Psychologie de l'attention, 74, suiv
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fait, sans démarcation enlro le sain el lo morbide » ^
Ces théories, Th. Ribot clierche à les démontrer par l'étude des troubles organiques, affectifs et intellectuels, de la personnalité. Il classe les maladies de la personnalité sous trois types principaux : aliénation, alternance, substitution.
127. — Écoles hypnotiques. — Les médecins, physiologistes et juristes qui, de nos jours, se sont occupés de l'étude des phénomènes hypnotiques on d'autres annlogues, se partagent en deux écoles principales: celle de Paris (la Salpétrière), et celle de Nancv. La première a pour chef M. Charcot ; elle compte, en outre, parmi ses membres : MM. Richer, Féré, Binet, Gilles de la Tourette, Pierre .lanet, etc. Les principaux représentants de Técole de Nancy sont: MM. Liébault. Liégeois. Rernhcim, Beaunis, Ch. Richet, Aug. Forel, etc.
La difïerence entre l'école de Paris et celle de Nancy vient de ce que la première ne reconnaît d'autre hypnotisme que le «grand» hypnotisme (hystérique, pathologique), tandis que la seconde voit la forme propre de l'hypnotisme dans ce qu'on appelle le « petit » hypnotisme, tel qu'il peut être provoqué chez des sujets d'ailleurs parfaitement sains. L'école de Paris niait, du moins tout d'abord, la possibilité de plonger dans le sommeil hypnotique des personnes saines. Plus tard, surtout depuis le Congrès de la Société de
i. Les maladies de la personnalité, 170, suiv.
psychologie physiologique fondée par Th. Ribot {Paris, 1889), les théories de l'école de Nancy ont prévalu de plus en plus dans leurs points essentiels. Les principes de cette école en tant qu'elle est en opposition avec l'école de Paris, sont les suivants : L'hypnotisme en lui-même n'est pas un état pathologique, mais un phénomène physiologique ; il n'est pas d'origine névropathique, mais d'origine psychique. L'état hypnotique est produit par suggestion, que l'hypnotisant ait ou qu'il n'ait pas conscience de son action sur l'hypnotisé.
Les principaux travaux publiés par les deux écoles sont: Liébault, Le sommeil provoqué et les états analogues (2° édit., 1889); Bernheim: De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique (1886); Hypnotisme, suggestion, psychothérapie; études nouvelles (1891); H. Beaunis : Recherches expérimentales sur les conditions de l'activité cérébrale et sur la physiologie des nerfs (1886); J. Liégeois: De la suggestion et du somnauihulisme (1889) ; Azam : Hypnotisme, double conscience et altération de la personnalité (1887) ; J. Luys: Les émotions dans l'état d'hypnotisme et l'actioyi à distance des substances médicamenteuses et toxiques (1890) ; Leçons cliniciues sur les principaux phénomènes de r hypnotisme dans leurs rapports auec la patholog ie mentale (1890) ; •Charcot et Richer : Les démoniaques dans l'art (1887); Gilles de la Tourette : L'hypnotisme et les états analogues au point de vue médico-
légal (1887) ; Alfr. Binet et Cli. Féré : Le magnétisme animal (1887) ; A Binet : La psychologie du raisonnement (1886); D"" Richer : Etudes cliniques sur V hystéro-âpilepsie ou grande hystérie (1881); Pierre Janet : L automatisme psy^ ckologique (1890): Aug. Forel : Der Hypnotis- 772us(2«édit.,1891).
L'esprildes deux écoles est essentiellement positiviste; il combat le spiritualisme aussi bien que le supranaturel. D'une part, on y considère l'hypnotisme comme une sorte de vivisection intellectuelle et morale *, doi^i il ressort avec évidence que toute activité psychique se ramène adéquatement à une physiologie des nerfs. D'autre part, on s'efforce de présenter tous les phénomènes surnaturels que relate la mystique chrétienne et non chrétienne — extases, ravissements, visions, apparitions, révélations, inspirations, sorcelleries, stigmates^ guérisons miraculeuses, etc. — comme des faits purement naturels qui ne se distinguent pas essentiellement des phénomènes observés ou môme produits en partie artificiellement dans Ihypnotisme et les autres états analogues ^.
1 . Liégeois, De la suggestion et du somnamhulisraey 1889, p. VI.
2. « En religion le caractère miraculeux des extases, des apparitions, des stigmates disparaît. Ces faits extraordinaires rentrent, sans diminuer en rien les mérites d'une Ste Thérèse ou d'un St François d'Assise, dans lescadres élargis de la vérité scientifique. Et tandis qu'en 1873, à propos de Louise Lateau, Virchow de Berlin formulait ce dilemme: Supercherie ou miracle, nous disons» nous : ni supercherie, ni miracle » — Ihid.
Quant aux étroits rapports qui rattachent Th. Ribot aux écoles hypnotiques et aux savants psycho- physiologistes de France, voici l'affirmation du D"^ Azam: « La philosophie de M. Ribot établit les fondations, la Salpétrière et Nancy sculptent les colonnes; tous, travailleurs de l'heure actuelle, nous coopérons à cette construction » *.
128. — Physiologistes positivistes. — Claude Bernard (1813-1878). — 11 est vrai, comme l'a dit E. Caro^, que Claude Bernard, le célèbre physiologiste 3, ne peut guère être pris pour un positiviste « systématique )> au sens d'Aug. Comte, puisqu'il reconnaît une certaine valeur à la « métaphysique » proscrite par le maître* ; et
i. Revue philosophique 1889, i, 223.
2. E. Caro, Le matérialisme et la science. 5e édit. (1890), pp. 3-63.
3. On connaît le mot bien souvent répété, même par des savants de premier ordre, comme Pasteur [Revue scientifique, 1878, II. 765): « Cl. Bernard, ce n'est pas seulement un grand physiologiste ; c'est la physiologie ellemême ».
4. 11 dit par exemple : « La métaphysique tient à l'essence même de notre intelligence ; nous ne pouvons parler que métaphysiquement. Je ne suis donc pas de ceux qui croient qu'on puisse jamais supprimer la métaphysique. » [Leçons sur les phénomènes de la vie communs aux anim,aux et aux végétaux, 2^ édit., 1885, p. iiQl).— t Nous ne voulons pas, nous le répétons, nier pour cela l'importance de ces grands problèmes qui tourmentent l'esprit humain ; mais nous voulons les séparer de la physiologie, les distinguer, parce que leur étude relève de méthodes absolument différentes ». [Ihid., p. 45).
qu'à propos de la force vitale et de la finalité dans l'organisme il fait des concessions inconciliables avec le positivisme strict. Malgré tout, cependant, ses théories philosophiques portent une empreinte positiviste. Ecoutons-le préciser luimême, dans ses dernières publications, le point de vue auquel il se place :
« Après l'exposé qui précède, est-il possible de nous rattacher à un système philosophique? On pourrait être tenté de nous comprendre parmi les matérialistes ou physico-chimistes. ?s^ous ne leur appartenons point. Car envisageant l'état actuel des choses, nous admettons une modcLlité spéciale dans les phénomènes physico-chimiques de l'organisme. Sommes-nous parmi les vitalistes ? IS'on encore, car nous n'admettons aucune force executive en dehors des forces physico-chimiques. Sommes-nous donc enfin des expérimentateurs empiriques, qui croyons, avec Magendie, que le fait se suffit et que l'expérimentation n'a pas besoin d'une doctrine pour se diriger ? Nous trouvons, au contraire, qu'il est nécessaire d'avoir un critérium pour juger, et une doctrine pour réunir tous les faits acquis de la science ».
« Quelle est donc cette doctrine ? Le déterminisme. Il est illusoire de prétendre remonter aux causes des phénomènes par l'esprit ou la matière. Ni l'esprit ni la matière ne sont des causes. Il n'y a pas de causes aux phénomènes... L'obscure notion de cause doit être reportée à l'origine des choses : elle n'a pas de sens que celui de cause première ou de cause finale; elle doit
faire place dans la science à la notion de rapport ou de conditions. Le déterminisme fixe les conditions des phénomènes ; il permet d'en prévoir l'apparition et de la provoquer lorsqu'ils sont à notre portée. Il ne nous rend pas compte de la nature; il nous en rend maîtres. Le déterminisme est donc la seule philosophie scientifique possible. Tl nous interdit à la vérité la recherche du pourquoi ; mais ce pourquoi est illusoirn. En revanche, il nous dispense de faire comme Faust, qui. après l'affirmation, se jette à la négation. Comme ces religieux qui mortifient leur corps par les privations, nous sommes réduits, pour perfectionner notre esprit, à le mortifier par la privation de certaines questions et par l'aveu de notre impuissance. Tout en pensant, ou mieux, en sentant qu'il y a quelque chose au delà de notre prudence scientifique, il faut donc se jeter dans le déterminisme. Que si après cela nous laissons notre esprit se bercer au vent de l'inconnu et dans les sublimités de Fignorance, nous aurons au moins fait la part de ce qui est la science et de ce qui ne l'est pas » *.
'< Nous ne cessons de nous entendre que lorsque nous voulons fixer les essences. L'essence de toute chose échappe à la science, qui ne doit en poursuivre la vaine recherche »-. « Nous ne pouvons connaître que les conditions matérielles des manifestations et non leur nature intime. Dès