‹ Le positivisme d'Auguste ComteChapitre 18 sur 26 · LE MOI HUMAIN · texte numérisé non relu

LE MOI HUMAIN

La nature humaine est, d'après Comte, un simple prolongement de la nature animale; il déclare qu'il n'y a a aucune différence essentielle, entre les deux, que celle du degré plus ou moins prononcé que peut comporter le dévelo[)pement de facultés nécessairement communes à toute vie animale ». Cet auteur ne reconnaît dans le genre humain

qu'un état certain de complexité supérieure; aussi rejetle-t-il le moi et l'unité à laquelle il se rattache. Il n'admet pas davantage l'idée directrice de Muller, comme explication de la Vie, qui aurait aussi besoin d'explication sous le même rapport. Comte rejetait les explications et toutes les causes. Dans la circonstance, en niant la liberté morale chez l'homme, il a supprimé, d'un trait de plume, la morale qu'il a prétendu identifier avec l'amour. Or, la morale ou la conception et la pratique volontaire des règles de la conduite, perçues par la Raison, est précisément la véritable caractéristique de l'être humain qui, par cette éminente faculté, régit les instincts qui n'obéissent qu'à eux-mêmes dans le règne animal proprement dit. Celui-ci d'ailleurs n'est pas seulement un ensemble de facultés diverses, car il a son unité dans l'idée directrice qui rend compte de l'ensemble harmonieux que présente l'être vivant.

Ici nous nous trouvons en présence du double dynamisme de TEcole de Montpellier. Je la signale et ne la discute point.

Ainsi il n'y aurait point chez l'homme, et il n'y a point chez tous les autres êtres animés (pas plus pour le régne végétal évidemment que pour le règne animal) d'unité proprement dite, niais il y a un consensus, c'est-à-dire une harmonie, harmonie qu'on ne saurait concevoir, d'après les principes de Locke, comme un fait spontané de la matière originelle. Un chef-d'œuvre de Beethoven ou de

Mozart est aussi un fait triiarmonie transcendante ; mais derrière ce fait il y a la conception, il y a le sentiment et, en un mot, la réflexion, comme disait Locke quand il différenciait les opérations de Tesprit de celle des organes des sens. Un consensus, une harmonie, œuvre de Tinintelligence, c'est-à-dire du purhasard,estun jugement absurde, mais qui ne saurait surprendre de la part de Comte.

Je viens de donner un aperçu sommaire de la philosophie de Comte qui me remet en mémoire ce que me disait un jour mon collègue Valat, au sujet de son ancien ami. Lui ayant fait une objection relativement à une opinion de celui-ci, mon collègue me répondit simplement : Auguste Comte ignorait la Philosophie.

Le temps me paraît avoir consacré le jugement de M. Valat.

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