Rivoluzione e pedagogia (1882), p. i
prétentions des religions, et supprimer tout sujet de conflit entre la science et la religion.
Il cherche à expliquer le « connaissable » dans tous les ordres de phénomènes (astronomie, cosmogonie et géogonie, biologie, psychologie et sociologie), par une seule et même loi d'évolution qui règle et domine tout. D'après lui, les phénomènes des ordres supérieurs et ceux des ordres inférieurs ne diffèrent que par le degré de complexité ou de spécialisation.
En psychologie, il est partisan de la théorie de^ l'association ; sa doctrine de la connaissance est un <( réalisme transfiguré » (transfigured realism); sa morale est l'utilitarisme « rationnel » (fondé sur la doctrine de l'évolution).
a. Remarques préliminaires.
100. — Biographie. — Principales œuvres de Spencer. — Herbert Spencer (né en 1820) fut d'abord ingénieur. Plus tard il entra dans le journalisme et collabora à la Weslminster Revieic et à l'Edinburgh Revieic. Enfin, à partir de 1860, il s'occupa exclusivement de travaux philosophiques. Comme Aug. Comte, il entreprit d'établir un système complet de philosophie « scientifique ». Son principal ouvrage, dont il publia le plan en 1860, est intitulé : 5î/.sier/i of syntheticphilosophy. \o\ci les volumes qui ont paru jusqu'ici : Vol. i : First principles (1860-62); Vol. II et III : The principles of biology (1JS63-6T) ; Vol. IV et v: Thê principles of psychology (l8oo); Vol. vi, viietvni: The principles of sociology (iS'6-lSS2}. Les volumes ix et x qui devaient porter ce titre : The principles of moralily, ont été remplacés par l'ouvrage intitulé : The data of ethics (1879). En 1889, Collins a publié un abrégé de la philosophie de Spencer (F. Howard
<]ollins : An epitome of the synthetic philosophy witha préface by H. Spencer. 571 pp.)-
101. — La doctrine de Spencer dans ses rapports avec CELLE d'Aug. Comte. — Spencer lui-même s'est clairement exprimé à ce sujet dans un de ses essais : The classification of sciences, lo ichich are added reasons for dissenling frora the philosqjphy of M. Comte (1864) i, et dans pîu- ■sieurs artfcles parus dans dfvèTsës revues anglaises. Nous avons déjà dit quelque chose de la controverse soulevée à propos des rapports de l'auteur des Principes de psychologie avec Aug. Comte 2. H est hors de doute que par les principes de son système (faire de l'inconnaissable le fondement positif, absolu de tous les phénomènes et ramener tous les phénomènes à une seule loi, la loi d'évolution), Spencer est en contradiction avec Aug. Comte. D'un autre côté, il n'est pas moins certain que, par sa division de l'être en « connaissable » et en « inconnaissable », par ses efforts pour ramener tout le connaissable, c'est-à-dire tous les phénomènes à une loi unique, il se rattache étroitement à la théorie fondamentale de la philosophie de Comte. En excluant l'inconnaissable du domaine de la philosophie. Comte ne le niait pas formellement : au contraire, il avouait implicitement que l'inconnaissable est une réalité 3. En faisant de la réduction de tous les phénomènes à une loi commune l'idéal des investigations philosophiques, il pouvait douter de la possibilité de réa-
1. Cet écrit se trouve dans les Essays, scie)itific, polilical and spéculative (4^ édit. 1888), vol. m.
2. Voir Gruber : Aug. Comte, fondateur du posilivisme ; sa vie, sa doctrine, pp. 7 et 8.
3. Spencer dit, et non sans raison : « To say that loe cannot knoio the Absolute, is by implication to affirm ihal Ihere is an Absolute » [First principles, § 26). Pour lui, la principale différence entre son système et celui de Comte se réduit à ceci que son agnosticisme à lui est positif, tandis que l'agnosticisme de Comte est négatif (Nincleenlh Century, 1884, July, p. 7).
liser cet idéal ; mais il n'en provoquait pas moins, par là même, des tentatives en ce sens. Aussi le positiviste évolutionniste italien, S. F. de Dominicis, ne voit-il, dans la doctrine de révolution, qu'une « forme plus avancée du positivisme de Comte » i.
Par les deux dogmes fondamentaux de sa philosophie, Spencer répond, dans une large mesure, à une autre aspiration du positivisme, puisqu'il ne voit dans la valeur relative de tous les systèmes religieux, moraux et politiques du passé, que les phases diverses d'une seule et même évolution générale, et qu'il cherche par son propre système, à les ramener à une synthèse plus haute. La division même de sa philosophie, et la méthode physicopsychologique qu'il emploie de préférence dans les parties les plus importantes de la philosophie, c'est-à-dire dans celles qui traitent de la vie intellectuelle (psychologie, sociologie, morale), rappellent évidemment les théories et la méthode d'Aug. Comte. Il dit du reste lui-même : « Vrai ou faux, le système de Comte a incontestablement provoqué, chez beaucoup d'esprits, une profonde et salutaire transformation de la pensée ; et cette transformation il continuera à la provoquer chez beaucoup d'autres encore. Il est également incontestable que bon nombre de ceux qui ne partagent pas ses opinions philosophiques, n'ont pas laissé d'en subir l'inlluence très réelle par l'examen qu'ils en ont fait » 2. Cette remarque sur l'influence exercée par la philosophie de Comte est fort juste.
b. Doctrine de Spencer.
Il faut remarquer d'abord que, tout en divisant sa doctrine en doctrine de l'inconnaissable et en doctrine du connaissable, Spencer fait cependant commencer la science, la philosophie proprement dite par le « connaissable ».
1. « Forma più progredita del positivismo » (de Comte). ILa doctrina delV evoluzione. 1881 ; t. ii, pp. vu, 5, 18).