Essays, m, p. 9, suiv
<le Spencer, il suffit d'examiner les deux principes fondamentaux sur lesquels reposent ses diverses parties. D'après l'auteur, le connaissable n'est qu'une manifestation, une révélation de l'inconnaissable, de la réalité suprême absolument insai.aissable qui se,r;n'"^^ '^^^^^ le r^nugig^- •sable. TousJ^esjii^dres de phénomènes, toutes les modifications et apparences qui se présentent a nous ,dans le connaissable, s'expliquent par une loi unique qui règle tout : la loi de l'évolution {survivance du plus apte et sélection naturelle). €es deux principes du « Système de philosophie ■synthétique» pèchent tellement contre les règles les plus élémentaires de la philosophie, qu'on ne peut assez s'étonner que l'œuvre de Spencer «it été si bien accueillie par des critiques et des ■savants qui ne manquent pas d'ailleurs de talent.
. 109. — L'inconnaissable de Spencer est une monstruosité. — La doctrine de Spencer sur l'inconnaissable est, au point de vue philosophique, une véritable monstruosité. L'auteur affirme, 4'une part, que tout connaissable est une « manifestation » de l'inconnaissable qui se « révèle » par là ; et, d'autre part, il nous dit que cet inconnaissable échappe absolument à notre connaissance. C'est là une contradiction évidente. Ce qui se manifeste, ce qui se révèle à nous, nous est nécessairement connu, du moins en quelque manière: on ne peut donc l'appeler « absolument, inconnaissable ». — En outre, cet inconnaissable que Spencer retrouve dans les divers ordres de
phénomènes, dans le sujet et dans l'objet, dans l'esprit et dans la matière, dans le temps et dans l'espace etc., n'est pour l'auteur qu'une seule et même substance inconnaissable, l'unité, la « réalité suprême » qui sert de fondement à tout être. C'est là, encore, une erreur logique qu'on ne pardonnerait même pas à un débutant en philosophie : c'est confondre l'unité abstraite de l'universel avec l'unité concrète de l'individuel.-- -De plus, cet inconnaissable qui se manifeste dans tous les phénomènes, n'est point seulement une idée que nous ne pouvons concevoir : c'est une vraie monstruosité. Et voilà par quoi et comment Spencer prétend sérieusement concilier la religion et la science, ramener toutes les religions et toutes les philosophies à leur plus haute synthèse ! L'inconnaissable qu'il présente à « l'admiration ravie » de ses croyants, est digne, en vérité, de sa « théorie des esprits ». C'est un amas d'absurdités; plus que cela, c'est un monstre, un « spectre» hideux.
MO. — L'inconnaissable de Spencer et les francs-maçons. — L'inconnaissable de Spencer, cette doctrine qui fait la base de toute sa philosophie, est si manifestement monstrueuse, qu'elle a rencontré une énergique contradiction de la part même des positivistes et des agnostiques qui sont d'ailleurs les admirateurs du philosophe anglais (Huxley, Littré, Angiulli, etc.). Une seule classe de gens, qui se vantent de représenter la lumière, la science et le progrès, se sont emparés avidement de cet « inconnaissable », parce
qu'ils ont cru y trouver une « idée de Dieu » tout à fait appropriée à leurs besoins, et fort commode par son manque de précision et par son sens élastique. Nous parlons des francs-maçons.
Pour ne citer que quelques faits, un professeur de l'Université libre de Bruxelles, bien connu par son radicalisme religieux, F.-. Goblet d'Alviella, « souverain grand inspecteur général » — tel est le titre du trente troisième et suprême degré de la haute maçonnerie écossaise — a déclaré, dans plusieurs réunions de francs-maçons, aux applaudissements enthousiastes des plus hauts dignaitires et des FF.-, présents et absents, que « l'incommensurable » de Littré et « l'inconnaissable » de Spencer sont les idées les plus propres à représenter le Dieu des francsmaçons, l'architecte suprême*. Et il faut bien avouer que l'idée de Dieu, imaginée par Spencer, est tout à fait celle qui convient à une association oii juifs et musulmans, chrétiens et hottentots, panthéistes et matérialistes, doivent trouver également place.
Que les idées émises par Goblet d'Alviella répondent à la pensée de tous les francs-maçons^ on en a une preuve convaincante dans ce fait que la Deutsche Lsindes-Loge de Berlin, qui d'ailleurs passe parmi les FF.*, pour représenter le principe chrétien et qui s'est vue vivement atta-
1. Bulletin du Suprême Conseil de Belgique (Rapport sur les actes du Suprême Conseil de la haute maçonnerie écossaise) lï<84, pp. 49, 72, suiv ; 1885, p. 49 ; 1886,. p. 84 ; Voir 1886, p. 37 ; 1887, p. 27 ; 1888, pp. 34, 76.
■quée par des membres d'autres grandes loges pour «a prétendue « sournoiserie » *, a cru devoir applaudir au discours de Goblet sur « l'idée de Dieu » d'après Spencer^.
Un autre orateur favori des loges, Jottrand, après avoir exprimé toute sa profonde admiration pour ÏUnknowcible de Spencer, ajoutait : « Je ne sais pas si l'auteur est franc-maçon ; en tout cas, il est digne de l'être w^. etc., etc. Peutêtre les loges réservent-elles à Spencer des honneurs semblables à ceux que Littré a reçus.
111. — La doctrine de Spencer sur révolution est une fiction philosophique. — Quant au second dogme fondamental de la philosophie de Spencer, savoir qu'une seule et même loi d'évolution dirige et règle l'univers entier, depuis la cosmogonie jusqu'à l'ordre organique le plus parfait (ordre social et moral), il est tout autant que la doctrine de l'inconnaissable en contradiction avec les principes d'une saine philosophie. Des jeux de mots et des analogies, des hypothèses audacieuses ne constituent pas une philosophie. Or toute la « philosophie synthétique » de Spencer repose sur de pareilles fantaisies, indignes d'un philosophe, en cherchant, par un procédé qui rappelle celui de Procuste, à ramener le processus universel à la loi d'évolution. C'est un amas
1. Voir, par exemple, raiticle intitulé : Ein Hauptûbel •des Freimaurerbundes ^ dans la BauhiUte ; d89u, p. 33.