LA FAMILLE
Le point de départ de la sociologie est évidemment la famille humaine : le père, la mère et les enfants, de même que le point de départ de la famille est l'individu. D'après Comte, l'individu ne peut être le principe de la Société parce que celle-ci, étant une collectivité, doit être composée d^éléments ayant le même caractère. D'où il faudrait conclure, que la famille étant une col- Fectivité, elle ne saurait avoir Tindividu pour point de départ. Il aurait mieux valu s'en tenir à ce que Tauteur a dit dans un autre endroit : i^a famille est l'intermédiaire entre l'individu et la société. Il y a là un aveu que l'individu n'est pas une simple négation.
Le pourquoi de la constitution de la famille est sans conteste l'attrait des deux sexes, l'un pour l'autre, puis, comme complément, l'affection instinctive des parents pour leurs enfants. Tel est le début incontestable de l'organisation sociale, mais il y a évidemment plus encore puisque les familles,
après avoir été plus ou moins isolées, finissent par se groupei' entre elles et constituer des tribus, des cités, puis de véritables nations. Est-il survenu ici un fait nouveau, chez l'homme, ou bien cède-t- il à une tendance instinctive, à une extension du sentiment d'affection qui a déterminé la constitution de la famille ? Comte, qui devait faire un jour du sentiment le principe universel, la raison d'être de toutes choses, n'a vu, dans le groupement des hommes entre eux, qu'une extension pure et simple de Tamour familial. Dans beaucoup de groupements primitifs, existant encore sous leur forme originelle, on peut admettre qu'il en a été ainsi, parce, que les peuplades, organisées en tribus sont généralement pacifiques, mais celles qui sont devenues guerrières, ou par nature ou par les nécessités de l'attaque, trouvent dans l'organisation en société une utilité de premier ordre. D'ailleurs, il y a, dans les organisations de cette nature, une collaboration qui s'établit entre les individus et qui les met sur la voie du progrès industriel, véritable idéal à réali-. ser pour toute société, sous les normes supérieures de la liberté et de la justice, soit entre les nations,, soit entre les individus d'un même peuple. Dans l'union sociale, il y a donc une question d'utilité incontestable dont il faut tenir compte.
Ce point de vue de l'utilité nous met en pré-, {>ence de la question d'égôïsme, que notre auteur considère comme la faculté prédominante parmi
l<*s sentiments humains. Cela posé comme incoiî-4 testa ble, chesi l'animal et daiis ce que .M, dé Quatrefages appelait le règne humain, il ne faut attribuera Tégoïsme ce premier rang que par cè/que Fobservation des phénomènes leluiassigne.Les faits de cet ordre sont plus fréquents que tous ceux qui impliquent, à un degré quelconque, Taffection pour autrui et le sacrifice de soi-même. Telles sont les mœurs chez l'animal, et telles sont les mœurs qui doivent exisler chez Thomme, en vertu de lanature des. choses, si le réçgne humain, comme Taffirme Comte, est bien réellement le prolongement du règne animal. De là cette grande loi de la bataille pour la vie, proclamée par Darwin, qui S'applique, généralement, aux relations individuelles et à celles de peuple à peuple. Cette loi^ est line question d'utilité bien ou mal comprise^ et pas autre chose.
Comment Comte, qui prétend fonder une philosophie en la basant sur les lois de la nature, et qui, dans Tcspèce, devrait conclure de Tanimal à rhoTïime, comment, dis-je, Comtea-t-îl pu justifier, vis-à-vis de la donnée fondanientale de sa doc-: trine, la substitution de Tamour aux rivalités et luttes de la force égoïste. On ne pourrait accepter pareille substitution que si la chose se lût déjà accon'^plie par u^n progrès naturel qui mettrait en doute la prédominance native de Tégoïsme. Gr il n'en est rien et le conflit des intérêts règne toujours eu maître, sur les destinées humaines. Conite
a vu dans Tamour un idéal qu'il a voulu universaliser. Malgré les démentis incessants de l'observation, il a prétendu remplacer le fait brutal, la loi victorieuse du plus fort, par l'idéal le plus élevé qu'il pût lui-même concevoir. C'est ainsi qu*il a été conduit à en faire la base de la morale ou plutôt la morale tout entière.
Le déterminisme de la nature devrait sans doute dominer aussi le monde social, dont il ne donne point Texplication complète, tandis que nous assistons ici à un singulier spectacle. Au lieu de s'en tenir aux faits les plus nombreux, à ceux qui dominent, dans la pratique générale de la vie» nous voyons un savant, d'une espèce toute particulière, qui prend Texception pour la règle et prétend en faire la loi de la nature.
