‹ Le Positivisme depuis Comte jusqu'à nos joursChapitre 237 sur 342 · Ibid · texte numérisé non relu

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çais et anglais (les premiers principalement par l'inlermédiaire des seconds) ont agi sur le fond même de la doctrine. C'est ji;râce à l'influence de Kant que le positivisme, en Allemagne, a revêtu de préférence la forme de la critique de la connaissance. Le nom seul de u Philosophie critique » , que le positivisme aime à prendre chez les allemands, rappelle le philosophe de Kœnisberg. — Herbart,. par son école de psychologie expérimentale, a préparé le terrain au système psycho-physiologique avec ses méthodes, sa psycho-physique,, etc.. En introduisant les phénomènes sociaux dans sa psychologie expérimentale [Volherpsychologie), il a ouvert la voie à la sociologie et aux théories historiques du positivisme.

Par l'école de Hegel, grâce surtout à L. Feuerbach (1804-1872) et à Fr. Strauss (4808-1874), une évolution s'est faite vers le matérialisme (Ch. Vogt, J. Moleschott, L. Bûchncr, etc.) qui, à son tour, est devenu une préparation au positivisme. Feuerbach, le fondateur du matérialisme allemand, présente par la tendance de ses recherches philosophiques une analogie frappante avec Aug. Comte, le fondateur du positivisme français, analogie d'autant plus remarquable que ces deux philosophes, presque contemporains, semblent être demeurés inconnus l'un à l'autre*. Le point de vue auquel Feuerbach s'est placé dans ses travaux philosophiques est le môme que

1. Voir W. Boolin. Ludwig Feuerbach, sein Wirken uncl seine Zeilgenossen (lS9i).

celui d'Aug. Comte : « Humaniser la religion », remplacer Dieu par l'Humanité pour en faire le centre de l'ordre universel*. — Strauss, s'appuyant sur les théories évolutionnistes de Darwin et de Haeckel, veut un culte du Tout ou de l'Univers'2, qui ressemble passablement à la religion de l'Humanité prêchée par A. Comte. — Pour citer un philosophe qui a passé du matérialisme au positivisme, nous nommerons Czolbe.

Hegel a directement contribué, surtout dans la philosophie de l'histoire, à préparer le mouvement positiviste, parce qu'il regarde l'évolution historique de la société comme un simple « domaine » de l'évolution universelle qui va s'accomplissant avec une nécessité absolue. Pour faire de la théorie hégélienne de l'histoire une

1 Feuerbach, Sâmmtliche Werke (1846-66), vol. vm, 281 ; II, 121 elc. « Le but de mes travaux r,, dit-il (vin, 29), « est de faire des hommes non plus des théologiens mais des anthropologistes, de les amener de l'amour de Dieu àFamour des hommes, des espérances de l'au-delà à l'étude des choses d'ici-bas ; d'en faire non plus les vils serviteurs religieux ou politiques d'une monarchie et d'une aristocratie du ciel et de la terre, mais les citoyens libres et indépendants de cet univers ».

2. Strauss, Alter und Neuer Glaube. Gesammelte Schriften (1877), vi. 9i et suiv. — D'après l'auteur, ce culte doit s'exercer par l'intérêt qu'on prendra aux travaux historiques, par l'extension donnée aux sciences naturelles, et surtout par l'étude approfondie des arts, principalement de la poésie et de la musique [Ibid., 198 et suiv.). C'est à peu près dans ce même sens que les positivistes orthodoxes, ainsi que nous l'avons vu, pratiquent déjà le culte de l'Humanité.

théorie vraiment positiviste, il suffirait de remplacer le mot « esprit absolu » par le mot « nature », de substituer « les lois invariables de la nature » aux «c lois de l'esprit absolu ». Engels et Marx *, par leur philosophie socialiste de l'histoire, nous offrent un exemple de cette transformation toute positiviste de la philosophie sociale de Hegel.

Comme Lewes en Angleterre, A. Fouillée en France et nombre de positivistes italiens, les représentants philosophiques du positivisme en Allemagne combattent, quelques-uns même très énergiquement, pour maintenir une métaphysique fondée sur l'expérience. Ils ne laissent pourtant point de rejeter, parfois plus résolument que ne l'ont fait Aug. Comte, Mill et Spencer, les notions qui sont l'objet propre de la métaphysique (Dieu, esprit, âme, substance, etc.).

Les principales formes de la philosophie positive en Allemagne sont à ce qu'il nous semble: 1. la « Philosophie de la réalité » d'Eugène Diihring; — 2. le « criticisme » ou « positivisme » néo-Kantiste (A. Riehl, E. Laas, Fr. A. Lange, Hans Vaihinger, R. Avenarius) ; — 3. la philosophie empirico-moniste de la volonté, ou « l'idéalisme-réalisme » de W. Wundt.

Aux représentants de la philosophie positiviste que nous venons de nommer, on peut join-

i. Voir H. Pesch, Stimmen aus MariO'Laach, 1891, il, 245 et suiv., 357 et suiT<

dre encore: E. Mach *, H. Wolff^, J. Petzoldt, Stadier, F. Paulsen 3, F. Schultze, Th. Lipps, R. von Schubert-Soldern, von Gizycki*, etc.. ; le philosophe réaliste von Kirchmann, et enfin les psychologuesempiriquesFr. Brentano etHorwicz^ Nous ne parlons pas des nombreux naturalistes^ physiologistes et anthropologistes qui, en Allemagne, adoptent des idées analogues à celles du positivisme anglais.

A. Eugène Duhring (né en 1838).

Eug. Dlihring, tout en se prononçant dans la forme contre le positivisme (de Comte) est, sans contredit, le type le plus curieux du mouvement positiviste en Allemagne. La façon dont il oppose son système à ceux d'Aug. Comte et de Kant est particulièrement caractéristique. On ne saurait non plus s'empêcher d'être frappé de l'analogie qu'on découvre entre Duhring et A. Comte: leur esprit est également tourné vers les mathématiques et le réalisme ; les vicissitudes de leur vie les rapprochent; et l'on comprend la vive sympathie du philosophe allemand pour le philosophe français. Toutefois, Dlihring se distingue de Comte

1. Beitrage zur Analyse der Empfindungen (1886); Die Mechanik in ihrer Entwichlung (1889).

2. Kosmos, Die Wettentwicklung nach monts tisch-psychologischen Principien auf Grundlage der exahten Naturforschung dargestellt (2 vol.) 1890*

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