‹ Le positivisme d'Auguste ComteChapitre 17 sur 26 · DU BEAU · texte numérisé non relu

DU BEAU

Comme je l'ai dit précédemment^ c'est la question de l'Art que Comte a spécialement traitée dans la Po////ywe. 11 y mentionne cependant le Beau, mais l'ensemble du chapitremontreévidem?. tnent qu'il n'établit aucune différence entre le fait d'idéaliser, celui d exprimer l'idéal conçu et le sçn-' timent ou l'esthétique proprement dite. Idéaliser créer untype^ exprimer ce type sont des opérations intellectuelles, pouvantètre subordonnées, il est vrai, conime évolution, à un fait de seasibi^ lité qui est l'occasion et non la cause efficiente de la création du type. Donc la part du sentiment est Incontestable, mais de là on ne saurait conclure qu'on doive lui rapporter l'idéalisation ou le type

créé. Comte serait cependant conduit à celte coa^ séquence par sa théorie du Bien. En efFet, il le considère comme une émanation de TafFectivité ou de Tamour. Or TafFctivité est consécutive au juge ment moral. A ce point de vue, il y aurait donc une différence essentielle à établir entre le Bien, et le Beau,. différence que Comte n'a point signalée, porté qu'il était à voir dans le Beau un élément du Bien. Suivant les propres paroles de Cousin : a En confondant le sentiment avec la raison dont il n'est que Técho, on lui ôte son fondement et sa règle » {!).

Le Beau répond à un idéaKparticulier, à point de départ externe ou interne. L*art consiste dans l'expression du Beau et des sentiments qui peuvent s'y rattacher.

D'après Comte, la source de l'art est dans le sentiment, bien qu'il ait pour base la raison. Le sentiment, à son dire, suprême principe de toute notre existence, dans sa forme morale, devrait être l'origine du développement de l'art qui, pour lui, est un fait d'harmonie sociologique, caractère qui me paraît singulièrement manquer de précision. Et ce fait résulterait de la liaison nécessaire du système musculaire et du système nervèux.^Nos mouvements d'abord involontaires, puis volontaires, traduisent nos impressions intérieures surtout morales et réagissent sur elles. Tel serait

' (1} Vv Cousin, du Vrai^ du Beau et du^^ien,^, ï^%.

le germe de la vraie théorie de Tart, c'est-à-dire dû Beau. Si les mouvements musculaires sont le germe de la théorie du Beau, pourquoi ne le seraient-ils pas aussi du Vrai et du Bien? L^idéalisàtion, la conception intellectuelle des types n'ont aucun rapport imaginable avec le mouvement musculaire comme dérivation ou évolution. On peut en dire autant, bien entendu, du Vrai et du Bien. Ce germe est une pure rêverie.

D'après Comte, le sentiment étant le principe suprême de toute notre existence et, par conséquent, Tesprîtétant le serviteurdu cœur,il s'ensuit que le Vrai, le Bien, le Beau lui sont subordonnés. C'est ainsi que le Bien procède du cœur et que Famour est son principe. Dans ces conditions, le Beau, lui aussi, doit procéder du cœur d'où viennent les grandes pensées.

À cette doctrine, j'ai toujours une réponse identique à faire. L'intelligence emploie le même procédé daas-trois cas, savoir un jugement qui, en luimême^ n'est ni uii sentiment du vrai, ni un sentiment moral, ni un sentiment du Beau, mais qui est apte à susciter en nous l'un de ces sentiments, suivant la différence des cas.

. Comte, à propos d'art, ne pouvait manquer de signaler, d'une part, les hautes destinées que le positivisme réservait à celui-ci, et d'autre part, le rôle éminent que remplissaient à cet égard les ti'ois éléments essentiels du pouvoir modérateur, savoir les prolétaires, enclins par nature à accepter

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la doctrine nouvelle, les femmes qui sont, au premier chef, les interprètes du sentiment ou de Tamour, et le sacerdoce.

Ici, pour la postérité qUe nous sommes, au jour présent, s'est déjà ouvert un brillant avenir esthétique, car, ne Toublions pas, à la fin du xîx* siècle^ l'Europe occidentale est devenue positiviste. C'est le grand Pontife lui-même qui en a prévenu son Eglise. Quand les besoins sociaux l'exigeront, les principaux membres du sacerdoce deviendront de véritables poètes, l'office purement philosophique cessant alors de réclamer le service des plus hau* tes intelligences.

Et cependant leurs attributions ordinaires sont plus scientifiques qu'esthétiques, mais il y a une identité fondamentale des deux aptitudes que jadis on jugeait différentes entre elles. Le génie scientifique et le génie poétique ne se distinguent réellement, d'après Comte, que par la diversité de leurs combinaisons, concrètes et idéales chez l'un, abstraites et réelles chez l'autre. On passerait aisément d'un genre à l'autre.

Le grand pontife, le suprême organe de l'humanité, sentait-il par hasard sommeiller en lui le génie d'un Homère, d'un Virgile, d'un Dante, d'un Tasse, d'un Corneille ? Mais sans doute, pour ce qui le concerne, la condition voulue, savoir les besoins sociaux de son époque, né l'ont pas poussé à mettre au jour d'éminentes créations épiques ou dramatiques.

Après Comte, son successeur, M. Pierre Laffitte, lie s'est sans doute jamais trouvé non plus dans une nécessité pareille, et c'est ce qui explique pourquoi nulle épopée ou toute autre œuvre artistique de haut vol n'est sortie de sa main puissante au même titre que celle du maître, car Tesprit de rhumanité reposait sur lui.

Il y a d'ailleurs une autre interprétation qu'on est libre de choisir : Comte avait été doué par la nature d'un jugement faux et là où il voyait de l'identité il y a une diversité profonde. Il est resté ce qu'il était; M. Pierre Laffitte est resté ce qu'il pouvait être, et on ne peut voir dans ces vues risquées sur l'avenir, auquel le temps présent donne un démenti formel, que l'application de la logique du sentiment, qui nous vaut toutes ces rêveries plus ou moins esthétiques. Le système une fois constitué, il n'y avait plus qu'à le présenter sous le jour le plus favorable et à en dire des Imerveilles.

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