Comment Comte a-t-il pu s'éloigner ainsi de Tobservation proprement dite ? 11 à sans doute nié toute psychologie subjective, sous le spécieux prétexte qu'elle était imposible, mais il a admis néanmoins une psychologie objective. Par leur manière d'agir, on peut reconnaître ce que pensent nos semblables. Oui sans doute, mais délaissant sa propre méthode objective et ayant cru qu'il pouvait, à l'exemple de Gall, faire jouer un rôle de premier ordre à l'hypothèse dans la physiologie cérébrale, il admit, sans preuves suffisantes, que nous avions dans la partie moyenne du cerveau un puissant organe d'altruisme qui, par son importance, étant données ses dimensions, l'em-
porte nécessairementsurrorganequi est le siège de Tégoïsme. Ce puissant organe découvert par Gall et reconnu pour tel par Comte a été, depuis lui, particulièrement attribue par d'autres savants au système moteur.
A propos de Tégoïsme, Comte a jugé l'occasion favorable pour lancer une bordée de plus contre la métaphysique. C'est elle en effet qui a inventé l'utilitarisme, à ce qu'il prétend. Or il déclare luimême qu'il faut étudier la science non pour ellemême, mais pour l'utilité que l'humanité peut en recueillir. Dans certaine lettre à Valat, déjà citée, il est très formel à cet égard. Ce caractère utilitariste a été signalé par Fouillée.
La (coopération des hommes les uns avec les autres, par la division des emplois et l'échange des services, rentre évidemment dans la donnée de l'utilitarisme, et Comte lui-même a reconnu que lesavantangesde cette coopération devaientamoindrir les sentiments d^ sympathie et d'affection qui,â l'origine, avaient déterminé le groupement des sociétés humaines. L'amour principe universel Test donc à un moindre degré que l'auteur ne la prétendu, puisque l'expérience nous le montre soumis à une véritable restriction. Il bat en retraite devant un fait d'utilité pure.
Dans les combinaisons sociales proprement dites, le sentiment de la coopération, jusqu'alors accessoire, devient donc prépondérant, et l'instinct sympathique, malgré. son indispensable per-
si»tance ne peut plus former le lien principal. Sans doute Pliomme est, en général, assez heureusement organisé pour aimer ses coopérateurs, quelque nombreux et quelque lointains qu'ils puissent être. Mais un tel sentiment, dû à une précieuse réaction de Tintelligence sur la sociabilité, ne saurait certainement, par sa nature, avoir jamais àssezd/énergie pour diriger la vie sociale (t).
Décidément le principe universel ne Test pas suffisamment. Il est inférieur à sa tâche. Donc il n'est point universel.
L'amour étant supposé princij)e universel, il est celui du mariage commede tout le reste. 11 est donc, en premier lieu, la raison d'être de la société. Celle-ci ayant son point de départ dans la famille, avant d'aller plus loin, en Sociologie, il faut déterminer la vtdeur propre des éléments qui la constituent. Le premier de ces éléments est le mariage lui-même, qui ne doit exister qu'entre un seul homme et une seule femme. C'est la monogamie qui a succédé à la polygamie des anciens chez les peuples les plus civilisés.
Il doit exister une inévitable subordination naturelle de la femme envers l'homme, dont tous les âges delacivilisation reproduisent, sousdes formes variées, l'ineffaçable caractère... a Chimériques déclamations révolutionnaires sur la prétendue égalité des deuxsexes,la sainephilosophiebiologi-
(1) Comte, Cours, IV, p. 420.
que démontrant directement, soit par l'examen anatomique, soit par Tobservation physiologique les différences radicales, à la fois physiques et morales, qui, dans toutes les espèces animales, et surtout dans la race humaine, séparent profondément Tun de l'autre ». a Rapprochant, autant que possible, l'analyse des sexes de celle des âges, la biologie positive tend finalement à représenter le sexe féminin, principalement chez notre espèce, comme nécessairement constitué, comparativement à Taulre, en une sorte d'enfance continue, qui Téloigne davantage, sous les plus importants rapports du type idéal de la raceo... a La sociologie montrera d'abord l'incompatibilité radicaledetoute existence sociale avec cette chimérique égalité des sexes ». « Evidente infériorité relative de la femme relativement à l'activité spéculative »... « Quant aux fonctions quelconques de gouvernement, fussent-elles réduites à l'état leplus élémentaire, et purement relatives à la conduite générale de la simple famille »... « En second lieu, dans le système réel de notre vie affective, les instincts personnels dominent nécessairement les instincts sociaux, qui ne peuventjamaisdevenir les moteurs habituels de l'existence effective »... a Heureuse destination sociale éminemment réservée au sexe féminin. Quoique ce sexe participe inévitablement, à cet égard comme à l'autre, au type commun de l'humanité, ilest incontestablequeleslemmessont, en général, aussi supérieures aux hommes par
un plus grand essor spontané de la sympathie et de la sociabilitéqu'ellesleur sont inférieures quant à Tintelligenoe et à la raison » (1).
