Ibid., m
l'instinct sexuel. L'instinct de la nutrition ou l'instinct qui tend à la conservation de soi-même est le principe de l'égoïsme ; l'instinct sexuel ou l'instinct qui tend à la conservation de l'espèce, est la source de tout altruisme*. De même que les « idées » ou phénomènes intellectuels sont le résultat du processus par lequel le cerveau élabore les impressions externes, ainsi les « sentiments 1) sont le résultat du processus par lequel le cerveau élabore les impressions internes. Le cerveau n'est donc pas créateur: il ne fait qu'élaborer^. Plus la substance vivante est complexe, mieux elle est développée, plus elle progresse dans l'évolution, plus aussi les deux instincts fondamentaux revêtent des formes compliquées. C'est la lutte entre ces deux instincts qui constitue la vie morale. A mesure que l'évolution progresse, l'altruisme prend le dessus. Comme en mêtne temps l'intelligence se développe et s'élève, et qu'en vertu de l'union des organes correspondants, dans le cerveau, une corrélation intime s'établit entre les phénomènes moraux et les phénomènes intellectuels, l'altruisme devient de plus en plus « conscient » : il produit alors la sympathie, la bienveillance et la bienfaisance. La
1. Philosophie positive, vi, 1-22. Voir Fouillée, Critique des systèmes de morale conteTuporains ; Paris, Baillière ; 1883, pp. 39-56; — de Bonniot, Les malheurs de la philosophie, 2^ édit., Paris, Retaux-Bray, 1879, pp. 50-73.
2. Ibid., VI, 13; La science au point de vue philosophique, p. 340.
40 LE POSITIVISME DANS LES ÉCOLES ISSUES d"a. COMTK
science vient ainsi, en dernière analyse, éclairer de sa lumière le domaine moral. En morale, comme dans tout le reste, le « vrai » est le couronnement elle sommet de Tesprit humain*. Certains germes de moralité, certains actes moraux se trouvent même chez les animaux -. Les moniteurs constants de la moralité sont le plaisir et la douleur 3. Quant à rohjection des « théologiens », qu'une telle explication des phénomènes moraux par les instincts de nutrition et de sexualité est bien grossière , elle se retourne contre ceux-là même qui la font, puisque, d'après eux, c'est Dieu qui a mis dans l'homme des instincts si peu nobles *. En parlant ainsi, Littré ne remarque point la grande différence qu'il y a entre son cas et celui des « théologiens ». Ce qui justifie le reproche fait à sa théorie, c'est que, dans cette théorie, la suprématie appartient aux instincts les moins élevés. Jamais» théologien » n'a affirmé que ces instincts soient mauvais en eux-mêmes : le mal vient uniquement de la volonté, quand elle se laisse dominer par eux, au lieu de les diriger et de les régler.
L'idée du «juste » et de « l'injusle » se réduit biologiquemenlù l'identité ou à la différence dans le domaine des actes, comme l'idée du « vrai » ou du « faux » indique l'identité ou la différence dansle domaine de la pensée. Dans l'ordre intelleclueL
j. La science..., p. 491.