., p. 354. . .

sentiment, sans douté, et il tail aussi partie iiïtégrahte dé là Morale et de la Refigîon' ! :(^uél suprême gâchis!

De tout ce qui précède, il résulte que, pour Comte : a lie sentiment est le domaiuje. exclusif de la morale tant théorique que pratique, puisqu'il domine l'existence et, dirige la conduite » (il). 11 lui donne pour baseùniverselle la prépondérance continue de la sociabilité, sur la personnalité: (2X c'ést'à-dire la prépondérance de Taltruisme sur l'égoïsme. « La morale constitue le, culte affectif de celle-ci, et la science a ou la poésie" son: cUl te contemplatif » (3). ja La supériorité nécessaire :dé la morale démontrée sur la morale révélée (morale et religion toujours identifiées) se résume dans la substitution finale de Tamour de Thumanité à Tamour de Dieu»(4). «La morale si, vantée du^mô-» nothéisme consiste dans un immense égoïsm&i>($), ^ La vraie connaissance de l'homme intellectuel et surtout moral, n'a fait aucun pas capital depuis la fin, dû moyen-âge : elle s'est même altérée gravement, à beaucoup d'égards, sauf chez les principaux mystiques, qui, seuls, nous en ont, à leur manière, dignement transmis l'ensernble » (6).

(1) Système de politique positive, lll, p. 50.

(2) Jbid., dise, prélim., I, p. 136.

{Z) Ibid»t dise, prélim., I, p. 16i.

(4) Ibid\, p. 856.

(5) Ibid., p; 453; ^6) Ibid., p. 731.

. ;A.prè$ avoir e considéré la morale comme partie; intégrante d^la sociologie, Gomteen fitune sixième science supérieure à la sociologie et, quand celle-ci, çlevint une religion, il n'y avait plus aucun motif! pour ne pas lui adjoindre la moralç. Tout avait préparé le but suprême, puis tout se confondait avec lui, la morale comme le restç.

On constate sans discuter avec la Jogique <tu sentiment,, mais il est permis de discourir à son sujet et de se demander s'il y a, s'il peut y avoir. une morale individuelle^ La réponse évidemment ne. saurait être que négative. Le néant n'étant rien ne saurait avoir une qualité quelconque. Mais cojnc^me il y a. la collectivité, celle-ci est quelque chose, bien que constituée par un ensemble, de. négations.

L'individu n'étant rien comme le déclare Comte, ni statiquementy ni dynamiquement^ et la morale devant être l'attribut de quelque chose il faut bien qu'elle soit l'attribut d'une collectivité, la cité par exemple, à laquelle on assigne une véritable conscience. Par contre, la concience personnelle est comme une hallucination de l'individu. Ce point de vue est celui du socialisme qui fait de la cité UA organisme naturel, dont chaque individu fait partie intégrante. Cette doctrine peut se targuer d!une illustre origine, car elle procède d'Aristotè. ^î^-A son direja cité est une production de la nature un Çôov, un vivant qu'il faut étudier par l'analyse

expérimentale comme tous les êtres ^animés Jf)Xl). « Là, dit M. de Greef, est la grande révohiiiôiv doctrinale à laquelle nous aboutissons avec ce pré-curseur incomparable de la sociologie positive, pensée fondamentale qui relie le monde grec à la pensée moderne la plus* avancée » (2). Dans ce Çôov d'Aristote il est facile de reconnaître, Thumanité de M. Comte, conception métaphysique au premier chef, puisqu'elle n'est point un fait d'ob* servatipn, que c'est d'elle qu'il fait procéder tous les humains, et, qu'à ce titre, elle en serait la cause bien certaine. Comte,- lui aussi, est tin métaphy^ sicien tout comme un autre, mais sans le savoir et certaini^ment sans le vouloir. Et l'humanité, au dire de celui qui l'a créée, jouant le rôle de .providence pour les simples mortels, est, soit dit en passant, entachée de finalité. C'était le moment d'invoquer les conditions d'existence, car si l'argu-. ment vaut contre la providence de Dieu, il vaut aussi contre la providence de l'Humanité.