« 11 ne faut point sans doute regarder la disposition Iroj) vulgaire à commander comme le signe d'une vraie vocation de gouvernement qui doit être infiniment rare, à cause de Téminente prépondérance qu'elle exige. C'est ainsi, par exemple, que Jes femmes, en général si passionnées pour la domination, sont d'ordinaire si radicalement impropres à tout gourvernement, même domestique, soit en vertu d'une raison moins développée, soit aussi parla mobile irritabilité d'un caractère plus imparfait » (2).
Voici, une fois de plus l'Amour, aux prises avec l'Intelligence. Le premier est la faculté dominante du sexe inférieur et la seconde du sexe supérieur. Mais si l'Amour est la faculté essentielle, primordiale de l'humanité, s'il constitue le principe universel, et que ce soit la femme qui le représente, c'est à elle incontestablement qu'appartient la primauté. Il y a là une contradiction évidente mais qui doit disparaître plus tard, lorque Clotilde Devaux aura accompli son œuvre, en régénérant son adorateur. Alors l'apothéose de la femme surgit.
Lorsque Comte fut devenu un homme nouveau.
(1) Cours de philosophie positise, IV. p. 405-406-407-408.
(2) Jbid., IV, p. 438.
il avait nécessairement modiRé son point de vue primitif, il le reconnaît lui-même, bien que ses admirateurs orthodoxes se refusent d'en convenir. Il faut pour eux qu'il ait été invariablement, d'un bout à l'autre de sa carrière philosophique, . rhomme d'une seule idée, ne pouvant être que la création d'une religion nouvelle : le culte de ce fantôme abstrait qu'il appelle 1 humanité.
Comte, régénéré par Clotilde, fut donc un homme nouveau que l'amour, l'amour pur, qui lui était inconnu, avait complètement transformé.
Le mari n'est plus le chef de la femme, comme à l'époque où certaine épouse s'adonnait à la métaphysique.
Ayant un rôle privé et public des plus élevés, la femme doit être nourrie par son mari, ou à défaut de l'époux et des parents, la société doit garantir l'existence matérielle de chaque femme. Suppression des dots et successions féminines. Affranchissement universel du travail extérieur et libre renonciation à toute richesse.
D'autre part le système d'éducation générale destiné aux prolétaires devra être étendu aux deux sexes.
Organes spontanés du sentiment, qui seul préside à l'unité humaine, les femmes constituent l'élément le plus direct et le plus pur du pouvoir modérateur destiné à moraliser, de plus en plus, l'empire nécessaire de la force matérielle. A ce titre elles sont chargées comme mères et puis^
comme épouses, de rEducation morale de l'humanité.
Les femmes n'ont toutes au fond qu'une même mission : celJe d'aimer. Quelle sera la récompensé naturelle dé leur destinée ? La nouvelle doctrine universelle peut seule instituer dignement le culte à la fois public et privé de la femme. Ce sera le premier degré permanent du culte fondamental de rhumanité, qui sera finalement le centre général du Positivisme, tant philosophique que politique.
