‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 156 sur 342 · Mind, 1880, p · texte numérisé non relu

Mind, 1880, p

Essai sur le «Théisme», il dit même que l'existence de Dieu est vraisemblable et que l'ordre surnaturel ne doit pas être écarté si à la légère *.

c. Courte critique des doctrines de St. Mill en psychologie et en logique.

99. — Les théories psychologiques et logiques de J. St. Mill, malgré les apparences d'une critique subtile, ne sont que sophismes enchevêtrés. Les notions et les conceptions y sont aussi fausses que les expressions qui les revêtent sont équivoques. Mill ne remarque pas qu'il se contredit continuellement lui-même , tout en reprochant aux autres leurs contradictions.

Un exemple concluant en faveur de notre assertion nous est fourni par le philosophe dans sa définition de la matière, définition capitale pour sa « théorie psychologique » . La matière ne doit être, d'après lui, que « la possibilité per- Bflànenle de la ^sensation ». Mais", cette mâîièrer St. Mill la r^garde-t-il comme objëclivejj c.onrme existaiilhors de la Conscience, ou bien n'y voit-il

qn'rmg gjlj^grp^p.p, nj\jx phénomène,)) purement subjectif? Sa manière de parler présente tantôt le premier sensTeT^ntôt le second. Sa définition de^ mÊitîèfê~ësr~vàgtre'~et~ëmbroûilteey elle ""est équivoque et^ontîFâdîcîDirerH^ tant de presque toutes~~sè5~tîîeorîès~~phTÎôsophi-

ques. C'est une conséquence nécessaire du point

1. Mill, Véber Religion. Drei Essays. (Uebers. ; Berlin, 1875) ; 142 et suiv. ; 199 et suiv.

de vue sceptico-idéaliste où l'auteur s'est placé, puisque ce point de vue est déjà par lui-même plein de contradictions. On ne peut révoquer en doute la réalité objective du monde extérieur, sans affirmer de plus d'une manière, par les principes mis en avant pour établir le doute et par ses efforts pour le soutenir, une foi invincible à la réalité objective. On ne peut nier l'existence des « idées universelles », on ne peut en examiner la signification, sans se servir continuellement de •ces mêmes idées universelles. La preuve, c'est que St. Mill, poussé dans ses retranchements par H. Spencer, se voit contraint d'admettre que son « type général » de la sensation est une notion qui renferme sous elle un grand nombre d'individus et même tous les individus d'une espèce.

JNotre jugement est d'ailleurs confirmé par W. Stanley Jevons qui a consacré vingt ans de sa vie à étudier les œuvres de Mill et qui, durant quatorze ans, s'est vu obligé de les discuter dans son cours de philosophie à l'Université de Londres.

« Pour ma part », dit-il. « je ne puis davantage porter en silence l'immense oppression, le cauchemar d'une mauvaise logique et d'une mauvaise philosophie, qu'on éprouve dans l'étude des œuvres de Mill. Il n'est presque pas de sujet d'une importance un peu générale... sur lequel il ne se soit prononcé de la manière la plus formelle; et ses décisions sont tenues par ses admirateurs pour les oracles d'un esprit parfaitement sage et logique... D'une manière ou de l'autre, la raison de Mill est en défaut. Oue la cause en soit dans

l'éducation impitoyable que son père lui a donnée dès l'enfance, ou dans la préoccupation qui, durant toute sa vie, lui a fait chercher une conciliation entre une fausse philosophie empirique et la vérité contraire, il n'en demeure pas moins que l'esprit de St. Mill est absolument illogique-. Le sophisme est parfois si embrouillé dans ses livres, qu'il faut un grand effort d'esprit pour en découvrir le nœud... Pendant les dix dernières années j'ai acquis de plus en plus la conviction que la réputation de Mill a nui considérablement à la cause de la philosophie et d'une saine éducation intellectuelle. Rien, en effet, ne saurait être plus nuisible que ces œuvres dénuées de toute logique, mais imposées aux étudiants et aux professeurs par la réputation de leur auteurrien de plus nuisible que Finfluence exercée sur les Universités par l'école de St. Mill » *.

Victor Brochard est d'accord avec Stanley Jevons : « Proscrire l'universel », dit-il, « c'est introduire dans la pensée le désordre et l'anarchie. Ce n'est pas, comme on le dit, réaliser un progrès ; c'est revenir en arrière et ramener Tintel* ligence à ses formes inférieures... La logique croit se sauver en s'affranchissant de l'universel, elle se perd. Son alliance avec l'empirisme la tue, et c'est la faute capitale de St Mill d'avoir voulu concilier ces choses inconciliables » -.

1. Contemporary Revietc, décembre 1877, 168 et suiv.; voir aussi Revue philosophique, 1881, ii, 450 et suiv. 2.. Revue philosophique, ihid., p. 6ii>.

Le Positivisme. — IG.

J. Yeicht affirme à son tour, dans sa monographie intitulée lîsunilton (Londres, Blackwood, 1882\ que St. Mill n'a jamais bien compris ce philosophe qu'il se permet de « houspiller ».

AV. S. Jevons entreprend, en outre, de démontrer que, dans toutes les questions importantes, Mill s'est mis en pleine contradiction avec lui-même et que, dans la logique en particulier, il a confondu toutes les notions.

B. Herbert Spencer (né en 1820).

Herbert Spencer est, avec J, St. Mill, le principal représentant du mouvement positivisteagnostique indépendant en Angleterre et à l'étranger. Dans ces dernières années, il a même éclipsé son rival. Il n'est peut-être pas un seul de nos « philosophes » modernes dont la réputation soit plus grande et — pourrions-nous ajouter — moins méritée. Pour nous borner aux jugements portés à son sujet par les plus célèbres représentants de la science irréligieuse, citons ce passage de St. Mill : « Spencer est l'un de ces hommes bien peu nombreux que l'on peut mettre sur le même rang qu'Aug. Comte, soit pour la profondeur et l'étendue vraiment encyclopédique de ses connaissances, soit pour ses facultés de conception et d'organisation systématique n^. Darwin s'exprime ainsi: « Je soupçonne que plus tard, il (Spencer) sera regardé comme étant de beau-

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