Revue des Deux Mondes^ 1891, ni
Quand l'homme cherche en tout et partout une cause suffisante des choses, il n'obéit pas à un caprice « métaphysique », mais aux lois essentielles de sa raison. On ne peut contester l'universalité du principe de cause suffisante, sans supprimer toute connaissance raisonnable, et, par conséquent, sans anéantir la raison ellemême. Ce ne sont pas seulement les phénomènes les plus immédiats et les plus à notre portée qui doivent avoir une cause et un but : c'est la série tout entière des phénomènes. Dans la chaîne immense des causes et des effets créés, un anneau ne peut rester isolé, sans se rattacher à un autre : la chaîne entière doit, elle aussi, se rattachera un point d'appui. Il faut donc une cause première de toute existence, renfermant en soi-même le principe de l'être. Cet être, le plus réel de tous les êtres, l'être simplement u absolu », sans lequel on ne saurait concevoir aucun être relatif, ne peut être qu'un Dieu personnel, un esprit infini, parce que toute autre notion de « l'absolu » serait une contradiction.
De même que l'existence de Dieu, réalité suprême, s'impose à la raison du philosophe qui veut rapporter les effets à leurs causes, ainsi la raison doit admettre l'existence d'une âme spirituelle, essentiellement distincte de la matière. On a beau affirmer que, dans l'homme, toute sensation, et même toute pensée et toute volonté sont accompagnées d'effets matériels produits dans le corps et le système nerveux ou de phénomènes électriques et chimiques, il n'en demeure pas
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moins manifeste que nul processus mécanique ou physiologique, si complexe qu'il soit et quelque modification qu'il puisse introduire dans 1 equilibre du mouvement ou dans la structure des organes, ne saurait de lui-môme se transformer en sensation, en pensée ou en volonté.
D'une part, la plus simple notion de la sensation et des autres phénomènes psychiques, et d'autre part l'idée la plus élémentaire des modifications de la matière suffisent pour comprendre qu'entre ces deux ordres de phénomènes il y a un abîme infranchissable. Aujourd'hui, les positivistes eux-mêmes reconnaissent communément qu'il est impossible d'expliquer les phénomènes psychiques par une combinaison mécanique ou autre, et, pour eux, le point vulnérable du système est précisément en ceci que le matérialisme supprime toute différence essentielle entre les phénomènes psychiques et les phénomènes mécaniques. Laas, par exemple, écrit : « Il n'est pas besoin d'avoir une intelligence supérieure pour voir que ni la conscience en général, ni les perceptions, ni les sentiments, ni les souvenirs, ni la pensée ne peuvent venir de la matière et de ses mouvements » i. « Le positiviste est parfaitement d'accord avec le physiologiste (du Bois- Reymond) pour affirmer que les théories atomistiques-mécaniques sont nécessaires à la science. Mais il constate en outre — et lui (du Bois