Le culte de la femme ne put être qu'ébauché au moyen âge. Le positivisme dispose autant Tesprit que le cœur à organiser dignement, dans toute la vie réelle, soit privée^ soit publique,* le culte à la fois individuel et collectif du sexe affectif par le sexe actif. Le genou de Thommo ne fléchira plus que devant la femme. Chaque femme deviendra pour chaque homme la meilleure personnification de l'humanité. L'imperfection morale du sexe actif lui prescrit de développer, par un exercice assidu, les affections tendres qui sont, chez lui, trop inertes. Rien ne peut mieux remplir cette importante fonction qu'une pratique familière, à la fois privée et publique du culte féminin. C'est ce culte féminin, d'abord privé, puis public, qui peut seul préparer l'homme au; culte réel de l'humanité, car la prière humaine doit finalement avoir surtout en vue l'humanité. Clotilde a été Toccasion et est devenue le fond et
, le :rô«ijiïié de toute la doctrine de Comté sur ta
femJue: Il est inlassable suv ce chapitre et ne
sauvait ëleVér trop haut ce que jadis il appréciait
si i>eu^ Eil vo'rci de noUvélfes preuves. « Gomme
mèrcf iràbbrd, et bientôt comme sœur, comme
épouse surtout, enfin comme fille, accessoire-
^mentt comme domestique, sous chacun de ces
^quatre aspects naturels là femme est destinée à
'jpréservei* Thomme de la corruption inhérente à
son e^ist^ence pratique et théorique... Le pouvoir
matériel est concentré chez les grands ou les
riches:;: le pouvoir intellectuel appartient aux
•sages et aiix prêtres; le' pouvoir moral réside
'.parmi lès femmes. Dans l'Etat et dans la famille ïe
second et le troisième constituent un pouvoir
unique, sous le titre dé spirituel destiné surtout à
nïadifier lé pouvoir matériel ; la femme étantplacée
au pi^eniier rahgdè la socipcratie, comme offrant
ïa.iîîiçiHéune :péi*sônnifîcation du Grand Etre. La
•supériorité. de la femme devient évidente quand
5 ôai considère la disposition spontanée du sexe
-drxtvant à faire toujours prévaloir la morale.
. Jt Jjes'femnâes sont des^ Etres intermédiaires
.entre lés. hommes et l'Humanité ».
. .Non. seulement la contradiction de la pensée de Comte est flagrante entre le premier et le second
jugeriàent porté sur Je sexe féminin, maiason rêve amoureux, car i) a toujours Clotilde devant ses
-yeux, d^asse toute limite, ptil envient à s'ima-
iginërûneiparthénogenèse générale chez la femme,
DupuY 15
chez cet élément essentiel du pouvoir spirituel, chez cet être dont la suprématie est incontestable sur tous les autres êtres, chez cet être intermédiaire entre l'Humanité et Thomme, entre le remplaçant du Dieu traditionnel (auquel il est très supérieur) et Thomme. Pareille hypothèse biologique (la parthénogenèse) rapproche plus encore la femme de THumanité, puisque celle-ci, d'une façon inexplicable, a été lepointdedépartdu genre humain. C'est une conception systématique, cequi pourComte alavaleurd'une démonstration. Il commença d'ailleurs par la présenter comme une simple hypothèse, mais cette hypothèse finit par devenir l'objectif à poursuivre et à atteindre, ainsi qu'il a été dit précédemment.
Ainsi la suprématie de la femme est chose certaine. Elle occupe une place intermédiaire entre l'Humanité (Divinité positiviste) et l'homme luimême, L'Humanité sera l'objet d'un culte public et la femme d'un culte privé consistant dans l'intime adoration du sexe afiectif, car il fournit la meilleure personnification d'un ensemble fondé sur l'Amour. C'est un complément de l'adoration fondamentale de l'Humanité s'adressant à la mère, à réponse ou à la fille, que la sœur peut également remplacer, ainsi, que la domestique.
Je viens de donner, un exemple des transformations que la pensée de Comte a pu subir, en choisissant le sujet où sa pensée première a été singulièrement altérée. L'Etre inférieur devient l'être
incomparable qui joue ou qui est appelé à jouer le premier rôle clans Thistoire du genre humain, et cela au nom de la logique du sentiment qui finit par se substituer à toute autre.
Pareil exemple donne lieu à une remarque incidente. Dans sa première manière, Comte nous représente l'homme comme un simple prolongement du règne animal. Mais Tapothéose de la femme l'a conduite en faire la meilleure expression de THumanité, véritable déesse qui semble engendrer le ^ genre humain, bien qu'il ne lui soit uni que subjectivement. Cette abstraction a inspiré à Comte autant de Grands Elres du genre animal qu'il y a d'animalités distinctes. Chaque espèce est subordonnée à sa déesse particulière. Malheureusement l'ensemble de ces petits grands êtres ne ))eut offrir ledéveloppementprogressifdontjouit notre propre Grand Etre ou l'Humanité, parce qu'ils ne peuvent lutter avec avantage contre la concurrence que leur fait cette dernière. C'est ainsi que le progrès n'existe point, pour nos frères inférieurs, dont décidément nous ne procédons point; nous n'en sommes point le prolongement, car, s'il en était ainsi|Ce serait le Grand Etre des singes qui serait devenu celui des hommes.
