‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 13 sur 342 · Conservation, Révolution, Positivisme; -'^ édit.; p · texte numérisé non relu

Conservation, Révolution, Positivisme; -'^ édit.; p

24 LE POsmVISME DANS LES ÉCOLES ISSUES d'a. COMTE

la philosophie positive. Il n'entreprit ce livre — il le raconte lui-même — que sur les instances pressantes de Madame Comte. La pensée que ce nouveau travail pouvait retarder la publication du Dictionnaire de la langue française, lui était si pénible qu'il fut sur le point de se brouiller avec une femme pour laquelle il avait tant d'amitié. Il consentit enfin à son désir; mais il regarde ce travail comme une œuvre insignifiante, en comparaison du Dictionnaire. « Ainsi décide », dit-il, « j'interrompais à minuit le dictionnaire, et de minuit à trois heures je prenais en main la vie d'Auguste Comte. Ces trois heures matinales (car le jour astronomique commence à minuit), prélevées régulièrement sans manquer pendant un an environ et jointes à ce que je pouvais grappiller çà et là de moments, suffirent : en 1863, le volume fut prêt » *.

Dans le positivisme de Littré, cet esprit philologique se traduit par la manière dont, tout en « émondant » la « philosophie positive » de Comte, il retourne contre la « théologie » les armes de la critique biblique à l'usage des incrédules. Il le fait plus particulièrement dans son livre : La science au point de vue philosophique. Sa traduction de la Vie de Jésus, par Strauss, et nombre de ses articles dans la Philosophie positive, respirent le même esprit. Sous certains rapports, on peut voir dans Littré le trait d'union entre Aug. Comte et Renan.

i. Éludes et glanures; p. 423.

8. — « Abstention intellectuelle » chimérique de Littré. — Mais il était impossible que la tournure d'esprit toute philologique de Littré ne se retrouvât point jusque dans ses spéculations exclusivement philosophiques. On la reconnaît plus d'une fois, et de la manière la plus typique, dans la façon dont il traite le dogme capital du positivisme, à savoir que les questions relatives aux causes premières et aux causes finales, à la substance et à l'essence sont inaccessibles à la connaissance humaine ^ Ce dogme de «l'abstention positiviste » en ce qui concerne les problèmes les plus élevés et les plus importants de la vie, Littré le transforme en une parfaite indifférence entre l'affirmation et la négation, inditférence absolue, absolument chimérique, qu'on peut exposer en formules sonores, mais que l'asprit ne saurait concevoir et qui demeure intraduisible dans la pratique de la vie.

« Encore qu'il ne puisse rester aucun doute sur ce qu'il faut penser des causes premières et finales », dit Littré, « et que le lecteur soit en mesure de conclure sans peine et par lui-même dans une matière si sérieuse et décisive, il importe d'être explicite et de ne pas laisser d'accès aux fausses interprétations. Ceux qui croiraient que la philosophie positive nie ou affirme quoi que ce soit là-dessus, se tromperaient : elle ne nie rien, n'affirme rien ; car nier ou affirmer ce serait dé-

i. Voir notre livre : Aug. Comte, fondateur du positivisme, pp. 83 et suiv.

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clarer que l'on a une connaissance quelconque de l'origine des êtres et de leur fin Ce qu'il y a d'établi présentement, c'est que les deux bouts des choses nous sont inaccessibles, et que le milieu seul, ce que l'on appelle en style d'école le relatif, nous appartient » *,

« La philosophie positive ''je ne puis trop insister sur ce point) ne reconnaît ni le déisme, ni l'athéisme, ni le panthéisme. Ce sont tout autant d'explications de l'inexplicable, c'est-à-dire de ce qui concerne les origines du monde, ses causes premières et sa constitution. Elle se tient dans le milieu des choses, selon la lumineuse expression de Pascal. Issue des sciences, elle en a la sage et salutaire résignation, si on doit donner le nom de résignation à ce ferme propos d'étudier avec une suprême application la réalité de la nature, et d'en tirer les doctrines qui agrandissent l'esprit et améliorent la société »-. Il serait facile de citer beaucoup d'autres passages semblables dans les œuvres de Littré^. Nous en choisirons un seul, qui doit son importance particulière et son retentissement aux circonstances solennelles dans lesquelles ces paroles furent prononcées. Littré était reçu dans la franc-maconnerie avec un éclat et

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