C. AUTRES POSITIVISTES ANGLAIS
112. — Alexandre Bain — qui a été le collaborateur de J. St^Jlill^pour sa u Logique », a naturellement d'étroits rapports avec lui. Il s'occupe surtout d'analyser, de décrire et de classer les phénomènes psychiques, par le procédé purement empirique, à la manière d'un naturaliste se contentant d'enregistrer les faits *.
113. -G,ILLewes (1817-1878),— d'abord commerçant, ensuite médecin, et enfin écrivain, se fait remarquer par l'universalité de ses connaissances et par la pénétration de sa critique : mai? il manque de principes philosophiques, et il marche un peu au hasard dans ses théories. Bien que. dans ses œuvres, il prenne chaudement le parti d'Aug. Comte -, qu'il se déclare même posi-
1. Ses principaux ouvrages sont: The sensés and the intellect (l8oo) ; The émotions and the icill (1859) ; Mental and moral science (1868).
2. Comte's philosophy of the positive sciences (1847' ; History of philosophy (1847; en allemand, 1873-76) ; Prohlems of l'ife and mind (1872-79). Aug. Comte a dit de Lewes qu'il lui avait fait Timpression d'un jeune homme loyal et intéressant, mais imparfaitement guéri de la maladie psychologique [Lettres dWug. Comte a J. St. Mill: Paris, Leroux; 1877, p. 462). Quant à son livre, Comtes philosophy on the sciences : an exposition of the principles of the Cours de philosophie positive (1853), le maître en parlait avec mécontentement {Lettres d'Aug.
. Comte à H Dix Eutton ; Dublin, 1890. p. 6>. Plus tard il reprochait même à Lewes son « active hypocrisie », parce que ce dernier, tout en rejetant la Politique posi-
tiviste et disciple du maître, il ne laissa pas, du moins plus tard, de s'écarter des idées du fondateur du positivisme. Il distingue entre le connu, l'inconnu et l'inconnaissable. La recherche de l'inconnaissable (mélempirisme) est seule interdite. Pour lamétaphysique, qui, en cherchant à pénétrer dans l'inconnu, élargit le domaine du connu par de légitimes déductions, il faut la conserver. Lewes étend aux organes et aux tissus la loi de Darwin : la lutte pour l'existence. Une de ses théories caractéristiques est que les mouvements nerveux et les divers états de conscience ne sont que la double face d'un seul et même fait, à peu près comme le côté convexe et le côté concave d'une même courbe. Il soutient aussi l'opinion acceptée depuis par divers positivistes, que le sujet connaissant et l'objet connu sont deux faces d'un seul et même phénomène *, etc..
114.— 'W.K.Clifford(f 1879),— mathématicien de profession, part de Darwin, de Spencer et de Lewes pour arriver, à force de subtilité, à cette conclusion qu'il faut, outre le sujet et l'objet, admettre encore ÏEject derrière tous les objets de la connaissance. Il applique cette expression aux sensations {feelings) d'autrui, que nous concluons
tive, se donnait pour un zélé positiviste. [Ibid. p. 20). Il appelait ses « anciens prôneui s britanniques », Mill et Lewes, a les principaux meneurs de la conspiration du silence contre sa « Politique » dans la presse périodique de l'Angleterre » {Ibid., p. 71).
i. Voir Carrau, dans la Revue philosophique; 1876, ii, 259 et suiv.
l. LE POSITIVISME INDÉPENDANT EN PHILOSOPHIE 2Ti
par déduction, et qui ne sont pas immédiatement objectives ni perceptibles comme phénomènes. S'appuyant sur la doctrine de révolution, d'après laquelle la conscience n'est qu'une somme de sensations simples^ ou plutôt d'éléments encore plus primitifs dont la sensation rudimentaire est ellemême formée, Clifîord regarde tout mouvement de la matière comme étant accompagné d'un événement « ejectif », susceptible de constituer un élément de la conscience. Les éléments dont la sensation rudimentaire est composée, Fauteur les appelle « mind-stuff » (esprit-fonds). Les sensations peuvent, d'après lui, exister sans former une partie constituante de la conscience. Une molécule mouvante de matière inorganique ne possède ni âme ni conscience ; elle possède cependant une -petite quantité de « mind-stuff ^).
Par une suite d'autres déductions sophistiques, ClifFord aboutit enfin à ce résultat : puisque nous ne passons au-delà de nos impressions individuelles qu'en inférant des états de conscience plus ou moins semblables aux nôtres, la seule réalité véritable qui est au fond de tous les objets de la connaissance, c'est « Veject ». La réalité extérieure qui s'offre objectivement ou phénoménalement à notre esprit comme matière, n'est en elle même que le « mind-stufî » ; elle est constituée de ce même « mind-stuff » d'où se forme la représentation intellectuelle. Le monde matériel n'est que l'image imparfaite du monde réel, formé dans l'esprit humain par le « mind-stuff ». La raison, l'intelligence, la volonté sont des pro-
priélés d'un coraplexus formé d'éléments non rationnels, non intelligents, non conscients ^.
Nous n'aurions point rappelé ici ces théories de Clifford, si elles n'offraient une preuve évidente des difficultés auxquelles l'école évolutionniste et positiviste se heurte, quand il s'agit d'expliquer les phénomènes psychiques. Remarquons en outre que ces théories ont trouvé bon accueil dans les cercles positivistes, et que l'idée de Veject, en particulier, a été fort applaudie par Romanes et Carus.
Ho. — Henry Maudsley — également partisan de la doctrine de l'évolution, est un des rares philosophes qui s'accordent avec Aug. Comte pour rejeter toute observation interne 2. Du reste, il se fait remarquer par la manière frivole et démagogique dont il cherche à présenter tout état surnaturel — extase, vision, inspiration, etc. — comme un simple phénomène pathologique^.
116. — James Sully — est, de nos jours, un des plus illustres représentants de la philoso- . phie évolutionniste en Angleterre. Il se rattache à Spencer, et son domaine est surtout le domaine psychologique. Pour lui, les diverses étapes de la connaissance (perception, conception, etc.) ne
1. Acaderny, 1 févr. 1874 ; -l/inrf, janv. 1878 ; Revue philosophique, 1883, 11, 466 et suiv. ; The Monisl, janv. 1892, 209 et suiv. ; W. K. Clifl'ord : Lectures and Essays, 2 vol. (London ; Macmillan, 1879).