JeTeviens à la femme.
> « La théorie positive de la force morale, qui est destinée à modifier le règne spontané de la force matérielle, est constituée par le concours nécessaire des trois éléments sociaux qui restent en dehors
de l'ordre politique proprement dit. Les femmes constituent la source domestique du pouvoir modérateur, dont les philosophes (pouvoir spirituel) deviennent Torgane systématique et les prôlétaîres la garantie politique... L*état définitif de l'humanité s'annonce ainsi comme pleinement confor- ' me à notre propre nature où le sentiment, la raison et raclivité correspondent exactement aux trois éléments nécessaires de l'alliance régénératrice... En fondant l'ensemble de la saine philosophie sur la prépondérance systématique du cœur, on appielle aussitôt les femmes à former unepartieessentiellc du nouveau pouvoir spirituel. Pour la spiritualité positive, elles constituent la représentation la plus naturelle et la plus pure de son principe fondamental... Sans sortir de la famille, elles iloivent, a leur manière, participer au pouvoir modérateur avec les philosophes et les prolétaires. Elles constituent en un mot les prêtresses spontanéescle l'Humanité. Leur office consiste surtout ^cultiver le principe affectif de l'unité humaine xlôrit elles olfrent spécialement la plus pure personnification... Les philosophes, à moins d'être indigiies dé leur propre mission, sentiront le besoin personnel d'aller souvent retremper leur âme à cette source spontanée de la vraie sociabilité... Devoir naturel de douce remontrance habituelle, de l'élément féminin, envers les deuxautres éléments du pouvoir modérateur, pour les ramener au principe fondamental confié à sa garde spéciale, en redréssarit
chez.ch'acun d'eux les vices auxquels il est enclin. Les femmes rectifieront chez les philosophes Tabus du raisonnement. L'action féminine redresse fréquemment chez le peuple Tahus de réaergie.
« Supérieures par 1-amour/ mieux disposées à toujours subordonner au sentiment rintelligence et racliyité, les femmes çoastituent spontanément des êtres intermédiaires entre THumanité et le s hommes. Le Grand Etre leur confie spécialement sa providence morale. Telle est leur sublime destination ».
La primauté de la femme est maintenant nettement établie. Elle représente éminemment Tamour universel, principe fondamental de l'Humanité, et, prêtresse de cette Humanité, elle est 1q tuteur naturel, le bon génie du prolétariat et du pouvoir spirituel qu'exerce le sacerdoce positiviste (les philosophes).
a Dans le mariage, le fait capital pour la femme n'est point la maternité, mais d être la compagne de i'honfime. La principale destination du mariage est. de compléter et de consolider l'iîclucation du cœur, .en développant les plus pures et les plus vives de toutes les sympathies humaines ».
-Telle est la théorie positive du mariage etde la famille où laqueslion de la propagation de Tespèce ne joue qu'un rôle fort accessoire. Qu'en pensent les naturalistes surtout qui nevoientidans l'espèce humaine que le simple^, prolongement du règne animal ? Décidéfnent ici plus, de continuité et IVa--
tura fecit saltus. « L'union fondamentale du mariage doit être exclusive et indissoluble. Point de divorce. Devoir du veuvage éternel, complément de la vraie monogamie qui est surtout destinée à perfectionner le cœur humain ».
La tUéorie du mariage est indépendante de toute destination physique; son efficacité personnelle et sociale serait réalisable dans une union qui resterait toujours aussi chaste que le lien fraternel. Quand la maternité survient, le positivisme attribue à la mère la principale direction de Tensemble de l'éducation domestique. En effet, l'éducation est nécessairement confiée au pouvoir spirituel, que la femme représente nécessairement au sein de la famille. Les femmes reprendront mieux qu'au Moyen Age la présidence générale d'une éducation où la morale dominera toujours. L'éducation des sentiments doit dépendre essentiellement des mères. Quant à l'éducation morale, les philosophes ne devront s'en emparer que dans les dernières années qui précèdent la majorité.
Entre les passages du Cours où il est question de la femme et l'analyse de la Politique positive que je viens de faire, il s'est passé de bien graves événements, au moins par leurs conséquences théoriques, pour opérer une pareille transformation, chez la femme, qui n'a plus d'infériorité que sous le rapj)ort de la spéculation, mais qui étant devenue un être intermédiaire entre le Grand Etre et l'homme, une prêtresse spontanée de l'Huma-
uité, rincarnation de l'amour universel (principe suprême de l'Humanité), elle participe pour sa part au pouvoir spirituel placé sous son angélique tutelle, est devenue le vrai symbole de l'Humanité, et, à ces titres divers, a la surintendance de l'éducation domestique. Evidemment nous sommes en j)résence d'une situation sans analogie avec la première manière de Comte.
