‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 184 sur 342 · îd., p · texte numérisé non relu

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vait être démontré qu'une seule espèce s'est formée exclusivement au profit d'une autre espèce^ ma théorie serait réduite à néant ; car une telle formation n'aurait pu avoir lieu par la sélection naturelle » ^ Darwin avoue donc expressément que sa théorie est renversée, s'il existe une formation d'espèce qui ne puisse s'expliquer par la sélection naturelle.

11 reprend d'autre part :

« Sans aucun doute, on trouve chez l'homme^ comme chez tout autre animal, des formations qui, autant du moins que nous pouvons en juger avec l'insuffisance de nos connaissances, ne lui sont et ne lui ont jamais été d'aucune utilité. 11 est aussi impossible de les expliquer par une forme quelconque de sélection, que par l'hérédité de l'usage ou du non-usage n^.

Et ailleurs :

« J'avoue maintenant... que, dans les premières éditions de mon Origin of species, j'ar vraisemblablement exagéré l'influence de la sélection naturelle et de la survivance du plus apte... Je n'avais pas tenu compte de l'existencede nombreuses formations qui, autant que nous en pouvons juger, ne semblent être ni utiles ni nuisibles : et c'est là, pour moi, une des plus grosses erreurs que j'ai découvertes dans mon œuvre... Les causes des modifications des organismes sont beaucoup plus dans la constitution

\. Origin of species, 3d édit. p. 208. 2. Descent of man, ii, 287.

284 ÉCOLES INDÉPEWDANTES

même de l'organisme modifié, que dans la nature •des conditions auxquelles il est soumis «^

120. — Ernest Haeckel (né en 1834) — professeur à ri niversité d'Iéna, en donnant à la doctrine darwiniste de l'évolution une tendance agressive de monisme matérialiste, est devenu le coryphée de tous ceux qui se réjouissaient df rencontrer avant tout, dans la nouvelle théorie, une arme contre la tradition et contre la conception chrétienne et spiritualiste de l'univers. Les principaux écrits publiés par Haeckel pour y défendre son monisme darwiniste, sont : Generelh.' Morphologie (2 vol.; 1866); Natûrliche Schôpfungsgeschichte (1868, 2= édit., 1889); Anthropogenie (1874; 4" édit.; 1891); Die heutige Entwicklungslehre im Verh'àltniss zur Gesammlxçissenschaft (1877); Freie Wissenschaft und freie Lehre ; eine Entgegnung auf Rud. Virchow's Mûnchener Rede (1878); Der Monismus als Band zwischen Religion und Wissenschaft (1892; 3«édit., 1893).

Le principe fondamental sur lequel Haeckel s'appuie, qu'il prend comme hypothèse et qu'il développe, est celui-ci : L'histoire de l'embryon ou du germe dans les êtres vivants n'est qu'un abrégé de l'histoire de sa tribu, l'ontogénie n'est <]u'une récapitulation de la phylogénie ; c'est-àdire : « le cercle des formes que l'organisme individuel parcourt pendant son évolution depuis

1. Bescent ofman,i, 152,154. Voir: Miwart: Lessons from nature as manifested in mind and matter (London, Murray, i876), ch. ix.

la cellule jusqu'à l'état de formation complète, n'est qu'une courte répétition des longues transformations que les ancêtres de ce même organisme ont parcourues depuis les temps les plus reculés de la soi-disant notion organique jusqu'au moment présent ». Et pour Haeckel, en vertu des lois d'hérédité et d'adaptation, la philogenèse est la cause mécanique de l'ontogenèse*.

D'après ce principe, notre philosophe construit l'arbre généalogique de l'homme ^. Il est vrai que la faune, telle qu'elle est connue par l'histoire naturelle et la paléontologie, le met souvent dans l'embarras et qu'elle pousse parfois l'audace jusqu'à contrecarrer les plans de l'auteur. Mais la sagacité scientifique de Haeckel triomphe facilement de pareilles difficultés, et il poursuit sa route victorieusement. Avec un arbitraire, qu'il décore du nom de science, il évoque une faune entière d'espèces imaginaires et, sans plus de réflexion, il assigne à ces dernières une place dans la phylogénie et souvent même un rôle dans l'ontogenèse. Quant aux formes qui s'obstinent à ne pas entrer dans le cadre dressé par lui a priori, il s'en débarrasse aussi peu scrupuleusement, en se contentant de les appeler « fausses formations, fausses évolutions » (Cénogénèse) ^. C'est tout aussi arbitrairement qu'il se prononce pour l'origine monophylétique des êtres vivants, de telle

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