‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 188 sur 342 · Anthropogenie · texte numérisé non relu

Anthropogenie

tatives pour modifier et perfectionner les types, se heurte à d'infranchissables limites, parce que toujours la tendance à retourner au type vient ■contrarier et anéantir ses efforts. Quant à la « sélection naturelle », que Darwin affirme et dans laquelle le hasard règle tout, elle est absolument impuissante à produire, par une accumulation I «ystématique de modifications sans importance, I une transformation de l'espèce. La tendance au i retour à l'ancien type, tendance qui, en dépit de I toutes les modifications, parvient toujours à se j faire jour et à se révéler dans les transformations i expérimentales, prouve assez clairement la réalité du caractère spécifique que Darwin voudrait nier. La doctrine même d'une transformation graduelle des espèces est contredite par l'expérience. En effet, ni la flore ni la faune d'aujourd'hui, ni celles des siècles antérieurs que la géologie nous révèle, ne nous découvrent aucune des innombrables formes intermédiaires qui, dans l'hypothèse d'une transformation graduelle, ont dû marquer le passage d'une espèce à une autre. Los données de l'expérience sont, au contraire, si peu en faveur de la prétendue transformation graduelle, affirmée par Darwin, que, parmi les partisans de la doctrine de l'évolution, beaucoup — et des plus marquants — se sont prononcés pour une brusque transformation des espèces.

Enfin la lutte pour l'existence, qui, assurément, est un fait réel dans la nature, ne peut servir de confirmation à la théorie de Darwin. En réalité, les êtres inférieurs ne disparaissent pas

nécessairement dans la lutte avec des êtres d'un ordre supérieur: ils continuent bien souvent à vivre en paix à leur côté.

Les difficultés auxquelles la théorie de Darwin se heurte, quand on Texamine à la lumière des faits, se multiplient encore si Ton descend aux détails. Contentons-nous de rappeler les cas pour lesquels cette théorie devrait expliquer l'existence de propriétés corrélatives, dans des espèces différentes ou môme dans des ordres différents, propriétés qui ne sont utiles qu'à la condition d'exister simultanément. Par exemple, certaines espèces de plantes, qui, sous le rapport de la fécondation, sont déterminées par des insectes, ont un calice profond, utile seulement dans l'hypothèse que ces insectes possèdent euxmêmes un long suçoir. D'un autre côté, pour les insectes qui doivent se nourrir de ces plantes, l'existence de ce long suçoir n'a d'utilité que dans l'hypothèse où les plantes qu'ils doivent visiter ont un calice profond*. Pour la théorie de Darwin, d'après laquelle l'utilité des propriétés est la raison décisive de leur apparition et de leur conservation, aucune de ces deux propriétés ne peut s'expliquer.

Un autre fait montre clairement l'insuffisance de la théorie de Darwin : nous le trouvons dans les instincts des fourmis neutres ou ouvrières. Seules, les fourmis femelles, à l'exclusion des

I. Voir Von Hartmann, Wahrheit und Irrthum itn I)ai'winismus,\pp. 81 et suiv.

ouvrières, peuvent reproduire : les fourmis ouvrières sont donc dans l'impossibilité de transmettre par hérédité les instincts qui les caractérisent. D'autre part, les fourmis femelles ne peuvent non plus transmettre par hérédité des instincts quelles ne possèdent point*. Donc la transmission des instincts ne peut s'expliquer, d'après la théorie de Darwin, par la reproduction.

Ajoutons que des difficultés analogues se rencontrent à chaque instant, quand il s'agit des modifications organiques et de l'hérédité telles que les présente la théorie de Darwin. En effet, si, d'une part, ces modifications seules se produisent, qui sont utiles à la lutte pour l'existence; si, d'autre part, les modifications ne s'accomplissent que graduellement, aucune transformation organique ne peut avoir lieu, puisque les rudiments d'organes nouveaux qui, d'après Darwin, se développent progressivement, ne seraient d'aucune utilité à l'organisme qui les possède. Donc, d'après la théorie même de Darwin, ils devraient disparaître et jamais ils ne parviendraient à constituer un organe, puisqu'ils seraient incapables de se conserver eux-mêmes ^. Quant à l hérédité, il faut remarquer que les propriétés des nouveaux organismes formés par

1. Voir Wasmann, dans la Revue intitulée Natur and Offenbaruug, 1891, pp. 380 et suiv. ; Die zusammengeselzten Nester, etc., 1891, Fascic. m, chap. n.

2. Voir KôUiker, Morphologie and Enlwichlungsgsschichte^ p. 28 et suiv.

reproduction (germe, embryon, etc.) diffèrent essentiellement de celles des organismes reproducteurs. Si l'on suppose avec Darwin une conception purement mécanique de la nature, en ne tenant compte que des phénomènes actuels et effectifs des mouvements et des forces de la matière, alors, toutes les fois qu'il s'agit de transmission par hérédité, une difficulté se présente : Comment un organisme peut-il transmettre des propriétés qu'il ne possède pas ou qu il ne possède plus? Darwin essaie, il est vrai, de sortir d'embarras en parlant de possession latente de certaines propriétés, et de transmission latente. Mais ce recours à des propriétés latentes et à une transmission latente ne peut avoir de sens que dans l'hypothèse où la série tout entière du processus mécanique et des transformations, qui constituent la vie d'un organisme, vient se rattacher à un principe dirigeant le processus de l'évolution, d'après l'idée du type.

D'ailleurs, que la « sélection naturelle » ne suffise pas à expliquer les propriétés morphologiques des organismes, c'est ce que Darwin avoue lui-même. Il reconnaît également l'importance de la variabilité « spontanée », et l'invraisemblance de la transmission des propriétés individuellement acquises : aveux qui ébranlent les bases mêmes de sa théorie*.

Par ces aveux, Darwin renonce à faire de sa

1. Voir Von Hartmann, Wahrheit und Irrthum im Jjaricinismus, pp. 89, 130.

théorie de la sélection naturelle une loi générale. Comme la plupart des propriétés sont de nature morphologique et que la sélection naturelle n'a eu aucun intérêt à leur formation ; comme, en outre, même pour les propriétés hiologiqiiement utiles des organismes, le principe de leur apparition, c'est-à-dire le motif pour lequel elles se transmettent héréditairement, doit être cherché dans des causes intimes et « constitutionnelles » — tous les principaux représentants de la théorie de la descendance s'accordent aujourd'hui à reconnaître que la sélection naturelle n'a point été un facteur capital dans l'apparition des espèces, mais simplement un facteur subsidiaire.

J. Schilde n'est donc point seul de son avis quand il dit : « Il me semble que l'examen de n'importe quel ordre d'organismes naturels démontre le peu de solidité de la théorie de la sélection ))*.

Mais, en dehors même de cette théorie de la sélection naturelle, le darwinisme, pris dans son ensemble, repose le plus souvent sur des arguments sans grande valeur. Le grand sophisme qui est au fond de toutes les démonstrations évolutionnistes, consiste, comme l'a fait remarquer von Hartmann, à conclure de la parenté idéale des types à leur dépendance généalogique^. Le grand préjugé de cette doctrine est l'hypothèse absolu-

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