‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 11 sur 342 · B. LITTRÉ COMME PHILOSOPHE · texte numérisé non relu

B. LITTRÉ COMME PHILOSOPHE

(a). Travaux philosophiques de Liltré.

6. -M. Littré etle National. -- C'est dans le National que Littré ouvrit la série de ses publications philosophiques. Comme les éditeurs de ce journal fort répandu faisaient un grand cas de ses travaux, il trouva là une occasion très favorable d'exposer au public la nouvelle philosophie d'Aug. Comte, dont il était, depuis 1840, un

chaud partisan. En 1844, il commença, sur le positivisme, une série d'articles, qu'il publia ensuite en volumes: Analyse raisonnée du Cours de philosophie positive (1845) ; Application de la philosophie positive au gouvernement des sociétés [ISi^) ; Conservation, Révolution, Positivisme (1852).

En composant ces articles, il subissait si entièrement l'influence d'Aug. Comte que, de son propre aveu, « il ne jurait alors que par la parole du maître»; et il ajoute : « Pour la trouver vraie, je faisais violence aux faits positifs, j'écartais les signes manifestes»*. Toutefois, certains juges clairvoyants croient remarquer que, même dans ces premiers écrits de Littré, le système de Comte est amoindri. « Littré avait jadis quelque peu émondé les théories de Comte ; peut-être les avait-il trop vulgarisées — dans le mauvais sens du mot», dit par exemple B. Paulhan^. Après la rupture avec Comte (1852), le disciple s'écarta de plus en plus de la doctrine du maître. Cependant, du vivant de Comte, il évita de le contredire ouvertement.

On sait que la cause éloignée de la rupture entre les deux amis fut (d'après la Revue Occidentale, 1884, n, 271) l'adhésion de Comte au coup d'Etat du 2 diécembre 1851. Ensuite, comme Louis iSapoléon ne passa point, malgré la théorie

1 Conservation, Révolution, Positivisme ; 2^ édit., 1879, pp. 4^0 et suiv. ; cité par Garo, 1. c. pp. oi, 115. 2. Revue philosophique, 1889, ii, 317.

positiviste^, de la dictature « sceptique-empirique» à la dictature <( progressive», mais qu'il rétablit l'empire, Comte l'en blâma de la façon la plus ouverte. Mais Littré condamnait, plus tard du moins, tous les coups d'Etat et toutes les révolutions violentes. — Quant à la cause immédiate de la rupture, nous l'avons exposée ailleurs^.

Le premier écrit philosophique, dans lequel Littré se met en opposition avec les doctrines de son maître, a pour titre : Paroles de philosophie positive (1839). Il se prononce plus formellement encore contre certains axiomes fondamentaux du système de Comte, dans son principal ouvrage de philosophie : Auguste Comte et la philosophie posiiiue (1863 ; 3"'édit., 1877). Dans ses additions à la seconde édition de son livre. Conservation^ Révolution^ Positivisme (1879), il rétracte expressément les opinions qu'il a d'abord soutenues. Mais c'est surtout dans la revue intitulée /.a philosophie positive, revue fondée par lui et dirigée avec le concours du russe Wyrouboff, qu'il se révèle comme le nouveau chef de l'école, propageant la doctrine positiviste et lui donnant sa nouvelle forme (1867-1883). Cette revue parut pour la première fois en juillet-août 1 867 ; et, dès lors, chaque nouvelle année de la collection commence avec le numéro de juillet-août. Il y a six numéros par an ; trois d'entre eux forment un

i . Voir notre livre : Auguste Comte, fondateur du positivisme... p. 272.

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