La logique rationnelle ne se serait vraiment pas prêtée à des contradictions pareilles. -

L'auteur du Cours et de la Politique positive était, comme on le voit, imbu de socialisme sans s'en douter, et quelques-uns de ses commentateurs ne s'en sont pas doutés davantage, parce qu'ils s'en sont tenus à certaines assertions con-

(1) Espînas, Sociétés animales,

(2) Le transformisme social, p. 57.

ti!ait*es à la doctrine. Quant à lui^ il n^aVait accordé ^^ane chose au socialisme, savoir le principe essentiel d'où dérive tout le reste : la négation de l'individualité et laffirmation exclusive de ta collectivité. La négation statique et dynamiquede l'individu devait imprimer à la morale un caractère çKcluslvemenl social. En voici la preuve sans ré-« plique : « L'homme n'est au fond qu'abstraction pure; il n'y. a de réel que l'humanité, surtout sous le rapport intellectuel et moral » (1). « Ce n'est pas l'individu, c'est la cité qui est raisonnable et libre; religieuse et législative, industrieuse, savante et artiste » (2). « L'entité individuelle âme doit être remplacée par le groupe social : élite ou Etat » (3). «Le citoyen est immergé dians J a cité comme l'animaicule dans l'animal » (4). En un mot ce que^ la cellule est dans le corps vivant, l'individu l'est dans la cité qui remplace, ici, l'humanitéde Comte, collectivité qui a plus d'envergure. Donc tout proçéd£|nt de la collectivité l'individu n'a qu'à obéir dans l'ordre civil, administratif, moral, religieux, scientifique, artistique. Quand ces belles concept tions seront réalisées avec certaines autres qui leur correspondent ; a L'âme humaine ploiera sous le poids des félicités » (5). Croyez- le si vous le pouvez, si votre innocence s'y prête.

(1) Comte, Cours^ ^2-3-4) IzouleU 15| Ibid.

:Laissarit decôt^'tout.ce qUi est indépendant de Kéthiquç, nous devons conclure que la morale individuel(ei se résume dans l'obéissance à peu prèa absolue bu absolue à une certaine collectivité, ce qui coïistitue une servitude, un esclavage, a Le ssouverain.pouvoir des corps organisés régit les composants individuels avec une règle de fer », comme l'a dit ïHuxley. Tel est bien le tableau que nous offi'e la. morale, biologique, et. il faut bien avouer que la. morale sociologique de Comte ne nous donne pas plus de liberté. Dans les deux cas é^est la suppression de Têtre responsable que nous sommes, de science certaine, car de ceci l'évidence est; immédiate. Comme Ta dit M. Bouillier, s'inspirant de Rant : <c L'homme est sa loi à lui-même (autonomie de la rawo/i); il Ta porte au dedans de lui, iimprimée dans sa propre essence ». Si la moi^ale possède un caractère exclusivement social nous sodomes conduits, nécessairement, à cette conclusion que la morale ce sont les mœurs, et,^ quant à la/concience personnelle, on ne saurait logiquement en tenir compte, si tant est qu'elle existe. Le mieux est de la considérer comme un hors-d'œuvre et de n'en parler jamais. Comte qui aibeaucoup disserté. sur la morale n'a jamais fait usage des mots de conscience et de remords, attitude en rapport direct avec de nombreux actes de sa conduite privée. La morale, étant socialisée, repose sur une collectivité de faits, et il est natMrel qu'on ait cherché à en faire une science spé-

.ciale, après ravbîr.difirtîngûëe de la sociologie, Bt avant de ràvoii' confondue avec la relTgioh. Tjél est le cas ^e ia docttine cbratiste. Pour elle Thuma^ fli té seule existe et 'elle^ est dii'igée par se& lois propres qui sont; impératives pour ; tous ces iantônoes d'êtréSt pour ces entités^ pour ces abstrac-^ lions qui sont désignés. sous ie nom djjidividus.ll en est pour notre espèce comme pour les autres animalités qui opt plus ou moins : chacune leur grand êtrCi Tous les membres de chaque , espèce se ressemblent entr'eux, aucun ne s'élève audessus de ses semblables-, et pour que ^l'analogie fût : poussée: jusqu au boùtv. dans Tintérêt de la syi%tématisation,<tous les hommes aussi devinaient se ressembler, exprimant, chacun pour son compte de |a même manière et également, rimpulsioa commune, provenant de Thumanité, vaste orga-» nisme dont tous les hommes font partie ou devraient faire partie, et auquel se rattachent quelques animaux supérieurs, comme supplément nécessairis sans doute, puisqu'il existe. C'est beaucoup d'hon-neur pour MM. les Singes, car c'est eux évidemment que la chose concerne., ; -Le moment xne paraît venu de faire appel à l'expérience qui ne nous montre point la collectivité pensant, voûlaàt, sentant, agissant, se conformant à uiie morale déterminée ou la foulant aux^ pieds; JVIais nous voyons tous ces actes émanés surtout dei9 individus eux-mêmes, les uns dans une mesure.plus/ôu moins restreinte, les autres avec