Il reste à faire une dernière observation relalivemerit aux femmes. Elles ne doivent jamais être prises collectivement, j)arcé que, au dire de Comte, le sentiment ne comporte qu'une évolution individuelle. Nouveau motif d'une supériorité vraiment écrasante de la femme sur l'homme, qui ne possède aucune valeur personnelle, puisqu'il n'a aucune réalilé comme individu ; à ce titre il n'e$t qu'une abstraction pure, et doit être toujours envisagé collectivement.
J'ai de la peine à croire que le pontife suprême de l'humanité eût la pensée de s'apj)liquer à luimême une règle pareille, qui aurait réduit le prétendu fondateur du positivisme à bien peu de chose. Exceptionnellement il devait, comme les femmes, ou plutôt comme Clotilde, être une expression grandiose de l'humanité. Cela étant, je demande ce qu'on doit penser d'un genre humain qui, à une exception près, est composé de deux éléments, l'un abstrait, savoir le sexe fort, l'autre réel et constitué par des individus, savoir le sexe faible.
Après avoir fait la part du dithyrambe sui: la; femme, il faut indiquer aussi la part qui revient à rhomme. Celui-ci possède rintèritgence, à un. degré médiocre, bien que plus élevé que chez la fenime. Néanmoins cette faculté a besoin tl'êtré'^ stimulée par le sentiment, «bus forme de pen-^ chants de la vie animale, et aussi, dans une moiùdre mesure, par les affections syinpathiques- D:ane: manière générale lliomme est fait surtout pour 3a spéculation et Taction. A lui revient et la direction extérieure de la famille (il possédait la direc* tion intérieure quand I4 femme en avait été déclarée incapable) et tout ce qui concerne Je. gouvernement des sociétés organisées. De plùsv/ étant donnée la faiblesse relative de notre inlelli*gence, nous avons besoin d'être dominés par l'ensemble des instincts personnels, seuls vraiment susceptibles d'imprimer, à la vie âociale, une; impulsion constante et un cours régulier.
A ceci je réponds : les instincts de rhomme»; ses passions, ses intérêts, ses sentiments proprement dits sont en eux-mêmes parfaitement légi-: times, mais ils doivent tous être dirigés par les règles de la morale que nous devonsà rexercice. correct de la raison humaine, que le sentiment, complète, mais ne domine point. Et ce que je dis de rhomme, je le dis aussi de la (bmme, tout en lui accordant une supériorité ordinaire d^^ns: l-or-^ dre affectueux. : - ; - * î Vi
La famille est une union des êtres, comme leîdit>
Comte» la société ùn^ associationv Au poîjifc de vue de l'union, il y a deirxordres de :réIation^> néeessàrres : : savoir la siibordinalroû tles.sexje» et ehsaite aéUe desâges,dont :ruae în^tilue la famille et l'autre la maintient. ^( Lesprit du mariage côti^^t siste feujourà dans rinévitalitè àubordiû^tionï naturelle (le la fenime envers rhomràev dont Idus^,
les âges de la civilisation reproduia^àt,' s6us^'des! foriùes variées, ri neffa ça We caractère^ et-qué là» iicxxivellepUiloèophié poli ti<[|ue saura défiai tiv^ p4*esecver de toute tentation aharchiquév .en lui,^ ôtant:à jamais ce vain cai'actère religieux qui ne' |>eut.plus servir aujourd'hui qu'à la compromettre, pour la rattàcfter immédiatement à. la base iné-; liranlabte fournie par- : la cohhaissance réelle: de . ! organisme individuel et de l'organisme sociàr/*,v Chimériques déclamation^ révolutionnaires sur la' prétendue égalité des deux sexes ». La femnie doit accepter avec reconnaissance la; domi natio^n ; pratique de' l'hommev afin de rtiieux développer jja. supérioiitè morale? : >, : ; )
' « Relativement à l'homme, indispensable Joiicti,on inodératrice à jamuis dévolue à la femnje. : '; i> Subordi na lion dès âges datis la fàmi lie ; Fab solue égalité fraternelle doit être au fond aussi* transitoireque les autres ». . ' •: