‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 234 sur 342 · Ibid · texte numérisé non relu

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quelque sorte divine », au lieu de la sélection naturelle; ou du moins ce serait, comme principe intérieur de la sélection naturelle, «une ligue sacrée, en vue du bien, de tous les êtres supérieurs de la terre ou même du monde ». L'évolution ferait elle-même ce que les Anciens appelaient «dieux » *. En se fondant sur les phénomènes télépathiques, on pourrait même croire à la future réalisation de la conscience « intercosmique », de la correspondance psychique avec nos « frères extra-terrestres o, avec toutes les consciences dispersées dans l'espace ^.

hHmmortalité pourrait, elle aussi, être conçue ultra-scientifiquement comme une sorte de survivance, même réelle et individuelle, dans ceux qu'on aime et dont on est aimé. En s'appuyant sur les données de la science (rudimentaire

1. A. Fouillée, La morale, Vart et la religion d'après Guyau, 173, suiv.

2. IMd.. in. En poursuivant jusqu'au bout ce raisonnement de Guyau, on pourrait, de même qu'on regarde la conscience de l'homme comme une centralisation et un ensemble de consciences élémentaires innombrables, regarder aussi comme le dernier terme de l'évolution, une centralisation des consciences particulières de l'univers dans une conscience universelle. Par là, on arriverait à une conception « ultra-scientifique » dans laquelle pourraient se rencontrer panthéistes et matérialistes. Guyau lui-même semble reculer devant cette conclusion {Ibid , p. 62), car il regarde l'univers comme infini, et, par conséquent, comme irréductible à une telle unité. Peut-être aussi a-t-il été retenu par sa théorie de « l'indifTérence de la nature entre l'optimisme et le pessimisme ».

encore) concernant la personnalité, la compénétration des consciences dans l'hypnotisme, l'hérédité, etc. . on peut croire à un tel perfectionnement de la personnalité, de l'amour et de la compénétration psychique, qu'on réussisse à vivre réellement en d'autres. Ce phénomène de palingénésie mentale, d'abord isolé, irait s'étendant de plus en plus dans l'espèce humaine. L'immortalité serait ainsi une acquisition finale, faite par l'espèce au profit de tous ses membres. La fraternité envelopperait toutes les âmes et les rendrait plus transparentes l'une pour l'autre. L'idéal moral et religieux serait réalisé *.

1. A. Fouillée, La morale, Varl et la religion d'après Guyau, 179-185. — Dans la nuit du doute, qui pénètre tout son système, Guyau n"a qu'une consolation, qu'il résume ainsi: « Ne pas être lâche » [Ibid., 186). Ailleurs {Uir religion de l'avenir (1886, p. 330) il écrit: « Au moment de la mort surtout, où les religions disent à l'homme: Abandonne-toi u)i instant, laisse-toi aller à la force de l'exemple, de l'habitude, au désir d'affirmer même là où tu ne sais pas, à la peur enfin, et tu seras sauvé : — à cette heure où l'acte de foi aveugle est la suprême faiblesse, le doute est assurément la position la plus haute et la plus courageuse que puisse prendre la pensée humaine; c'est la lutte jusqu'au bout, sans capitulation, c'est la mort debout, en présence du problème non résolu, mais indéfiniment regardé en face ». Et, de fait, Guyau est mortdune manière tragique, dans les sentiments qu'il exprime en ces lignes: il n'avait que trente-trois ans. Il mourut le Vendredi Saint. On l'enterra le jour de Pâques. Son épitaphe commence par ses mots : « Ce qui a vraiment vécu une fois, revivra; ce qui semble mourir, ne fait que se préparera renaître ».

Art. Le sentiment de la solidarité (de vie) est le principe de l'émotion esthétique. L'artiste réussit à créer une œuvre d'art dans la proportion où il sait vivre lui-même la vie des êtres, et exprimer cette vie au moyen d'éléments empruntés à la réalité *. De même, le contemplateur éprouve l'émotion esthétique dans la proportion où il vit lui-même activement dans l'œuvre d'art contemplée ^. L'émotion élémentaire, que renferme le plaisir esthétique, est un sentiment de solidarité organique. Cette émotion répond à l'harmonie de l'organisme, qui est une société d'êtres vivants. L'émotion esthétique la plus élevée sera celle qui résulte de la solidarité universelle ^. Tous les sens concourent à la production esthétique *. Toutes les fonctions vitales sont déjà esthétiques ^. La vie de l'art n'est pas la forme, mais le fond moral et social qui se projette spontanément au dehors, au moyen des formes expressives, organisées et vivantes ^.

13S. — Remarques critiques. — De Roberty, Fouillée et Guyau ont, tous les trois, rendu de

1. A. Fouillée, La morale, l'art et la religion d'après Guyau, 25.

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