une puissance exceptionnelle. -Alors il» peuvent devenir les: conducteurs des > peuplés en leur ouvrant largement les voies du prôgrès.'Qu'ont fait ces hommes-là ? Ils ont» d'après Corate^ pensé pour ceux qui ne pensaient point et qui évidemment Constituent le grand nombre. L'explication ràe paraît heureuse» mais il y en a simultanément une autre provenant de la même source : ces hom-^ mes-là ont eu la bonne chance» pour eux et les autres» d'éprbuver en eux-mêmes Timpulsion progressive provenant de Thumanité elle-hlême. Nous pouvons donc observer les phénomènes qui se passent en nous» à moins de les ayoir éprouvés sans les apercevoir.

Pour Comte la morale, ayant remplacé la socio^ logie^ comme terme suprême de la hiérarchie» est devenue la science par excellence et Tart prin-» cipal.

Il y a lieu par conséquent de se poser la ques-» tion suivante : si la science des mœurs existe pour les espèces animales supérieures (ici mœurs» et habitudes se confondent), il est permis d 'ad niettre aussi» pour l'homme» une science des mœurs ne se différenciant pas non plus des habitudes sociales, dans leur action et réaction mutuelles. D'où, la conséquence qui s'impose d'admettre corrélativement que tous les faits quelconques aient au point devue scientifique une valeur égale. Ces faits SonÇ liés étroitement aux lois qui régissent la nature humaine» et celle-ci ne peut que s'y conformer.

sahs même s'aperi^evoîr qu*elte y .ès^t étroKemerit obligée. Eixeffet,quand il s'agit ideJois Ualuralles^ il n'y a point d'idéal à mettre en balancé avec les inipératifs de notre organisation. A ce point de vue, il n'y aurait qu'à se coiXfo.rnier à là règle doninée par les Stoïciens : o^ Zfly ôtioXoY<>u[j^éva>ç <p.t5<^t » (vivre conformément à la nature) (1).

11 y a deux manières très opposées de cohnprfenr dre ce <ju^ dpi.t être l'action de l'homme dans là vie. Pour: Çakyamouni (le Bouddha), ce principe d'action est pn immense amour pour toutes lés créatures humaines* 11 paraît également; être larè* gle morale principale da Christianisme, qui ne s:est produit, dans le monde, que plus de six cents ans gprès le Bouddha — Pour le Stoïcisnie, Dieu, qui est là i^aisou universelle, est aussi lé père commun deshommeàq,ui sont tous frères et égaux entre eux^ membres .d'une même famille : l'humanité ; d'où 1$ devoir d'aimei* Dieu et les hommes» II: faut vivre selon la nature, ce qui est vivre selon la raison et selon Dieu qui se confond avec la nature. Aces parole^, Cicérou a apporté sa contribution : « Le fOnderpent du droit est le penchant naturel que nous avons à ri0us aimer les uns les autres. Cari-t^9 humuni gcneris. -

On connaît l'opinion de Comte. Je citerai encore comme ;cOnforme â la même opinion celle , de

(1) Ils l*ônt prise dans un toiil autre sens que je ne paraiar la

ment aii Toiir qm '86ul ekisl^v î^'éxislence' propre d€«^i«dmdnrest illusoire jo. ' ; -. :

' Telle est la première manière <Jè comprèndlré Faction de Thomme, Voici la secondé. , - '■- ' W^i^tès'Hohbéu : BèUu^nv ùmniUrn contra ontnès\ la guerre detoiié oohtre tous. Telle est du moins la loi de la natàf^\ mais l'utilité commune jsx4ge l'ordre et la paix entre \k& hommes^. D'où lia tiéôes^ site d^upe puîssarice absolue :enti-e les mâins^ d'^irt dïef et de Tobéissance absolue de^ la ^pâfrt' dès sujets. Quant à Darwin, je me cottteriterai- de eitef ^uél est, d'après lui , pour les bofniqes comme pour les animaux, le principe fondsiaietitalrde l'act tion : î La: bataillé pour la vie ^ — ^: ïl me suffirait^ relativement à là mbrale utilitaire, en tant qu'elle peut-être exclusivement personnelle, de rattacher cette morale à celle qu'a formulée Darwin, aveô tant dé force et tant d'éclat. (Le ^it éclat faiblit depuis les travaux de Vriès.) r

S'il s^agit d'une science dite positivé, qu'avons nous à faire ou plutôt qu'a-jt-on fait pour la coâs-f tituer ? On a observé,^ puis établi des rapports de concomitance ou de succession. Alors la science a été organisée dans ses données essentielles, sauf L'interprétation de la nature.

Si la morale est aussi une science positive, nous n'avons qu'à observer les faits et constater les rapports qui les unissent* 11 est évide;it qu'en tenant compte des espèces sociales, ce que ComtQ

-nV jamais fait, nous avons deiix scieiicfes motjares) ou plutôt deux sciences des rtîcéurs. Oh pourrait comprendre quTl y en eût une troisiênie- avec uù -égoïsme modéré, par exemple sï on^ admettait que l'utilité générale comprendaussila majeure partie des intérêts particuliers, ou bien encore en faisant tempérer la bataille pour la viépar las instincts sociaux d^amour ou de sympathie-

Les sciences positives!- ne faisant point de rér ponsès multiples sur les mêmes questionà,:il ei?t évident que si,; par hasard, la morale est une en elle-même, les sciences des mœurs étant mUltiv pies, ces sciences-là ne sauraient s'identifier avec 1a< morale. Celle-ci répond à un* idéal dont lésélé^ ments se ti*ouvent dans la raison humaine, tandis :que' les sciences des mœurs ne sontquedes ré^ul^ tantes généralisées des pratiques qui sont en rap?^ port avec les espèces sociales.

Ceci nous prouve que nous sommes, ici, en pré»sence d'autre chose que de phénomènes et de rap- -ports constants. C'est ce que Comte n'a: pas compris, puisqu'il a mis la morale tout en haut de la hiérarchie des sciences positives (ce qui signifie Àaturelies, dans sa pensée comme dans celle de Saint-Simon). Si elle en était une, elle devrait présenter,, à ce titre-là, un caractère sur lequel le fon>dateur de la religion démontrée a beaucoup insisté, savoir celui de la prévision exacte des phénomènes que les lois positives nous donnent toujours.- D'où il suit que, cette caractéristique inâiiquant, ;ce

qu'c^lIe lie fait jamais pour les sciences dites positives, Téthique de Comte» unie ou non à la sqcio* lôgie, ne fait point partie de ces dernières.

Si la morale est une affaire de collectivité, corn^ ment se fait-il que « la morale personnelle soit lé premier fondement nécessaire de toutes les autres »(1) ?

Comment se faiUil que : ce la morale générale soit d^abord personnelle, puis sociale, Timportance fondamentale de la première étant déjà reconnue par les anciens» ? (2) que: a étant donnés trois degrés de la morale universelle : personnelle^ domestique et sociale, le premier soit la base primordiale de tout le développement moral • ?

Mais ici arrive l'assertion suivante qui dous montre, sur ce chef, Tunité de la pensée de Comte : « développement moral, et à ce titré ràdicalenfient soustrait à l'arbitrage de la prudence personnelle pour èti*e désormais imposé pleinement à Ten- -semble des prescriptions publiques » (3). L'indij- >^idu n'a qu'à se conformer passivement aux préceptes d'action morale qui lui sont imposés par qui de droit. Sa personne n'est plus qu'une argile malléable entre les mains du pouvoir spirituel., car : « l'homme proprement dit. n'existe que dans le cerveau trop abstrait des métaphysiciens

. (1) Cours, IV, p. 101, et Cours, V, p. 154. (2) Politique positive^ 111, p, 59.

: (3) Coûts, VI, p. 739.

çt il n'y a au fond de réel que rhumaaité » (l).

d En morale, jusqu'au cas purement individuel, tout doit être rapporté non à Thomme^mais à Thumanité » (2).

L'individu n'est plus qu'un simple fanlôme dont ; « l'éducation morale a pour caractère général d'habituer l'homme à se subordonner à l'humanité, jusque dans ses moindres actes (purification physique comprise) » (3),

Evidemment rien n*y manque.

Après la question fondamentale en morale du libre examen, Comte aborde celle de Tégalité, qu'il considère comme liée à la liberté illimitée de la conscience. C'est à ce titre que j'aborde le sujet.

Ce principe ou ce dogme n'implique nullement l'égalité essentielle de toutes les intelligences, conception qu'il faut laisser à ceux qui ne pensent point. Pour ceux qui pensent, ils n'y voient et ne peuvent y voir que l'égalité de tous les droits devant la loi. Pareille pensée ne pouvait être celle du créateur de la religion positive, puisqu'il déclare^en maints endroits du Cours, que la notion de droit est anarchique et révolutionnaire, que l'homme n'a point de droits, qu'il n'a que des devoirs, que son seul droit est toujours de faire son devoir (4). Comte n'a pas compris la nature

(1) Politique positive l, p, 3Z^,

(2) Cours, VI.. p. 739.

C^) Politique positive îf]^. 9S, (4) Cours, IV. p. 54.

DupuTf 13

de l'égalité dont îl s'agit. Il a fait d'ailleurs a cette occasion une observation exacte et, qu'à ce titre, je crois devoir mentionner, a Le progrès continu de la civilisation, loin de nous rapprocher d'une égalilé chimérique, tend au contraire à développer entièrement des différences intellectuelles essentielles » (1). Oui, sans doute, et il s'agit de faits individuels dont la grande valeur possible se trouve par cela même constatée.

De même que Comte a reconnu que le principe de la liberté de conscience a eu sa valeur-propre, à un moment donné, entant qu'anarjchique, parce qu'il fallait dissoudre l'ancien système politique, de même il a attribué la même valeur et la même efficacité au principe de l'égalité. Toutefois il est nécessaire de rappeler ici qu'il ne s'agit point pour Comte de l'égalité devant la loi, celle qu'implique l'égalité des libertés, mais de l'égalité des Intelligences.

Je passe maintenant à la question de la souveraineté du peuple, qui n'a jamais été comprise, par les gens un peu teintés de raison, que dans le sens de souveraineté de la nation, prise dans l'intégi'alité de ses éléments constitutifs, et nullement dans celui de la souveraineté du prolétariat (2). Ceci posé, Comte prend la parole : « Le

(1) Cours, IV, p. 54.

(2) Il était réservé à Comte d'annoncer la prochaine venue d'une dictature prolétarienne. Nous n'y sommes point encore ; y marchons-nous ?

dogiîje de la souveraineté du peuple est la seconde cohséqiienCegénéralei non moins nécessaire, du principe delà liberté illimitée de conscience, ainsi finalement transporté de Tordre intellectuel à 4'ordre politique. Ce dogme révolutionnaire et anarchique, en s'exerçant, a aussi rendu des services transitoires. La consécration de la souveraineté du peuple a seule pu permettre la libre succession préalable des divers estais politiques, qui aboutiront à l'installation d'un véritable système de gouvernement^ avec son double ordre de souveraineté »a

Je contesté absolument que le dogme ou principe de la souveraineté du peuple soit une conséquence: diréctç et nécessaire de la liberté de conscience. . :

La conscience libre, par cela seul qu'elle existe, n'a point produit la souveraineté du peuple, et on a vu des nations, possédant celte souveraineté, se déshonorer par les actes de persécution auxquels elles 3e sont livrées contre ceux qui proclamaient la souveraineté de leur conscience.

Qui dît morale dit règle des mœurs, qui dit règle dit loi à laquelle Thomme est tenu de conformer et sa conduite individuelle, tout d'abord, et sa conduite sociale ou collective, ensuite. La science ayant trait surtout aux généralités de la nature^U s'ensuit que ce terme ne peut s'appliquer qu*à des collectivités de phénomènes ou d'êtres.

Si l'homme n'était qu'un simple prolongement

Je la nature animale, comme le prétendent Comte et toutes les écoles matérialistes dont il s^imagine se distinguer, il est manifeste que la morale se réduirait à la science des mœurs, ce qui est un fait d'évidence chez les animaux. €'est ainsi qu^on a dit : « que la morale et le droit ne sont que des habitudes collectives... Ihéring a rendu un grand service à la morale en y intégrant définitivement Tétude des mœurs. ..Les faits de la morale, ce sont les mœurs, les coutumes, les prescriptions du droit positif, les phénomènes économiques à caractère juridique » (1). Dans ces conditionsi, il y a science des mœurs, évidemment, mais il n'est pas moins certain que la moi*ale individuelle, basée sur la conscience de la personne, n'existe plu^, car par définition elle ne saurait être l'objet d'une science particulière.

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